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H2PTM (2007) Laudouar

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L’auteur et son public, relations nouvelles

l’intertextualité sur Internet
 
 
 
Titre
L’auteur et son public, relations nouvelles : l’intertextualité sur Internet
Auteurs
Janique Laudouar(i,ii)
Affiliations
(i)Directrice éditoriale du site numedia-edu, Académie de Paris
(ii)collectif ART TANK, think tank pour l’art
14 rue des Amiraux 75018 Paris, France
  • janique.laudouar@ac-paris.fr
Dans
actes du colloque H2PTM 2007 Hammamet
publié dans H²PTM07 : Collaborer, échanger, inventer
Résumé
L’environnement auteur avait pour objectif de spécifier l’organisation d’un document hypermédia. Des relations nouvelles entre l’auteur et son public se sont tissées. L’outil d’édition accessible côtoie – et supplante ? - l’interface sophistiquée. L’auteur doit susciter l’intérêt du public par les liens qu’il crée dans l’ensemble de l‘intertextualité sur Internet. Il s’agit de relier le dispositif de l’auteur à un ensemble d’outils de références qui lui feront écho, et lui garantiront un public. Faire entendre sa voix pour un auteur suppose une maîtrise technique et conceptuelle du nouveau terrain des relations entre l’auteur et son public : l’intertextualité sur Internet..
Mots-clés 
intertextualité, Internet, auteur, public, lien, blog, texte, hypertexte, commentaire, Web 2.0, artistes, résistance.

Prologue : « "Une fantastique conversation" prend fin. »

27 février 2007 : « 19h02, le billet surprend brutalement une partie de la blogosphère parisienne qui s'apprêtait à terminer la journée paisiblement, en cette période de vacances scolaires. "… « Le destin est ironique. Le sous titre du blog de Loïc Le Meur indique "Les médias traditionnels diffusent des messages, les blogs démarrent des conversations". Mais la touche "pause" est désormais enfoncée. C'est fini depuis ce mardi à 19h02, Loïc arrête la conversation "Fermeture temporaire des commentaires de ce blog." et diffuse désormais des messages comme "Les médias traditionnels"[1]. Sans prétendre à une réflexion générale sur la définition de l’auteur, il nous a semblé que l’expansion récente de l’auteur blogueur et la constitution d’une blogosphère étaient susceptibles de rendre compte des relations nouvelles entre l’auteur et son public sur Internet, et d’une forme nouvelle d’intertextualité.

L’auteur et le commentaire

Commentaires sur l’abandon du commentaire (sur le blog de Loïc le Meur)

Gilles Klein relate l’événement en y consacrant tout un billet sur pointblog, et cite Loïc Le Meur : « C'est ma fierté, plus de 40.000 commentaires », écrit-il sur son blog avant d’annoncer qu’il renonce à la fonction « commentaire » à la fois faute de pouvoir la gérer mais aussi parce qu’elle attire la pollution, les « trolls »[2] les insultes, les problèmes juridiques. L’arrêt des commentaires est à son tour…commenté. « Loic LeMeur, le blogueur le plus connu (après CDG et fansolo sans doute ;-)) vient juste d'annoncer qu'il stoppe les commentaires sur son blog. Autant dire que SON BLOG EST MORT. »[3] A côté de l’environnement auteur hypermédia, toujours en cours, se forge parallèlement une notion d’auteur issue des systèmes d’édition, qui utilise le texte, l’image le rich media, mais où l’hyperdocument personnel, son agencement, son contenu, ne sont plus les seules valeurs de mesure. Le texte d’un auteur est maintenant mesuré à sa faculté de s’inscrire dans le grand texte global d’Internet.

Le commentaire, un nouveau rapport entre l’auteur et son public

Dans « The Blair Witch Project : la fiction est ailleurs », nous avions déjà noté le statut du commentaire et sa position hiérarchique dans l’organisation de l’hypertexte en ligne en remarquant que dans le site The Blair Witch Project le commentaire est positionné « à une place essentielle comme élément intégré à la fiction. » «. Le travail de l’auteur et ingénieur de mondes consiste à travailler de façon manuelle ou générative, les micropropositions à l’intérieur de sa macrostructure, sachant qu’il ne s’agit plus pour le lecteur de suivre une histoire mais de la construire, avec tous les cas de figure possibles de la légende urbaine, c’est-à-dire de la précéder, de la contourner, de l’enfler, de la manipuler pour se l’approprier en l’enrichissant de toutes les références collant au « monde « imaginé par l’auteur. » (Laudouar, 2000) Le nombre de commentaires serait-il l’équivalent du chiffre des ventes du livre, dans le rapport de l’auteur à son public ? Pour qui écrit-on ? A cette question le billet « Je blogue mais je me soigne » répond : «La réponse est ici très claire : c'est pour moi. Mais alors, si c'est juste un truc entre moi et moi, quel besoin y a-t-il de dévoiler son intimité cérébrale en public ? (…) C'est ici qu'on touche à la seconde particularité du bloggeur : l'exhibitionnisme. Il faut dévoiler, exposer, s’épancher, il faut imaginer le regard bienfaisant des autres caresser ses pensées profondes. Et là, c'est l'extase ! »[4] Aujourd’hui, le commentaire fait partie intégrante du texte, lui-même s’insérant en partie grâce à sa circulation dans l’intertextualité d’Internet .

Internet, texte global ? Impact de la ciruculation du document

Un document illustre parfaitement le propos. Ce document, vaut par son contenu, mais aussi par sa circulation sur le Web, la façon dont il a été visionné, diffusé, commenté par des milliers d’internautes. Il m’a été signalé par au moins une dizaine de sources différentes, le premier envoi étant celui de Bernard Rieder sur la liste de diffusion cybertexte[5]. « Certains connaissent peut-être le clip "Web 2.0 ... The Machine is Us/ing Us" de Michael Wesch qui cherche à expliquer le concept Web 2.0 - mais de manière originale et très, très belle. »

Qu’est-ce qu’un auteur ? L’auteur et l’intertextualité

Dans le contexte d’Internet considéré comme un texte global, un conte oral, une « immense conversation », dont la grammaire serait la technologie dont s’emparent ces utilisateurs avertis, professionnels ou pro-ams, on peut considérer qu’il y a une nouvelle définition de l’auteur, un nouveau rapport de l’auteur au texte/intertextualité.

Un nouveau rapport de l’auteur, du texte et de l’intertextualité

Le texte

« De ce fait, c’est la perception des œuvres comme œuvres qui devient plus difficile. La lecture face à l’écran est généralement une lecture discontinue, qui cherche à partir de mots-clefs ou de rubriques thématiques le fragment dont elle veut se saisir : un article dans un périodique électronique, un passage dans un livre, une information dans un site, et ce, sans que nécessairement doive être connue, dans son identité et sa cohérence propres, la totalité textuelle dont ce fragment est extrait. Dans un certain sens, on peut dire que dans le monde numérique, toutes les entités textuelles sont comme des banques de données qui offrent des unités dont la lecture ne suppose d’aucune manière la perception globale de l’œuvre ou du corpus d’où ils proviennent. » (Chartier, 2005)

L’intertextualité

On peut ici rappeler l’’une des définitions classiques de l’intertextualité : «Tout texte se situe à la jonction de plusieurs textes dont il est à la fois la relecture, l’accentuation, la condensation, le déplacement et la profondeur.» (Sollers, 1971) Le texte est devenu de plus en plus dépendant de l’intertextualité sur Internet. Paraphrasant le commentaire d’un blog sur la fonction auteur « , un blogueur non linké n'est pas un vrai blogueur », on peut formuler ainsi la question : un auteur non relié est-il un véritable auteur ? L’auteur ne vaudrait alors que par le nombre de liens propres au Web 2.0 qu’il saura déclencher, grâce à sa compréhension de cette nouvelle grammaire, grâce aussi à sa connaissance des unités de classement de son texte : catégories, mots-clefs ou tags. L’auteur serait alors celui non plus celui qui sait concevoir un hyperdocument, mais celui qui sait qui sait partager, relier, collaborer, hiérarchiser, classer, s’associer, recruter, communiquer, débattre, occuper le terrain, dans l’intertextualité d’Internet, et surenchérir sans cesse à l’aide des outils du Web 2.0…et du Web 3.

Un lieu pour écrire ensemble : figure du méta-auteur sur Internet

Quand Etienne Chouard, sur son site Internet « Notre beau rêve européen est-il utilisé pour affaiblir la démocratie ? »[6] agrège et fédère les milliers d’internautes désireux de répondre « non » à la proposition de constitution européenne, il devient « L’ Auteur du Non », non au sens d’auteur et producteur d’une œuvre, mais comme meta-auteur investi de la fonction du NON dans l’intertextualité d’Internet, dans la mesure où il met à disposition d’auteurs potentiels «  un lieu pour écrire ensemble », ou plutôt, comme il l’écrit sur son site, une pluralité de cadres supports de l’écriture qu’il propose à son public, co-auteur potentiel : « Un lieu pour lire les autres, et notamment les auteurs qu’on ne voit presque jamais dans les grands médias. Un lieu pour débattre entre nous, point par point, principe par principe : ce site propose depuis janvier un blog et un forum pour structurer nos échanges autour de ces points précis, affûter nos arguments et les rendre à la fois simplement exprimés et irréfutables. Un lieu pour écrire ensemble, vraiment, une Constitution d’origine citoyenne, article par article : ce site propose une partie Wiki, c’est-à-dire hautement interactive puisque tout le monde peut tout changer… » Le site d’Etienne Chouard est significatif du nombre d’outils nécessaires aujourd’hui à l’écriture spécifique au Web enchâssée dans les liens, tags, forum, vote en ligne, commentaires express et widgets divers. C’est au prix d’une incessante reconfiguration technologique qu’on devient auteur/acteur sur Internet et qu’on peut bénéficier de « L’expérience démocratique » promue par « l’auteur du non ».

L’auteur en collectif, l’Auteur-mash-up[7] : le multirédacteur annonce-t-il la fin de l’Auteur ?

« Ce qui fait la grande richesse d’une édition AgoraVox à mes yeux, c’est la diversité des styles, des modalités de l’expression : tantôt technique, tantôt lyrique, ou comique, ou polémique, pathétique parfois, des descriptions, des explications, des développements argumentatifs, des figures de style académiques ou fantaisistes, une projection discrète de soi ou un soubassement autobiographique, sous forme d’articles, de lettres, de jeux poétiques, de dissertation, d’essai, de pamphlet, de panégyrique, (de discours publicitaire, hum...mais c’est rare), etc. La lecture déclenche de petites surprises, des élans d’admiration, des émotions, des révoltes, rires et sourires, des serments de n’y jamais revenir, de grands étonnements. A l’évidence, un rédacteur d’AgoraVox réfléchit à sa manière de dire les choses. Une des phrases que j’ai le plus répétées à mes élèves quand j’étais prof (j’ai changé de métier à la faveur du droit des mères de trois enfants à se retirer par anticipation de leurs fonctions dans l’Education nationale) est de Maurice Blanchot : « La littérature est une manière de dire qui dit par la manière. » Tel est le bilan de Marie-Christine Poncet après « avoir lu 9000 articles »[8] pour AgoraVox, le media citoyen. Ce qui est valorisé, ici c’est non un auteur particulier et remarqué, mais l’Auteur-AgoraVox, une sorte d’entité anonyme et pourtant ayant sa manière de « dire les choses ». Il n’est nul besoin de « sortir du lot », l’appartenance à la communauté suffirait alors comme forme de reconnaissance, de gratification.

Un nouveau rapport de l’auteur au public comme éditeur/distributeur?

  • La communauté comme indexeur : « De la «popularité» d’une page à la « sagesse des foules » en passant par les sites usant et abusant de systèmes « de recommandation », c'est l'indexation dans toute sa complexité qui occupe aujourd'hui sur le Net une place centrale et se pare de vertus « sociales » (folksonomies). » (Ertzscheid, 2007) Ce qui prédomine ici est non le sens et l’apparence du contenu (forme et fond) mais l’apprentissage par l’auteur des règles d’édition afin d’obtenir toutes ses chances auprès d’un nouvel éditeur : le public. « L’auteur fait-il encore autorité ? » s’interroge Evelyne Broudoux (Broudoux, 2007) notant que « le support logiciel exerce une forme d’autorité » : l’auteur se doit d’acquérir la maîtrise des supports du moment, faute de quoi un texte de valeur pourra rester non lu. Le risque est de promouvoir un contenu que l’auteur saura reconfigurer en permanence avec les derniers « widgets », lançant ainsi un clin d’œil complice à la communauté et gagner de la réputation, sans que le fond y soit pour grand’ chose. A vos widgets, de twitter à ziki !
  • La participation n’est plus l’appel à participer au contenu du texte, mais l’appel à participer à sa circulation. Exemple de la fonction de distributeur du public, et donc de la circulation de l’œuvre comme élément « impactant » son contenu  : le film French Democracy lui-même un remix documents tournés et jeu vidéo. Son auteur, Alex Chan, bénéficie de la circulation de l’œuvre qui se dissémine sur le Web : le nombre de diffusions lui confèrent alors une valeur. « Il s'agit d'un film sur les récents évènements de nos banlieues. N'hésitez pas à laisser vos réflexions et surtout vos votes afin qu'un maximum de personnes dans le monde puissent savoir ce qui se passe réellement dans nos cités! »

L’auteur-influenceur, « Consommateur-acteur-producteur-avocat »

« On le voit de plus en plus qu'à défaut d'impliquer les clients dans leurs campagnes de communication comme le fait Mastercard ici, ces derniers s'approprient eux-mêmes cette Com, dernier exemple en date celui de Melody une gamine de 17 ans qui a réalisé, sans aucun soutien de la marque, 2 vidéos avec sa webcam Logitech Quickcam Sphere pour montrer ce que l'on pouvait faire avec cette webcam mais surtout pour s'amuser; et a diffusé ces 2 vidéos sur YouTube ! Les résultats qui ont suivi font rêver toutes les agences de Buzz et annonceurs: 100.000 téléchargements en 2 jours pour la première (75sec), presque 200.000 vues pour la 2ème en 2 semaines et des ainsi que quelques milliers de commentaires....! »[9] Une aubaine, cet auteur spontané dont s’empare les agences de buzz-marketing, et parfois les éditeurs qui savent maintenant exploiter les amateurs.

L’auteur en réaction

Face au risque que présente ce savoir-faire surestimé consistant à s’insérer dans l’intertextualité et y acquérir une réputation, face à la standardisation, face à l’approximation et l’opacité des critères d’évaluation des outils en vogue, (tel Technorati ), face aussi à l’astreinte et à la surenchère de devoir « tenir son rang » au sens propre (rank) et au sens figuré, l’auteur réagit – et la communauté scientifique met en cause cette notion de popularité comme critère d’auctorialité.

L’hypermédia et fictions en ligne toujours en cours

Cette nouvelle notion de l’auteur de billets ne fait nullement disparaitre la notion d’auteur de dispositifs hypermédia : Xavier Malbreil (Malbreil, 2007) et Gérard Dalmon, avec une œuvre récente Hand in the Darkness restent des auteurs de documents hypermédia très personnels, appelant à la participation du public. Jean-Pierre Balpe (Balpe, 2000), après le dispositif de fiction en ligne Trajectoires, a récemment opté pour un blog de fiction, avant de tenir un blog carnet, où il cite d’ailleurs des fictions en ligne remarquables - qui ne sont pas des blogs.. L’e-poetry reste un genre apprécié et international du document électronique comme l’a prouvé la manifestation en 2007[10]. Le récent colloque «Les arts visuels, le Web et la fiction » à l’initiative d’une des lignes de recherche du CERAP, université Paris I, a rappelé la vitalité des fictions visuelles en ligne.[11]

Prise de conscience chez les blogueurs

Du choix de ne pas faire de lien

Certains blogueurs revendiquent d’autres choix que la surenchère au lien et le « trafic d’influence » repérable sur la linkographie de certains blogs. «Interrogé sur le fait de ne pas proposer de lien vers l'extérieur, je réponds qu'il n'est pas dans mon objectif d'intégrer un jour la guilde des influenceurs. Et vous me répondrez que ça tombe bien ! En fait j'abhorre ce terme 'd'influenceur', qui est aussi détestable que des mots comme 'lobby' ou 'mafia', que d'expressions comme 'association de malfaiteurs' ou 'trafic d'influence' ».[12]

L’auteur blogueur saisi par le doute fertile

Une réflexion s’amorce chez les blogueurs, qui ne sont pas dupes de leur forme de notoriété volatile…ou de son absence Ton sensible aussi chez un des rares blogueurs véritable auteur à mon sens, Vinvin, blogueur-influenceur (20/20) qui analyse cette popularité se substituant à la notion d’autorité, et ses perspectives.. ‘’’« Nous sommes entrés dans le 4ème âge’’’.[13] : « Il s’est passé quelque chose en fin d’année 2006. Une rupture. La masse des nouveaux entrants a usé les early adopters. Le blog et les blogueurs ont changé. Moi avec. Avec le recul, je dirais que la blogosphère entame sa quatrième vie. » (…) ‘’’Quatrième âge : l’Empire contre-attaque. !’’’ « Alors maintenant j’ai la sensation qu’il faut continuer sans chercher ces fameuses “conversations” que le blog était censé ouvrir. Vu le nombre de blogueurs, l’acharnement des débiles à s’exprimer (je ne donne pas de leçons, toi qui lis trop vite, je pense tout haut), le manque de civilité des plus jeunes, la recrudescence de campagnes de buzz, il faut avancer sans s’arrêter et sans se retourner. Ne plus chercher le dialogue, la réponse, la compréhension de l’idiot (on est tous l'idiot de quelqu'un, je sais), mais peut-être simplement se contenter de sa propre expression. L’expression, c’est déjà énorme. Il faudra trouver un moyen de tempérer les insultes sans fermer les commentaires. De bien expliquer la différence entre espace de liberté et marché aux poissons. Dans ce nouvel âge, j’ai l’impression que les blogueurs vont se concentrer sur leur art, quel qu’il soit, et que nous allons nous accompagner tranquillement, avec ou sans objectifs de gloire, vers la réussite de nos projets. »

L’artiste en résistant  : détournements sur le Web

Chez les plasticiens, la notion d’auteur se conjugue souvent avec le détournement des outils standard. « Je reproduis dans l’Internet l’expérience de Joyce » dit Christophe Bruno, artiste du « net-art », à propos de ses Epiphanies[14] en ligne. « Je considère en effet l’Internet comme un texte global, et j’y envoie un programme qui en rapporte des bribes de phrases, en fonction de ce que l’internaute va taper. Plus précisément, l’internaute saisit quelques mots sur une page de mon site, le programme va chercher des morceaux de phrases en rapport avec ces mots mais provenant de contextes différents, et cela reconstitue le squelette d’un autre texte. » A l’image de Christophe Bruno un grand nombre d’artistes contemporains travaillant avec les technologies forgent leurs propres outils hors des standards. On assiste à des formes nouvelles et subtiles de résistance. On peut citer ainsi Nicolas Clauss, Claude Closky, et bien d’autres dont on trouvera le décryptage des démarches dans la ressource en ligne numedia-edu[15].

Le choix de l’invisibililité

«Les artistes désertent le monde de l’art pour mieux le servir, dans l’invisibilité et la discrétion, prêtres ouvriers, moines entrepreneurs, ou agents secrets, se fondant dans la masse du monde du travail et de l’entreprise, vers un art sans œuvre, sans auteur et sans spectateur ». Ainsi cette entreprise de peinture à Houston où rien ou presque ne distingue la peinture en bâtiment de la peinture au sens noble. » Alexandre Gurita, commissaire de la dernière Biennale du Paris et l’artiste Yann Toma ont présenté l’exposition Non conventionnel [16] répertoriant cette nouvelle forme d’art et d’anonymat voulue par les artistes et selon l’expression de Stephen Wright, critique d’art : « Un art sans œuvre, sans auteur, et sans spectateur ». (Laudouar, 2007) Antoine Moreau, artiste, a conçu pour la Biennale de Paris une œuvre totalement invisible qui ne figure pas au catalogue.

« Passer à l'Internet «acentré»

« Après Google, c'est au tour de MySpace, de Second Life et de bien d'autres d'envahir l'Europe. Les services les plus rentables du Web 2.0 sont investis, sans véritable concurrence, par des groupes, le plus souvent nord-américains. Et ce n'est pas faire preuve d'antiaméricanisme que de le dire. Bien que le réseau soit réputé homogène et réparti, le phénomène est centralisé à l'extrême ; toutes les données atterrissent dans des machines situées à Palo Alto ou ailleurs. » (Auber, 2007) Olivier Auber, artiste et théoricien, propose de préserver le « bien commun », un « Internet acentré » qui opposerait le logiciel libre à l’envahissement des outils et services propriétaires.

Conclusion

«Un des grands enjeux de l’avenir réside dans la possibilité ou non de la textualité digitale à surmonter la tendance à la fragmentation qui caractérise, à la fois, le support électroniques et les modes de lecture qu’il propose. » conclut Roger Chartier (Chartier, 2005) Aujourd‘hui l’auteur blogueur et son public sont dépendants d’une logique expansionniste, de l’extension d’un territoire, de la reprise du texte, de sa déclinaison et de sa dissémination plus que de son contenu. La notion d’auteur est variable : elle s’inscrit actuellement dans ces nouveaux genres éditoriaux que sont le blog, le billet, la forme courte, mais pour combien de temps ? Dans un texte réputé, Blogging, the nihilist impulse, Geert Lovink, (Lovink, 2007) théoricien des médias, instruit un travail critique et différencie d’entrée de jeu « la culture du mél, qui fait écho au genre épistolaire, et occasionnellement à l’essai littéraire, et le billet sur le blog, davantage défini par des techniques malines de relations publiques. » En conclusion il questionne la frénésie du lien : « Le document qui domine les autres n’est-il pas celui qui n’est pas enfoui dans les contextes existants ? La vérité ne réside-t-elle pas dans ce qui ne peut être relié ? » L’expansion de ce « nouveau paradigme social », le blog, ne doit pas masquer la pluralité des expressions d’auteur. Des formes de résistance pourraient bientôt prendre la relève. On assiste à une extension du champ de l’art en rupture avec les « nouveaux médias » et le marché de l’art traditionnel. Des auteurs en collectif s’emparent des outils du Web à des fins citoyennes. “Anti Data Mining” du collectif RYbN[17] est une recherche artistique fondée sur la récupération, via internet, de nombreux indices socio-économiques et des flux boursiers et financiers « Anti Data Mining est un projet dont l'objectif est de faire émerger, par l'utilisation des outils du data mining, plusieurs « phénomènes » de déséquilibre sociaux et économiques. ADM cherche à identifier, à visualiser ces phénomènes, et à établir une cartographie du déséquilibre. Le projet cherche à porter un regard critique sur les usages de ce type de technologies. » Internet a été soumis à des cycles et a résisté à des modes. Il n’est pas exclu que les fragments et les formes courtes qui composent aujourd’hui le texte global et dominent le mode d’écriture, de lecture, de résonnance aussi, fassent place demain à des auteurs, des figures collectives et des œuvres émergeant de la soupe intertextuelle par une voie singulière et inédite dont la force donnera un éclat nouveau aux formes hypertextuelles.

Bibliographie

[Auber, 2007] Auber O., « Le Net, un bien commun », Texte rédigé sur le «wiki» Overcrowded avec le concours de certains de ses contributeurs. Liberation 9 mars 2007

[Balpe, 2000] Balpe J-P, « Trajectoires », roman interactif et génératif pour réseau internet (www.trajectoires.com), prix multimédia de la fondation Hachette 2000
En ligne : http://hyperfiction.blogs.liberation.fr/

[Broudoux, 2007] Broudoux E., « L’auteur fait-il encore autorité ? », Conférence, journée d’étude des URFIST, «Evaluation et validation de l’information sur Internet », 31 janvier 2007

[Chartier, 2005] Chartier R., « Roger Chartier De l’écrit sur l’écran. Écriture électronique et ordre du discours », Écriture électronique et ordre du discours. Communication présentée lors du colloque Les écritures d’écran : histoire, pratiques et espaces sur le Web, mercredi 18 et jeudi 19 mai 2005, Aix-en-Provence, Maison Méditerranéenne des Sciences de l’Homme.

[Ertzscheid, 2007] Ertzscheid O., « La communauté comme indexeur: l’indexation comme partage de savoir et construction de connaissances », Conférence, journée d’étude des URFIST, «Evaluation et validation de l’information sur Internet », 31 janvier 2007

[Laudouar, 2000] Laudouar J., « The Blair Witch project », la fiction est ailleurs L'art et le numérique, BALPE Jean-Pierre (dir.), Paris, Hermès, Les Cahiers du numérique, 2000

[Laudouar, 2007] Laudouar J., « Un art sans œuvre », sans auteur et sans spectateur (Stephen Wright),numedia-edu.
En ligne : http://numedia.scola.ac-paris.fr/ (rubrique Focus)

[Lovink, 2007] Lovink G., « Blogging, the nihilist impulse Eurozine »
En ligne : http://www.eurozine.com/articles/2007-01-02-lovink-en.html

[Malbreil, 2007] Dalmon G., « Hand in the Darkness »
En ligne : http://www.e-critures.org/HandDarkness/project.html

[Sollers, 1971] Philippe Sollers, « Théories d’ensemble », textes réunis par Philippe Sollers, Le Seuil 1971, cité dans L’Intertextualité, Tiphaine Samoyault, Nathan Littérature 2001

Notes

  1. Gilles Klein, pointblog, http://www.pointblog.com, « blog consacré au phénomène des blogs et de l'expression des individus sur Internet »,
  2. «un troll désigne, dans l’imagerie de l’internet, un personnage malfaisant dont le but est de perturber le fonctionnement des forums de discussion en multipliant les messages sans intérêt» http://www.uzine.net/article1032.html
  3. Côté boulevard http://www.coteboulevard.com/2007/02/le_blog_de_loic.html
  4. http://darksideofmymind.over-blog.com/categorie-433735.html 14/12/ 2005
  5. Liste de diffusion du groupe de travail « Ecritures hypertextuelles » http://hypermedia.univ-paris8.fr/Groupe/fs-navi.htm
  6. http://etienne.chouard.free.fr/Europe/
  7. mash-up : genre musical hybride puisqu'il consiste en l'association, dans un même morceau, de deux ou plusieurs titres existants, généralement la mélodie d'un morceau sur une musique d'un autre morceau. (Wikipedia)
  8. http://www.agoravox.fr/article.php3?id_article=19259
  9. E-conomy blog d’Aziz Haddad http://aziz.typepad.com/economy_blogbuster/2006/04/consomateuracte.html
  10. http://www.epoetry2007.net/
  11. Les arts visuels, le Web et la fiction colloque international, à l’inititiave de Bernard Guelton Université Paris I, 24 et 25 novembre 2006.
  12. (Darkside of the mind, 18 mai 2006 http://darksideofmymind.over-blog.com/article-2755541.html )
  13. 20/20 http://cdelasteyrie.typepad.com/sidiese/2007/01/nous_sommes_ent.html
  14. Epihanies de Christophe Bruno http://www.iterature.com/epiphanies/
  15. numedia-edu : http://numedia.scola.ac-paris.fr, ressoruce en ligne d’éducation aux nouveaux médias et à la culture numérique
  16. Non conventionnel cerap.univ-paris1.fr/cerap/actualites/EXPOnonconv.pdf
  17. Anti Data Mining 2007 http://rybn.free.fr/ANTI/index.html