CIDE (2014) Laborderie

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Lectures plurielles : discontinuité et ruptures sémantiques
 
 
 
Titre
Lectures plurielles : discontinuité et ruptures sémantiques
Sous-titre
Le cas de l’application iPad Candide de la BnF
Auteur
Arnaud Laborderie
Affiliation
BnF, Chaire Unesco ITEN, Université Paris-VIII, Laboratoire Paragraphe
In
CIDE.17 (Fès 2014)
En ligne
Résumé
Tablette tactile, contenus multimédias, interface applicative, site internet : l'application Candide de la BnF conjugue les mutations de l'ère numérique, celles à la fois du support et des modalités de lecture, de l'accès à l'oeuvre et des pratiques pédagogiques. Pour autant, cette édition numérique enrichie pour iPad n'apparaît pas en rupture avec les formes et les usages antérieurs, mais les hybride et parachève une évolution à l'oeuvre depuis plus de 5000 ans. Au-delà de la numérisation du texte et du changement de support, l'application Candide propose une « remédiatisation » du conte de Voltaire qui constitue véritablement une « nouvelle médiation » par ses trois modes d'accès dans l'oeuvre : le « Livre », le « Monde », le « Jardin ». Quelles en sont les modalités ? Face aux menaces qui pèsent sur la lecture et sur la réception des textes, l'application Candide démultiplie les modes de lecture : elle permet des « lectures plurielles », au sens de lectures à plusieurs niveaux, et fait l'hypothèse d'une reconstruction du sens par des parcours guidés, pour lesquels sont proposés méthodes et outils. Mots-clés : lectures plurielles, livre numérique enrichi, remédiatisation, hypertexte, pédagogie numérique.

Introduction

Les supports et les formes du livre déterminent les pratiques de lecture, lesquelles prescrivent des usages qui conditionnent la réception même des textes. Ces usages évoluent : ils s’émancipent des formes et des pratiques pour les renouveler, les unes interagissant avec les autres et vice versa. Ce sont de lentes, très lentes évolutions du livre et de la lecture, durant des millénaires, qui ont accompagné les évolutions sociétales. C’est ce que nous ont appris l’histoire du livre et celle de la lecture. Or aujourd’hui, supports, formes, pratiques et usages mutent et se renouvellent simultanément.

Cas emblématique, l’édition numérique enrichie de Candide[1], publiée en 2013 par la Bibliothèque nationale de France (BnF), Orange et la Voltaire Foundation, apparaît comme le dernier avatar du livre. Dans un environnement en pleine mutation, elle modélise des usages émergents en actualisant un classique de la littérature par de l’interactivité. L’application Candide s’inscrit dans une problématique de « remédiatisation ». Bolter et Grusin (1999) ont défini la remédiatisation ( remediation ) comme l’appropriation et la transformation d’un média dans un autre : il s’agit de garantir l’accès de l’ancien média dans le nouveau média, ainsi que procèdent la numérisation et le changement de support. En remédiatisant le conte de Voltaire, l'application Candide va bien au-delà de la question du média pour proposer véritablement une « nouvelle médiation » : multiplier les accès à l’œuvre et suggérer des parcours de lecture augmentés, pluriels.

La première partie de l'article rappelle que le support détermine la forme du livre qui elle-même matérialise le texte et ordonne le discours. Si le livre a toujours permis une pluralité de lectures égale à la pluralité de ses lecteurs, la page, espace du savoir, s’est perfectionnée au fil des siècles, permettant plusieurs niveaux de lecture. Nous verrons ainsi comment s’est mise en place une technologie de la page dont l’application Candide est l’héritière. Il s’agit de montrer que l’édition numérique enrichie n’apparaît pas en rupture avec les formes et les usages antérieurs, mais qu’elle les hybride et parachève une évolution à l’œuvre depuis plus de 5000 ans.

La deuxième partie de l’article présente les fonctionnalités de l’application Candide qui proposent trois entrées dans l’œuvre de Voltaire – le « Livre » , le « Monde», le « Jardin ». Chacune offre un mode de lecture spécifique : lecture enrichie, lecture thématisée, lecture créative. L’application Candide se présente comme un outil pédagogique à destination des enseignants et des scolaires. Elle invite à recomposer son parcours de lecture et à synthétiser ses con naissances selon une méthode combinatoire en trois temps: lire, explorer, reconstruire. Nous exposerons l’hypothèse sur laquelle se fonde cette démarche pour conclure sur les perspectives d’une telle remédiatisation.

Perspective historique : de la tablette d’argile à la tablette numérique

La mutation du livre dont témoigne l’application Candide est d’une ampleur inédite parce qu’elle conjugue simultanément des mutations du support, des formes, des pratiques et des usages. Au carrefour de ces mutations, la lecture, dont la position est centrale et paradoxale puisqu’elle est à la fois la première activité numérique — ainsi n’a-t-on jamais tant lu qu’aujourd’hui — tout en laissant craindre que la lecture numérique n’engendre une génération de « lecteurs illettrés » si elle devait se substituer à toute forme de lecture. Le lecteur illettré serait celui qui ne lit plus mais parcourt , balaye, survole dans une multi-activité de lecture numérique, multi-tâche, multi-écran, où rien n’est plus retenu ni compris. Pour bien prendre la mesure d’une telle mutation, il nous a semblé pertinent d’inscrire ces questions dans une perspective historique issue des travaux de Chartier et Cavallo dont l’Histoire de la lecture dans le monde occidental (1997) [2] nous servira de guide pour poser le contexte de lecture et voir comment les pratiques et usages ont évolué au cours des siècles, comme ils sont interdépendants des support et des formes. Tout d’abord, interrogeons-nous sur cette page qui devient écran dans l’application Candide. D’où vient-elle ? Du Ciel ? N’est-il pas en effet la première page où l’homme a projeté son imaginaire et ses pensées, cherchant à déchiffrer l’univers et à comprendre le monde ? Lire dans les étoiles, interpréter les augures, y chercher le message des dieux : n’est-ce pas considérer que les signes du Ciel constituent les unités primordiales du sens?

Métamorphoses du livre et des pratiques de lecture

Cette page immense, infini réservoir du rêve, s’est matérialisée dans la terre il y a 5000 ans : elle s’est faite boule d’argile et s’est aplatie dans la main en une tablette porteuse de signes désignant les bêtes et les dénombrant. Première étape d’un long processus cérébral : la symbolisation par des signes qui sont au tant d’unités minimales de sens. Un même processus de miniaturisation et de calibrage du monde est à l’œuvre en Égypte et en Chine avec l’invention des hiéroglyphes et des idéogrammes. À Sumer et à Élam, les signes se stylisent et se complexifient : ils font système pour permettre de répertorier le réel puis d’esquisser de grands récits. Les premières tablettes dénombrent les biens dans des listes qui mettent le monde en ordre (Zali, 1999). Ces listes vont décrire des stocks, des archives, et constituer des catalogues : ce sont nos premières métadonnées. Ces listes fixent en l’état un savoir et posent des problèmes de classification qui limitent la compréhension du monde (Goody, 1979). La mise en colonne et en tableau des listes constituent une nouvelle évolution mentale : c’est avoir sous les yeux simultanément quantité d'informations, ce que ne permet pas la parole , elle qui est un flux linéaire et continu. On peut voir à l’œuvre, dans cette lecture simultanée d’informations de nature différente, un premier principe de délinéarisation. En Égypte, la mise en colonne de l’écriture ne consiste pas à mettre le monde en tableau mais à structurer un texte qui se déroule en créant des unités de lecture.


Alphabet et fixation de la tradition orale

Une mutation cognitive décisive s’opère avec l’alphabet : le signe ne représente plus une chose mais équivaut à un son. L’exercice est difficile : il faut faire correspondre graphèmes et phonèmes, maîtriser le nom des lettres, déchiffrer les mots en les vocalisant pour pouvoir s’en créer une représentation visuelle.

Dans la tradition orale, la mémoire s'appuie sur le chant et le rythme des mots pour transmettre les poèmes de génération en génération. Ainsi furent transmises l’ Iliade et l’Odyssée durant plus de sept siècles. Ces épopées, longues de 12 000 et 15000 vers, se sont construites sur des principes mnémotechniques (rimes, épithètes, récurrence des vers, répétitions de passage, retour en arrière etc.) pour permettre à l’aède de soulager sa mémoire.

On peut estimer que la fixation du texte par écrit à Athènes au VIe siècle av. J.-C. a libéré la mémoire de 75 Go [3] . Selon la théorie de la plasticité cérébrale (Dehaene, 2007 [4]) , les capacités cognitives ainsi libérées ont permis l’apprentissage de la lecture , c’est-à-dire la faculté de pouvoir interpréter de manière linéaire des signes abstraits qui font sens et reproduisent la parole.

Dans le Phèdre, Platon s’inquiète d’un usage de l’écriture qui « développera l’oubli dans les âmes de ceux qui l’auront acquise, par la négligence de la mémoire ». Cette tension entre parole, écriture et mémoire fait que les lettres grecques cherchent à consigner avec une absolue précision tous les éléments de la parole. La logique de la notation grecque décompose ainsi jusqu'à l'atome les unités du discours. La matérialité même du texte détermine l'expression de la pensée : L’Iliade et l’Odyssée ont été en divisés en 24 chants, chaque chant correspond à la longueur d’un rouleau. De même, pour les 12 chants de l’Énéide.

Du rouleau au codex

La forme du livre en Grèce et dans toute l’Antiquité, c’est le rouleau de papyrus, qui se dit volumen en latin. Le texte est placé en colonnes perpendicula ires à la longueur du rouleau. Le volumen se déroule et s'enroule au rythme de la lecture, une lecture déclamatoire, qui déploie un discours, un récit, une pensée, et s’inscrit par force dans une stricte linéarité. Cette forme est stable durant près de 1000 ans.

Au Ier siècle de notre ère apparaît un nouveau support, le parchemin, qui transforme la forme du livre : les feuillets de parchemins sont pliés et réunis en cahiers. Ce nouveau type de livre, le codex, présente une page avec des marges bien délimitées. Cette forme s’impose au IVe siècle : il s’agit d’une véritable révolution, à la fois dans les usages et dans la construction du discours. Des gestes jusque-là impossibles deviennent courants : on peut feuilleter les pages, avancer ou revenir en arrière très facilement pour repérer un passage, on peut prendre des notes, écrire en lisant. Tout cela qui était imp ossible avec le rouleau. La page n'est plus un défilé continuel de colonnes, mais un espace délimité, une entité visuelle intellectuellement autonome. Le codex organise une séquentialité : le discours peut s’organiser autrement, progressant de page en page, avec un début et une fin. Au fil des siècles, la page se structure par des initiales, des capitales, des minuscules. E lle se perfectionne avec des enrichissements de notes, des images, des tables, des index. Toute une technologie de la page se met en place dont nous sommes les héritiers. Celle-ci repose sur la structuration d’éléments tabulaires qui visent à améliorer la lisibilité et à faciliter l’accès au texte, jusqu’à la totale autonomie des unités sémantiques qui adviendra dans la presse du XIXe siècle (Vandendorpe, 1999).

Technologies de la page

Il faut se représenter ce que sont les premières pages du codex : des blocs de texte, presque sans marge, où les mots ne se distinguent pas les uns des autres, car aucun espace ne vient les séparer. Il faut lire à voix haute pour détacher les mots et donner sens au texte. Les modestes subdivisions du texte, initiales rehaussées de couleurs ou changements d'écriture, ne sont que des ornements. C’est avec les Carolingiens que l’écriture se clarifie et que la page se structure: capitales, onciales et minuscules sont employées ensemble pour les titres, les prologues et le corps du texte. La mise en page permet de hiérarchiser l’information (Zali, 1999).

Il faut attendre le XIe siècle pour voir une découpe nette du texte en mots par des espaces, en phrases par la ponctuation, en unités de sens par des pieds-de-mouche, ces petites touches de couleurs qui marquent l’articulation du discours. L'œil se repère, le cerveau comprend plus rapidement : la lecture peut se faire en silence et par les yeux, ad silencio. Aux XIIe et XIIIe siècles, on passe d’un modèle monastique, qui assigne à l'écrit une tâche de conservation et de mémoire, à un modèle scolastique, c’est-à-dire universitaire, qui fait du livre l'instrument du travail intellectuel : « On commence à lire beaucoup et d'une manière différente. Il ne s'agit plus simplement de comprendre seulement la lettre, mais aussi le sens et la doctrine. »[5]

C’est la transformation de la page qui rend possible cette évolution. Les mots s’étant détachés, des unités de texte s’organisent et entretiennent des relations analytiques : rubrication, découpage en paragraphes, titres de chapitre, séparation du texte et du commentaire, sommaires, tables de concordances, index. « Le texte est désormais fractionné sur la page grâce à des dispositifs complexes, la lecture ne vise plus la totalité du texte, mais se limite à des portions particulières. À une lecture totale, concentrée, répétitive d'un petit nombre de livres succède une lecture fragmentée de nombreux livres, à une époque, celle de la scolastique, qui voit une immense multiplication des textes et de la demande de savoir, lequel est désormais fragmenté. »[6]

Dans le même temps, le coût très élevé du livre impose de nouveaux modes d’ accès aux textes : aux sommes médiévales compilant tous les savoirs dans le silence des monastères, succèdent des anthologies, des florilèges, pour un usage universitaire. Les étudiants constituent leurs propres anthologies dans des cahiers de « lieux communs » où ils transcrivent extraits et citations des «autorités » pour se les approprier. Les humanistes, au premier rang desquels Érasme, font de cette pratique anthologique un véritable modèle pédagogique de transmission des savoirs et de construction des connaissances (Ann Moss, 2002 ).

Lecture fragmentée, discontinue, délinéarisée : ces usages dénoncés comme ceux de la lecture numérique ne sont pas nouveaux , mais puisent aux manières médiévales. Dans les Romans de chevalerie du XIIIe siècle, les lettrines, rubriques et images permettent de prendre connaissance des épisodes et d’avancer dans le texte afin d’identifier rapidement le passage de l’on recherche. N’est-ce pas là une forme ancestrale de lecture indicielle[7]?

L'imprimerie modifie peu les pratiques de lecture (Chartier et Cavallo, 1997). Si la structure du livre reste inchangée, la page se normalise avec la création de la pagination, la généralisation des sommaires et des index qui facilitent la lecture et renouvellent l’accès au texte en proposant des entrées multiples. De petits formats apparaissent qui libèrent le monumental livre médiéval de la chaîne qui le liait au pupitre. Désacralisant la lecture, ils permettent des lectures mobiles, libres, légères, des lectures loisir, dirait-on aujourd’hui. Toutes ces pratiques cohabitent et se fondent dans une forme qui se renouvelle en se perfectionnant.

De la page à l’écran

Aujourd’hui, le support change avec les formes : le codex devient tablette, la page se fait écran, recherchant l’homothétie du livre tout en voulant s’ouvrir sur le web. Cette page-écran de la tablette numérique offre de nouveaux possibles, expérimentant des formes hybrides aux frontières de l’ordinateur et du livre. En cela, l’application Candide est exemplaire.


Nicholas Carr (2010) ou Raffaele Simone (2012) s’inquiètent des modalités de lecture de cette page-écran qui, selon eux, favoriserait une lecture superficielle, fragmentée, discontinue, en opposition avec une lecture attentive, lente et profonde, privilégiée par le livre imprimé. Ces inquiétudes portent sur l’ouverture de l’écran sur le rése au et sur le multi-fenêtrage dynamique, qui encourageraient la dispersion. À lire sur des écrans ouverts sur le web, on ne serait plus capable de garder le fil de sa lecture. Soulignant le lien entre lecture et cognition, ils craignent que la multi - activit é de lecture ne détourne du sens. Le propos est alarmiste et les neuro biologistes, tel Jean - Philippe Lachaux (2011) , arguent de la plasticité cérébrale pour rassurer sur la multi - activité numérique. Pour autant, la question de la réception se pose pour l’application Candide dont les lectures plurielles sont enrichies par l’hypertexte. Que savons-nous des constructions et ruptures sémantiques de la lecture hypertextuelle ?

Lectures hypertextuelles et construction du sens

Selon Christian Vandendorpe (1999), qui s’appuie sur le modèle de Bransford et Nitsch (1978), le processus de lecture et de compréhension procède par l'association du texte et du contexte. Les travaux de psychologie cognitive nous apprennent en effet que les données déchiffrées du texte doivent être mises en contexte afin de faire sens. Pour être compris, le texte lu doit être contextualisé à la fois par les pré-requis du lecteur, qui peut ainsi décoder le texte et l'interpréter, et par le «contexte de lecture enclenchée» où les données font sens les unes avec les autres, chaque information établissant le contexte de réception de la suivante. On peut donc parler d'un double contexte nécessaire à la construction du sens :

  • le contexte du lecteur, ses pré-requis et son « horizon d'attente» selon l’expression de Jauss (1978) et Iser (1985);
  • le contexte de lecture (ou de réception), c’est-à-dire la construction du parcours de lecture et l'ordre dans lequel les informations font sens les unes avec les autres.

Autrement dit, ce que vous avez préalablement lu constitue le contexte d'interprétation de ce que vous allez lire ensuite et qui doit rester cohérent pour faire sens. La lecture fonctionne ainsi comme une mécanique, chaque élément faisant sens avec le suivant, un mouvement bien réglé que les pratiques de lecture hypertextuelle viennent remettre en cause. S’il est plus difficile de lire un hypertexte, c’est parce qu'il y a décontextualisation (Vandendorpe, 1999). Sur le plan cognitif, le lecteur est obligé de reconstituer le contexte de réception pour interpréter données et fragments. Ainsi n’est-ce plus à l'auteur de donner le contexte de réception, mais au lecteur qui, dans un parcours de lecture hypertextuel, suit ses propres réseaux associatifs et doit lui-même créer le contexte de réception pour faire le lien entre les fragments. En jouant sur la liberté de choix, l'hypertexte instaure un nouveau mode de lecture dont les risques sont bien connus (par ex. Chevalier et Tricot, 2008): rupture sémantique, incohérence et désorientation. La lecture hypertextuelle décontextualise les unités sémantiques en les fragmentant, laissant le lecteur les associer comme il veut, mais au prix d'une nécessaire recontextualisation : le lecteur doit faire l'effort de recontextualiser lui-même ; cet effort cognitif pèse sur sa capacité d'attention, au risque de le détourner de sa lecture, de rompre le fil de son parcours.

Pour Thierry Baccino (2004), c’est bien l’hypertexte qui pose problème, car il convoque simultanément plusieurs zones cérébrales et, par trop de sollicitations, affecte la qualité de notre attention, voire menace de surcharge cognitive[8]. Même s’il décide de ne pas les activer, le lecteur doit évaluer les liens au cours de sa lecture. Et s’il s’engage à les suivre, il doit constamment jongler entre texte et liens, au risque de perdre le fil de sa lecture. Chacun n’a-t-il pas été un jour pris de vertige face à une lecture hypertextuelle sans fond ni fin, incapable en définitive de construire un quelconque parcours de lecture ? On peut légitimement s’interroger sur sa capacité à comprendre et synthétiser les connaissances dans des lectures dirigées par l’hypertexte.

Par sa construction hypertextuelle et la richesse des contenus qu’elle propose, l’application Candide n’encourage-t-elle pas une lecture désordonnée, qui détournerait du texte au lieu de le servir ? Le risque de dispersion existe en effet. Pour le prévenir, l’application s’appuie sur l’hypertexte pour proposer des parcours de lecture thématisés, dont nous verrons qu’ils constituent une métaphore du web et proposent une méthodologie afin d’exploiter les ressources numériques.

Posons l’hypothèse que la mise en place d’aides à la contextualisation pourrait préserver la cohérence d’un parcours de lecture discontinu. Face aux éléments décontextualisants qui favorisent le décrochage du lecteur, il importe en effet d’user de l’hypertexte pour aider le lecteur à contextualiser et recontextualiser : nourrir le contexte du lecteur tout en maintenant le contexte de lecture. Comment réduire l'écart, pour le lecteur, entre ces contextes? C'est tout l'enjeu des enrichissements que propose l’application Candide.

L’application Candide : augmenter l’expérience de lecture

L’application Candide propose trois entrées dans l'œuvre de Voltaire – le « Livre », le « Monde », le « Jardin » – qui démultiplient l’espace du livre et permettent d’expérimenter de nouvelles modalités de lecture.

Le « Livre » : une lecture enrichie »

Donner envie de lire Candide , faire redécouvrir le texte, enrichir l’œuvre et favoriser son partage : c’est à une autre expérience de la lecture que nous sommes invités. Pour cela, le dispositif fait appel à notre libre choix avec :

  • une lecture simple et libre, sans enrichissement apparent, c'est-à-dire sans qu’aucune marque sur le texte ne puisse gêner la lecture linéaire ;
  • une lecture sonore, au choix intégrale ou partielle, par le comédien Denis Podalydès ;
  • une lecture comparée, du texte et du manuscrit;
  • une lecture illustrée par différentes interprétations gravées du conte;
  • une lecture d'étude, avec des notes adaptées à un public scolaire, orientées sur la compréhension du texte,
  • une lecture enrichie par des fiches sur les personnages, les lieux et les concepts mis en œuvre par Voltaire ;
  • une lecture érudite, avec l'apparat critique de René Pomeau, de nature plus philologique, et l'accès aux variantes du texte.

La navigation est fluide entre ces différents modes de lecture, qui jamais ne s’imposent au lecteur.

Candide, l’édition enrichie. © BnF, Orange, Voltaire Foundation, 2013.

En entrant dans le « Livre », le lecteur peut ainsi lire l'œuvre intégralement, de manière fluide, continue, sans qu'aucun signe ne vienne troubler son attention. La mise en page est sobre et claire. Par confort, elle vise l'homothétie du livre imprimé avec, comme il est désormais conventionnel pour toute liseuse électronique, l'accès normalisé aux outils de lecture numérique : sommaire et pagination interactifs, marquage, annotations, recherche, etc. Ceux-ci permettent au lecteur de contrôler le rythme de sa lecture. C'est une lecture linéaire, traditionnelle pourrait-on dire, que l'application offre ici. Elle respecte les bonnes pratiques de la lecture électronique (Baccino, 2004). L'espace optimisé pour la lecture sur écran est pensé pour une « immersion » dans l’œuvre de Voltaire : la typographie est choisie pour son rendu et sa lisibilité à l’écran, la mise en page respecte certains principes de base, marges constantes, interlignage / interlettrage harmonieux, césures parcimonieuses.

Le lecteur pourrait toutefois regretter de ne pas pouvoir choisir sa police de caractères et ni d'en régler la taille. En effet, la mise en page est fixe car le texte est synchronisé avec le manuscrit corrigé par Voltaire[9], qu'un bandeau-image signale en bordant la marge de gauche. C'est en tirant ce bandeau que le lecteur peut afficher le manuscrit en plein écran. Le texte est également synchronisé avec un mode de lecture sonore qui fait tourner les pages dans un fabuleux effet de « livre qui vous parle ». C'est la voix du comédien Denys Podalydès dont l'interprétation renoue avec la tradition orale du conteur. Sonore ou silencieuse, la lecture est ici linéaire : sa vocation est d'être continue, immersive, laissant le lecteur libre d ́interpréter le texte selon ses propres associations. S'il souhaite une aide à la compréhension, il peut recourir au mode de lecture augmentée par un simple tap sur l’écran.

La page reste un espace de lecture qui n’est pas saturé de fonctionnalités ni de médias. C’est par une pression du doigt sur l’écran qu’apparaissent les enrichissements, signalés dans le corps du texte par un changement de couleurs ou une marque dans la marge selon leur nature: notes, variantes, illustrations ou fiches. Ils proposent une lecture d'étude, approfondie, selon les modalités de l'hypertexte. Ici, l'hypertexte est employé à contextualiser les unités de lecture et à stratifier des niveaux d'interprétation pour permettre compréhension et construction du sens.

Enrichissements et contextualisation

Écrit par Voltaire en 1759, en pleine guerre de Sept ans, au moment même où la conscience européenne est en crise et l'ordre établi contesté par les Lumières, Candide s'inscrit dans un contexte politique et culturel prégnant. Tout l'enjeu de la lecture enrichie est de permettre un va-et-vient entre texte et contexte pour éclairer l'œuvre et donner les clés de la lecture.

Deux niveaux d’interprétation sont proposés au lecteur : le mode « découverte » et le mode « recherche», qui convoquent des notes de nature différentes. Les mots inusités, ou dont le sens a changé au cours des siècles, sont définis dans les notes « découverte », semblables à celles d’une édition scolaire. Le mode « recherche» reprend l’apparat critique de René Pomeau de nature plus philologique, grâce auquel on entre dans l’alchimie du conte et son actualité. Par des liens signalés dans le texte en bleu clair, le lecteur peut accéder aux variantes de l'œuvre, découvrir les repentirs de l'auteur, s'éblouir de l'extrême précision d'une construction de mots en miroir où, par exemple, Voltaire se joue du « cul» de Cunégonde (chap. IX).

Par un mouvement interactif, le texte se réduit sur la page pour laisser place aux notes qui se déploient dans la marge, non sans rappeler les pages des manuscrits médiévaux aux gloses enchâssées dans le texte. Les astérisques, creuses ou pleines, qui distinguent sur l'interface les notes universitaires des notes scolaires, rappellent en effet les pieds de mouches, rouges ou bleus, qui permettaient à l'œil de se repérer dans le maquis des gloses médiévales. La mise en page interactive de Candide revisite les ancestrales tabularités de niveaux, proposant une véritable lecture d'étude, profonde, organisée par l'hypertexte. Dans son essai sur les mutations du livre et de la lecture, Christian Vandendorpe théorisait ainsi le « type idéal » de l'hypertexte : stratifié, avec deux niveaux d'information, profane et expert, autour d'un texte de base[10].


Au fil de la lecture, le lecteur peut faire appel à un « dictionnaire philosophique » comprenant vingt - et - une entrées. Des notions, telles l' optimisme ou le travail , voient leur sens évoluer au cours du périple. Parfois, sont exposées sur le long cours les multiples acceptions d'un thème , le voyage par exemple, qui est à la fois géographique, intérieur et spirituel. Des idées, égrenées, décortiquées, désenchantées au cours du conte, ne prennent leur sens qu'en fin de course. Voltaire joue tant avec les mots et les situations que ses personnages se révèlent d’une grande plasticité. Figures de papier qui meurent et renaissent selon les besoins du récit, vingt - six personnages principaux et secondaires font l’objet d’une fiche portrait. Le château , Lisbonne , la mer, l'Eldorado, Venise ou le J ardin, douze lieux font également l'objet d'une fiche. Arrière-plans politiques, décors de l'action, les lieux sont des espaces symboliques où se jouent l'évolution du héros, sa prise de conscience des grandeurs et misères du monde.

Des lectures à « géométrie variable »

La lecture enrichie de Candide offre ainsi une lecture à « géométrie variable » déjà présente dans l’esprit du conte. S’il consulte les enrichissements balisés au fil du texte, le lecteur peut faire des bonds dans le récit et con naître le destin d’un personnage, être éclairé sur l’acception d’une notion, changer de point de vue et réorienter sa lecture du conte. De tels « surplombs » offrent des effets de zoom rarement possibles dans une lecture traditionnelle. Ainsi lecteur peut-il choisir son propre niveau de lecture : une « micro-lecture» en suivant le cours du texte, ou une « macro-lecture» en consultant les fiches.

Autre enrichissement, l’application enrichie rassemble les images des cinq éditions illustrées parues au XVIIIe siècle. Les mêmes scènes sont souvent représentées mais chacune offre une vision singulière : le baiser derrière le paravent, est-il pudique, sensuel, langoureux, volé ? Ces images délicates sont rapprochées de la vision moderne, hiératique, de Paul Klee en 1920, aux figures filiformes griffon nées, dont l’abstraction confère au conte une autre dimension.

Le « Monde » : une lecture thématisée

L'entrée « Monde » permet de traverser le conte à partir d'une représentation spatiale du voyage entrepris par Candide et des thèmes mis en scène par Voltaire à chaque escale. Les étapes du périple figurent sur une carte interactive. Chaque étape est introduite par un résumé de l'épisode. Enregistrés, les résumés s’enchaînent pour suivre le voyage en se déplaçant sur la carte. Depuis ces résumés, le lecteur accède au chapitre correspondant dans le livre. Il peut ainsi parcourir le conte et aller directement à l’extrait qui l'intéresse. Douze étapes font l’objet d'une exploration thématique qui propose des contenus complémentaires, structurés en albums et en anthologies. L’œuvre entre ainsi en réseau avec des auteurs, des textes et des images. Le lecteur pourrait naviguer sans limite à travers ces contenus, mais la carte interactive lui offre une métaphore du repérage sur la toile. Face à un Internet non maîtrisé, elle propose au lecteur – en particulier aux enseignants et à leurs élèves – une méthode d'exploration des ressources numériques.

Le paradis, la guerre, la religion, les femmes, l’utopie, l’esclavage, le jeu, le jardin... les thèmes sont abordés de quatre manières : par un entretien audiovisuel, un album d’images, des pistes pédagogiques et une anthologie. Sur l’écran d’accueil, un résumé problématise le thème et annonce le parcours. Une personnalité — Georges Vigarello , Michel Le Bris, MartineReid ou Alain Finkelkraut — met le thème en perspective dans l’entretien audiovisuel. L’album présente le sujet en images, dans un parcours iconographique qui en délimite le périmètre.

À partir de ces ressources, la démarche pédagogique s’organise en quatre étapes : découverte, exploration, réflexion, invention. « Découverte » offre une première approche visuelle du thème, par la comparaison et le questionnement d’images. On observe comment évoluent les représentations, on examine d’autres visions graphiques. « Exploration » approfondit le sujet à partir d’extraits littéraires, qui convoquent des points de vue complémentaires ou divergents, éclairent sur l’historicité et la postérité du thème. « Réflexion » interroge le monde contemporain. Après avoir regardé, comparé, lu, questionné, « Invention » invite le lecteur à terminer son parcours par de l’écriture créative. Il peut concevoir un argumentaire ou réaliser une affiche pour promouvoir son idée et la partager sur le web. Ainsi le lecteur commence-t-il à devenir auteur. Le « Jardin » l’invite à la création.

Le « Jardin » : une lecture créative

Le jardin est la dernière étape du parcours de Candide, enrichi des connaissances et des apprentissages acquis au cours du voyage. « Il faut cultiver notre jardin » : l’image est doublement symbolique. Le jardin, cultivé pour en récolter les fruits, résulte d’une action collective. C'est aussi un jardin spirituel qui permet à chacun de faire fructifier les connaissances par la réflexion.

En 2010, la New York Public Library avait expérimenté une telle métaphore du jardin avec « Candide 2.0 »[11]. Des lecteurs , ou « jardiniers », de différents milieux (professeurs, romanciers, dramaturges, traducteurs, etc.) y plantaient des graines de commentaires dans les chapitres affectés. Par un système de blogs, ils sollicitaient des échanges, invitant à la réflexion et au débat. Dans l’application Candide, la métaphore du jardin glisse vers celle de l’arbre, en tant qu’arbre de la connaissance, modélisation plus conceptuelle, en rapport avec la construction des savoirs.

Espace de travail, le « Jardin » est le lieu où retrouver les documents que le lecteur a collectés au cours de sa lecture ou de son exploration. Manuscrit, texte, illustrations, enrichissements... il peut éditer tous les contenus de l’application à l’aide d’un module disponible sur le site Internet[12] . Un carnet interactif lui permet d’écrire des commentaires et de mettre en page ses favoris. S’il décide de le publier, son carnet s’affiche dans le « Jardin » sous la forme d’un arbre, traité en ombres chinoises, au feuillage formé par les documents choisis. Les arbres croissent en fonction du nombre de ressources collectées et leur forme dépend de la richesse des contenus. Une activité périphérique de papillons autour des arbres indique au visiteur la popularité des contenus proposés. Produire sa propre pensée, la partager pour la confronter à celle des autres, ou les laisser enrichir son travail, il s’agit, par cet exercice de « lecture-écriture créative», de synthétiser des connaissances éparses, éparpillées lors d’une lecture délinéarisée, et de permettre au lecteur de construire son propre savoir. Une telle pratique repose sur l’hypothèse d’une stratification des connaissances conciliant les modèles arborescent et rhizomique, ceux de l'arbre- racine et du rhizome - canal théorisés par Deleuze et Guattari da ns Mille Plateaux (1980).

Complémentaire à l’application, le site web reprend les trois univers « Livre », « Mond e » et « Jardin ». On y retrouve toutes les fonctionnalités disponibles sur la tablette adaptées aux spécificités du navigateur, à l’écran et à la souris. Les deux environnements interagissent et se synchronisent : la tablette est un lieu de consultation privilégié, grâce aux fonctions natives de l’iPad, tandis que le site web, tout en permettant la consultation, est le lieu de la construction des connaissances, grâce aux modules de création des carnets. Alors que l’application favorise l’immersion et l’exploration, le site web encourage la participation et le partage. Décliner ainsi le dispositif dans une version tablette et web laisse les usage s plus ouverts, sans enfermer le lecteur dans l’écosystème d’Apple.

Conclusion

McKenzie (1985) soulignait combien les formes affectent le sens. En changeant les formes, il importe de s’interroger sur la transformation du sens et les modalités des constructions sémantiques. Cette question est d’autant plus prégnante que l’application invite à de nouvelles pratiques pédagogiques auxquelles Candide, conte initiatique, texte de l’école par excellence, se prête particulièrement bien : « Il est plus que jamais indispensable de lier l'étude des textes aux formes sous lesquelles ils se présentent[13] » assurait Pierre Assouline à la suite d’ Antoine Compagnon ( Le Débat , 2012 ).

Dans la perspective d'une construction du sens, la remédiatisation de l'œuvre de Voltaire suppose la restitution des contextes : contexte du lecteur et contexte de réception , mais aussi contexte d’écriture de l'œuvre, celui de Voltaire et du siècle des Lumières. Car tel est pour nous l’enjeu de la remédiatisation d’un texte littéraire : proposer de nouveaux accès à l’œuvre qui offrent au lecteur la liberté de choisir ses modalités de lecture, tout en recréant les différents contextes qui lui permettront de construire sens et savoir. Face aux éléments décontextualisants qui favorisent le décrochage du lecteur, l’application Candide propose des aides à la contextualisation grâce auxquelles les éléments peuvent faire sens les uns avec les autres dans un parcours de lecture délinéarisé. Dans le « Monde », autour du texte de Voltaire, des sources primaires (textes, images ) s’articulent à des éléments d'interprétation qui permettent au lecteur de construire du sens. Dans le « Jardin » , où il est invité à recomposer son parcours de lecture par la création d’un carnet, tous les fragments collectés sont remis en contexte par le lien direct à la source.

Lire, explorer, reconstruire : l’application invite à synthétiser ses connaissances selon une méthode combinatoire en trois temps. Elle fait ainsi l’hypothèse d’une lecture-écriture créative qu’il s’agit maintenant d’éprouver par un protocole d’expérimentation.

Le déploiement linéaire d'une pensée ou d'une œuvre est une dimension indispensable de la construction des savoirs et de la transmission des connaissances. En cela, l’édition numérique enrichie de Candide reste un livre contrairement à un site web ou à un cédérom. Elle comprend un début et une fin, on en tourne les pages, elle dispose d’ un sommaire et d’ une pagination. On peut certes sortir de la page, mais rien n’empêche la lecture continue. Avec l’accès par la carte , l'œuvre entre en réseau avec des thèmes, des auteurs, des œuvres, des images, qui permettent un déploiement dans l'espace. Par des lectures guidées, créatives, recomposées, l’application cherche à éviter l’écueil du web qui multiplie les directions sans tracer de chemin . Elle explore les frontières du livre et questionne son unité. Une unité relative comme l’avait déjà souligné Michel Foucault dans l’ Archéologie du savoir (1969) : « Le livre a beau se donner comme un ouvrage qu'on a dans la main ; il a beau se recroqueviller en ce petit parallélépipède qui l’enferme: son unité est variable et relative. Dès qu’on l’interroge, elle perd son évidence ; elle ne s’indique elle-même, elle ne se construit qu’à partir d’un champ complexe de discours. »

Références bibliographiques

BACCINO Thierry, La lecture électronique. Sciences et Technologies de la connaissance , Grenoble, PUG, 2004 .

BESLILE Claire (dir.), La lecture numérique : réalités, enjeux et perspectives , Villeurbanne , Presses de l'ENSSIB, 2004. BON François, Après le livre , Paris, Le Seuil, 2011.

BOLTER Jay et GRUSIN Richard, Remediation. Understanding New Media , Cambridge, MIT Press, 1999.

CARR Nicholas, The Shallows: What the Internet Is Doing to Our Brains , New York, W. W. Norton, 2010.

CAVALLO Guglielmo et CHARTIER Roger ( dir. ), Histoire de la lecture dans le monde occidental , Paris, Éd. du Seuil, 1997 CHEVALIER Aline et TRICOT André (dir .), Ergonomie des documents électroniques , Paris, PUF, 2008.

DEHAENE Stanislas, Les neurones de la lecture , Paris, Odile Jacob, 2007 .

DELEUZE Gilles et GUATTARI Félix, Mille Plateaux , Paris, Éditions de Minuit, 1980.

DOUEIHI Milad, La Grande conversion numérique , Paris, Le Seuil, 2008. EVANS Christophe (dir.) , Lectures et lecteurs à l’heure d’Internet. Livre, presse, bibliothèques , Paris, Le Cercle de la Librairie, 2011.

FOUCAULT Michel, Archéologie du savoir, Paris, Gallimard, 1969.

GOODY Jack, La raison graphique. La domestication de la pensée sauvage , Paris, Éditions de Minuit, 1979. H2PTM'13, Pratiques et usages numériques , Paris, Lavoisier, 2013.

ISER Wolfgang, L’acte de lecture : théorie de l’effet esthétique , Spitmont, Éditions Mardaga, 1985.

JAUSS Hans Robert, Pour une esthétique de la réception , Paris, Gallimard, 1978 .

JEANNERET Yves, LE MAREC Joëlle et SOUCHIER Emmanuel (dir.), Lire écrire, récrire. Objets signes et pratiques des médias informatisés, Paris, BPI , 2003.

Notes

  1. Candide, l’édition enrichie. BnF, Orange, Voltaire Foundation, 2013. Application iPad à télécharger gratuitement sur iTunes : http://bit.ly/Lyx9zb. Démonstration vidéo : http://bit.ly/LPUw8f
  2. Guglielmo Cav allo et Roger Chartier (dir.), Histoire de la lecture dans le monde occidental , Paris, Éd. du Seuil, 1997.
  3. En 2009, l’université de Californie (San Diego) a mené une étude sur la consommation d’informations aux USA et estimé qu’être exposé à 100 500 mot s représente l’équivalent de 34 Go de données de stockage informatique.
  4. Voir n otamment le recyclage neuronal exposé par Stanislas Dehaene dans Les neurones de la lecture , 2007
  5. Roger Chartier et Guglielmo Cavallo. Op. cit.
  6. Roger Chartier et Guglielmo Cavallo. Op. cit.
  7. Cf. : Arnaud Laborderie, «  Une nouvelle pratique : la lecture indicielle ». Paris - VIII, LEDEN, blog crossmedias.fr, 23 décembre 2011 [en ligne]. Disponible sur : http://www.crossmedias.fr/fr/2011/12/la-lecture-indicielle
  8. D’après la théorie de la charge cognitive exposée par John Sweller. Voir par ex.
    John Sweller, Paul Ayres,
    Slava Kalyuga, Cognitive Load Theory , 2011 .
  9. Le manuscrit de Candide , dit de La Vallière, se trouve à la bibliothèque de l’Arsenal. Il a été copié par un secrétaire de Voltaire et corrigé par la main même de l’auteur (BnF, Arsenal, mss 3160).
  10. Christian Vandendorpe, Du papyrus à l'hypertexte, Paris, La Découverte, 1999.
  11. Candide 2.0 » est une expérience de lecture et d'annotation lancée à l'occasion l'exposition des « 250 ans de Candide » à la New York Public Library du 23 octobre 2009 au 25 avril 2010. En ligne, disponible sur : http://candide.nypl.org/text/ . Consulté le 27 juillet 2012.
  12. Site Internet couplé avec l’application : http://candide.bnf.fr
  13. Pierre Assouline, « La métamorphose du lecteur ». Dans : Le livre, le numérique. Le Débat, n° 170, mai - août 2012.