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CIDE (2011) Mkadmi

De CIDE
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Pratiques de lecture numérique et usages des technologies de l’écrit chez le chercheur tunisien
 
 
 
titre
Extension d’un algorithme de Diff & Merge au Merge Interactif
auteurs
Abderrazak Mkadmi(1) (2), Besma BSIR(1),
Affiliations
(1):Institut Supérieur de Documentation, Université de la Manouba,Tunisie.
(2):Membre associé au laboratoire Paragraphe, université de Paris8, France.
In
CIDE.14 (Rabat), 2011
En PDF 
CIDE (2011) Mkadmi.pdf
Mots-clés 
Chercheur tunisien, lecture numérique, travail collaboratif, document numérique, pratiques de lecture.
Keywords 
Tunisian researcher, digital reading, collaborative work, digital documents, reading practices.
Résumé
La lecture numérique est une activité très complexe qui exige la mise en exergue plusieurs acteurs à savoir l’auteur, le concepteur, le lecteur, l’annotateur, etc. ainsi que plusieurs objets comme le support de lecture, le format, la structure et le type de document, etc. Tous ces éléments influent certainement sur les pratiques de lecture. Nous tenterons dans ce travail de présenter cet acte de lecture chez les chercheurs tunisiens à travers la présentation de quelques résultats d’une enquête menée par notre équipe de recherche sur la lecture numérique. Ces résultats concernent essentiellement les types de documents les plus lus par les chercheurs, les formats de documents préférés, ainsi que l’implication des chercheurs dans des activités de collaboration pédagogiques et scientifiques. Nous mettons l’accent essentiellement sur l’indicateur genre dans le but de déceler l’évolution des tendances et des habitudes de lecture et des usages des technologies de l’écrit dans un contexte universitaire et de recherche en Tunisie.

Introduction

La lecture sur écran ou la lecture numérique est une pratique qui a profondément évolué ces dernières années vu la dématérialisation des contenus et de la généralisation de l’accès à Internet. L’écran est devenu le support privilégié quant à nos rapports à la culture, à la communication, à l’apprentissage et à la distraction. Dans le monde universitaire le rapport avec l’écran est encore plus présent, et ce dans presque toutes les activités pédagogiques, scientifiques et de recherche. Notre travail consiste à étudier les nouvelles pratiques de lecture numérique des chercheurs tunisiens à travers une enquête menée auprès de 307 chercheurs exerçant dans les cinq universités du Grand Tunis. Ces cinq universités rassemblent la plupart des chercheurs tunisiens: enseignants et étudiants au 3ème cycle et regroupent presque toutes les disciplines scientifiques [Mkadmi, 2010]35. Les résultats que nous allons avancer dans ce travail concernent essentiellement les types de documents les plus lus par les chercheurs, les formats de documents préférés, ainsi que l’implication des chercheurs dans des activités de collaboration pédagogiques et scientifiques. Nous mettons l’accent essentiellement sur l’indicateur genre dans le but de déceler l’évolution des tendances et des habitudes de lecture et des usages des technologies de l’écrit aussi bien chez le genre féminin que chez celui masculin dans un contexte académique de recherche, dans un pays du sud telle que la Tunisie.

En effet, en matière de pratiques de lecture numérique, très peu de travaux traitent de l’influence du genre. La majorité de littérature font référence à des études se rapportant à l’usage d’Internet et des technologies de l’information et de la communication en général. Nous pouvons néanmoins les évoquer pour comprendre la tendance générale de l’impact du facteur genre à ce niveau. Collet [2006] relève l’impact du facteur genre au bénéfice des hommes quant à l’usage d’Internet. En Afrique et dans les pays en voie de développement, cet impact en faveur des hommes renforce ce que nous appelons communément la fracture numérique entre les pays. Women's Learning Partnership [2007] présente une étude sur les utilisateurs d’Internet qui montre que le pourcentage

35 - Voir aussi [Ben Romdhane, 2008], [Limam, 2008] et [Hachicha, 2010].


des femmes utilisant l’Internet n’atteint que 4% dans les pays en développement alors qu’il va jusqu’au 54% dans les pays développés. Cependant, cette tendance masculine de l’utilisation aisée de l’ordinateur et de l’Internet est en partie bouleversée avec l’avènement des réseaux sociaux36.


Lecture numérique et recherche scientifique : equity37 entre homme et femme

Avant d’aborder les pratiques de lecture dans le milieu universitaire chez les chercheurs tunisiens, nous essayons d’identifier le rapport que les deux genres38 homme et femme essaient d’entretenir dans le contexte de recherche scientifique. En effet, dans une logique de parité, hommes et femmes peuvent avoir les mêmes rapports avec la recherche scientifique, puisque tous les deux constituent un genre unique « genre humain ». Dans ce sens on essaie de nier ou même d’abolir toute différence entre la nature des deux genres et aussi fait-on face aux préjugés résiduels résultant de l’histoire. Cette dernière prouve d’un côté que l’homme a fait naître la science pour comprendre la nature, mais de l’autre, elle rappelle que la femme n’a pu entrer la sphère de l’activité scientifique qu’à partir du 19e siècle [Keller, 2003]. Mais en dépit de cette réalité, « la question de savoir si le corps d’un scientifique est mâle ou femelle n’a aucune pertinence », tant que chaque femme pourvue d’un esprit scientifique doit avoir accès à la science [Kelley, 2003]. Ainsi, expliquons-nous la parité du pourcentage des hommes-femmes ayant répondu à notre enquête, dans un contexte scientifique tunisien à l’an 200839, par une conscience de l’identité et


36 Nous évoquons ici les réseaux sociaux dans notre enquête parce que nous estimons comme disait Claire Belisle : qu’« une des caractéristiques des réseaux sociaux est de développer la lecture en ligne, tout autant que l’écriture. Se tenir informé, c’est lire, regarder, écouter, échanger, réagir » [Belisle, 2011, p.197]. 37 - Le terme anglais equity, désigne la recherche conjointe de l’égalité et de la justice. [Keller, 2003] 38 - « Le genre est une catégorie culturelle qui modèle notre développement en tant qu’hommes et femmes adultes. En ce sens, le genre représente une transformation culturelle du sexe » ; sachant que le sexe est « une catégorie biologique dans laquelle nous sommes nés comme enfants mâles ou femelles ». [ Keller, 2003]. 39 - Sachant que dans le contexte occidental américain, « En 1956, près d’un siècle après avoir admis sa première étudiante, Ellen Swallow Richards, le MIT a réuni une commission spéciale pour examiner la question de savoir s’il fallait ou non continuer à accepter des femmes parmi ses étudiants ; et cette commission a recommandé qu’il soit mis fin à la mixité de la formation dispensée » [Keller, 1981] cité in : http://cedref.revues.org/509#bodyftn3. Consulté le 08 juin 2011.



l’aptitude scientifiques des femmes ayant pour effet le développement et l’amélioration des productions scientifiques.

Sexe Nombre Pourcentage Masculin 150 48,9% Féminin 157 51,1% TOTAL. 307 100%

Tableau 1 : Nombre des enquêtés par sexe

De plus nous remarquons une tendance de féminisation des chercheurs tunisiens vu que les tranches d’âges des enquêtés allant de moins de 25 ans jusqu’au 39 sont plutôt féminisées :

Sexe/Age Moins de 25 ans De 25 à 29 ans De 30 à 39 ans De 40 à 49 De 50 ans et plus TOTAL Masculin 13 46 39 29 23 150 Féminin 30 57 42 13 15 157 TOTAL 43 103 81 42 38 307

Tableau 2 : tranches d’âge des chercheurs par sexe

Ainsi que, le nombre des étudiantes-chercheures dépasse celui des étudiants-chercheurs dans l’échantillon des chercheurs tunisiens faisant l’objet de notre étude :

Sexe/statut Etudiant chercheur Enseignant chercheur TOTAL Masculin 79 71 150 Féminin 94 63 157 TOTAL 173 134 307

Tableau 3 : Statuts des chercheurs par sexe

Suite à la présentation du genre faisant l’objet de notre population enquêtée, nous essayons d’évaluer leurs pratiques de lecture dans le contexte numérique en ligne.


Lecture numérique vs lecture papier : quelles préférences pour les femmes et les hommes chercheurs ?

Plusieurs interrogations se posent de plus en plus sur ce qu’est lire. Ces interrogations sont liées essentiellement à la consultation du web sur des


écrans qui a engendré une « étendue conceptuelle » de l’acte de lire. Il peut désigner des activités très diverses. « Pour certains, la lecture est une activité en déclin appelée à être remplacée par la communication orale et visuelle ; multimédia et virtuelle ; pour d’autres c’est un élargissement de la représentation de ce qu’est lire qui se met en place avec le texte à l’écran. »[Rosado, 2011]. Ce qui est important à signaler qu’avec la lecture numérique, nous ne parlons pas seulement des textes imprimés transposés sur support numérique, mais aussi et surtout d’autres genres de documents multimédias, vidéos, blogs, sites web, messages électroniques, etc. Dans ce contexte, les historiens signalent deux changements majeurs dans le passage du papier à l’écran, le premier concerne l’association écriture-lecture qui n’était pas « possible » et le deuxième est lié à la distinction entre le lieu du document et le lieu du lecteur. En d’autres termes, la lecture numérique permet au lecteur de faire des annotations et des modifications sur l’objet de lecture et peut également accéder à cet objet à distance [Cavallo, 2001]. Toutes ces interrogations dans la littérature se rapportant à la lecture en ligne, sa manière, les capacités de la pratiquer, son essence par rapport à la lecture sur papier attestent selon [Valéry, 2011] « du malaise et du rejet qui surviennent lorsqu’il s’agit de parler de la lecture dans un monde numérique ». Ces différents changements dus au passage de l’imprimé à l’écran, nous incitent à savoir jusqu’à quel point ceci a influé sur les pratiques de lecture chez les chercheurs tunisiens au niveau du temps consacré à la lecture et de leur vision au document numérique par rapport au document papier. En réponse à la question ayant pour objectif de savoir si les chercheurs consacrent plus de temps à la lecture sur papier qu’à la lecture sur écran, la majorité a répondu « oui » à raison de 66,1% contre 32,9% du nombre total d’enquêtés. En effet, les chercheurs femmes et hommes se rejoignent pour confirmer leur rattachement au papier.

Sexe/ Lecure papier Vs lecture sur écran Non réponse Oui Non Total Masculin 2 100 48 150 Féminin 1 103 53 157 TOTAL 3 203 101 307

Tableau 4 : Temps consacré à la lecture papier par rapport à la lecture sur écran

Ces résultats montrent que les repères de lecture chez les chercheurs tunisiens sont toujours liés au papier. La majorité des enquêtés considère que la lecture sur écran, même si elle est plus rapide et permet de créer une interactivité avec l’écrit, elle reste une activité fatigante. Ce point de



vue est approuvé aussi bien par les hommes que par les femmes ayant tendance plus à pratiquer une lecture numérique superficielle en survolant des parties des textes. [cf. tableau 5]. Ceci peut être expliqué par le fait que la lecture numérique « demande au lecteur la maîtrise de nouvelles capacités. Les technologies de l’information en elles-mêmes modifient les pratiques de lecture, car le message écrit à l’écran s’accompagne le plus souvent d’un message audio–visuel » [Mihaela- Luminita, 2005]

Sexe/ LecNum Non répo nse Plus attrayante Plus fatigante Plus rapide Plus inter- active Plus superficielle plus ennu- yeuse Tota l Masculin 0 24 80 65 40 33 11 253 Féminin 2 17 97 84 33 33 15 281 TOTAL 2 41 177 149 73 66 26 534

Tableau 5 : lecture numérique aux yeux des chercheurs tunisiens

La lecture sur écran est considérée aussi plus épuisante que la lecture papier parce qu’elle est perturbée par des éléments externes au texte lu (boutons, informations sur la structuration du corpus). Le lecteur n’a plus de vision globale du contenu, mais seulement des portions de texte dans lesquelles il effectue une sélection. Cette sélection demande déjà un effort de déplacement dans le texte autre que les instructions traditionnelles de la lecture. Il est appelé à construire son propre texte pour pouvoir le lire. Toutes ces entraves peuvent limiter le temps consacré par le chercheur tunisien pour la lecture sur écran. Ainsi, en réponse à la question se rapportant au temps consacré à la consultation des ressources numériques, nous pouvons dire que l’activité de la lecture numérique est plutôt masculine [cf. tableau 6].

Sexe/temps de consultation des ressources numériques Non réponse Moins de 2 heures Entre 2 et 7 heures Entre 7 et 15 heures Plus de 15 heures Total Masculin 1 32 55 35 27 150 Féminin 2 35 65 32 23 157 Total 3 67 120 67 50 307

Tableau 6 : temps de consultation des ressources numériques selon le genre

D’après notre enquête, les grands lecteurs (07 heures et plus par semaine) sont de majorité hommes. Les femmes lisent entre deux et sept heures par semaine, et ceci peut être expliqué par leurs occupations et leurs charges matrimoniales. Ces résultats sont confirmés par une étude


réalisée au cours du dernier trimestre 2010 par la société Gartner et menée auprès de 1569 personnes, à travers 6 pays : les Etats-Unis, l’Angleterre, la Chine, le japon, l’Italie et l’Inde [Gartner, 2010]. Il ressort de cette étude que les hommes lisent plus facilement sur écran que les femmes.


Formats de documents et lecture numérique

L’histoire de lecture nous montre que l’étude des pratiques fait partie de l’éphémère [Belisle, 2001]. Ces pratiques sont généralement liées aux changements technologiques, aux supports plus particulièrement, mais aussi aux formats dans lesquels atteint le document son lecteur. Les formats les plus utilisés pour les ressources numériques sont HTML, DOC, PDF, etc. Nous avons voulu à travers notre enquête de savoir lesquels de ces formats sont les plus utilisés par les chercheurs tunisiens. Les réponses montrent que les formats PDF et word sont les plus utilisés aussi bien par les femmes chercheurs que par les hommes chercheurs [cf. tableau 7].

Sexe/Format DocNum Non réponse HTML PDF DOC TXT RTF PS TeX Autres Total Masculin 0 76 122 101 44 17 13 12 11 396 Féminin 1 72 128 114 43 4 11 6 8 387 TOTAL 1 148 250 215 87 21 24 18 19 783

Tableau 7 : formats de documents numériques utilisés par les chercheurs tunisiens

En cherchant à comprendre pourquoi PDF et DOC sont les deux formats qui sont placés avant le HTML, malgré que ce dernier représente le format et le langage du web par excellence, nous avons compris que ces deux formats comportent, selon les chercheurs, des repères semblables à ceux du document papier. En plus ils offrent une meilleure présentation de documents. Par ailleurs, si nous pouvons expliquer l’usage du PDF en tant que format adapté à la lecture sur écran par ses caractéristiques intrinsèques reproduisant en fac-similé les pages du document source, y compris ses illustrations, fixant la pagination et offrant une fonction d’agrandissement pour modifier la taille globale d’une page, nous n’avons pas les mêmes caractéristiques pour le format Doc sauf que ce dernier offre des nouvelles fonctionnalités de lecture/écriture numérique. D’autres formats s’imposent aujourd’hui comme des standards de description et de structuration des documents tels que le XML ne sont pas connus par la majorité des chercheurs tunisiens.



Types de documents numériques consultés par le chercheur et la chercheure40 tunisiens

Lire pour chercher de l’information nécessite la consultation de différents types de documents. Les dictionnaires et les encyclopédies peuvent être consultés pour se faire une idée sur un sujet. Les monographies et les articles de périodiques permettent d’approfondir cette idée et aussi de l’analyser. De plus différents autres types de documents peuvent être utilisés selon les besoins des chercheurs, tels que les thèses et mémoires, les rapports, les cartographies, les manuscrits, les documents pédagogiques, documentaires ou scientifiques et autres. Les femmes, considérées auparavant fortes lectrices du papier comme le rappelle Olivier Donnat41 : « quel que soit l’âge ou le niveau de diplôme, les femmes se distinguent par un niveau de lecture légèrement supérieur à celui des hommes et par une préférence pour la fiction », se trouvent dans le nouveau contexte numérique en concurrence avec les hommes dans la pratique d’accès et de lecture sur le web. En effet, les chercheurs hommes et femmes ont tendance à préférer les articles des périodiques au détriment de la lecture des monographies, tel qu’il est illustré dans le tableau ci-après [cf. tableau 8] : signalant 121 hommes et 127 femmes affirmant lire des articles de périodique. Cependant, si les hommes devancent les femmes dans la lecture de la presse et des magazines en ligne (57 hommes contre 37 femmes) pour des objectifs culturels, sociaux et politiques; les femmes semblent plus patientes dans la lecture sur écran des travaux volumineux tels que les thèses et mémoires (109 femmes contre 85 hommes) pour des objectifs plutôt scientifiques et pédagogiques. Pour les autres types de documents, une certaine parité entre femmes et hommes peut-être remarquée dans leurs lectures des œuvres de fictions, des livres à caractères documentaires, ou scientifiques, des rapports, des cartes et plans, et des manuscrits.


Sexe/Types Document numérique Masculin Féminin Total Non réponse 0 2 2 Articles de revues 121 127 248 Presse (journaux, magazines) 57 37 94


40 Michèle Lenoble-Pinson. -In : Revue belge de philologie et d'histoire = Belgisch tijdschrift voor filologie en geschiedenis, ISSN 0035-0818, Vol. 84, Nº. 3, 2006 , page 637- 652. 41 Donnat, Olivier. – Les français face à la culture. De l’exclusion à l’éclectisme, Paris, la Découverte, 1994. Cité par (Mauger, 95).


Livres à caractère documentaire ou scientifique 65 65 130 Œuvres de fiction (romans, nouvelles,...) 5 5 10 Thèses et mémoires 85 109 194 Rapports 60 60 120 Cartes et plans 19 20 39 Manuscrits 18 17 35 Dictionnaires, encyclopédies 62 76 138 Documents pédagogiques (cours en ligne, exercices 74 88 162 Autres (précisez svp) 4 4 8 Total 570 610 1180

Tableau 8 : Types de documents numériques préférés par les chercheurs tunisiens

Nous expliquons cette tendance vers la lecture des périodiques plutôt que les monographies par la fluidité de la lecture des presses sur écran et par la lourdeur de la lecture des livres entiers ; ce qui incite les chercheurs à survoler plutôt qu’à lire ou même à imprimer pour une lecture papier ou encore à enregistrer pour une lecture différée.


Pratiques de lecture dans l’environnement numérique

Selon les résultats de notre enquête, il est confirmé que nos enquêtés enseignants chercheurs pratiquent le plus souvent une lecture fragmentée dans l’environnement électronique ; ils peuvent suivre plusieurs parcours outre que le fil conducteur de l’auteur. Il s’agit plutôt d’une lecture hypertextuelle et interactive permettant de réécrire pour soi le texte. En parité, femmes et hommes chercheurs considèrent que les liens hypertextuels constituent plutôt un « enrichissement pour la compréhension des textes ». Une minorité seulement des chercheurs considère que les liens peuvent dévier leur lecture sur écran, tel qu’il est illustré dans le tableau suivant :

Sexe / Liens hypertextuels Masculin Féminin Total Non réponse 2 9 11 Enrichissent votre compréhension du contenu 102 103 205 Vous font perdre le fil des idées 28 30 58



Vous dévient de vos centres d'intérêt initiaux 22 15 37 Autres (précisez svp) 4 7 11 TOTAL 158 164 322

Tableau 9 : Chercheurs hommes et femmes activent les liens hypertextuels

Ce résultat confirme que la linéarité de la lecture disparaît sur écran au profit de la navigation et de l’interaction, surtout que les documents les plus consultés par les chercheurs sont de type scientifique adapté plutôt à la lecture sélective. Nos chercheurs en tant qu’usagers du Web se trouvent bien à l’aise avec l’accès à l’information et l’activation des liens. Néanmoins, dans cet environnement numérique, les chercheurs tunisiens associent rarement les pratiques de l’écriture à celles de la lecture sur écran, telles que celles de prise de notes sur écran, de marquage, de soulignement ou de surlignement.

  Prise de notes sur écran		Marquage (souligner, surligner, colorer)	

Sexe/Notes écran Masculin Féminin Sexe/Marquage Masculin Féminin Non réponse 33 40 Non réponse 36 42 Très souvent 10 11 Très souvent 12 16 Souvent 18 24 Souvent 16 19 Parfois 48 34 Parfois 45 37 Jamais 41 48 Jamais 41 43 Total 150 157 Total 150 157

Tableaux 10-11: Prises de notes et marquage sur écran

Avec un certain degré d’égalité, aussi bien les femmes que les hommes pratiquent rarement les prises de note sur écran ainsi que le marquage des documents, ce qui les amène encore à avoir recours aux pratiques d’impression et d’enregistrement des documents. En effet, une certaine égalité paraît encore entre femmes et hommes chercheurs dans ces pratiques, tel qu’il est illustré dans les deux tableaux suivants :

  Impression des documents		Enregistrement des documents	

Non réponse 21 31 Non réponse 18 16


Tableaux 12-13 : Impression et enregistrement des documents


Un fort attachement empêche le chercheur tunisien de quitter le papier, ayant constitué le lieu de permanence de ses repères de lecture, ce qui l’incite à imprimer et à participer à la constitution des tonnes de nouveaux documents papiers. L’enregistrement des documents permet aussi aux chercheurs la constitution des bibliothèques personnelles, mais cette pratique les incite à lire peu sur écran et surtout à accumuler des documents enregistrés non lus. D’autres pratiques d’échange et de travail collaboratif peuvent être instaurées dans le contexte numérique ; ainsi nous essayons dans la section suivante d’évaluer l’apport du chercheur tunisien (femme ou homme) dans le but de favoriser le développement de la culture participative caractérisant la deuxième phase du web, appelé dores et déjà Web 2.0.


Culture participative du chercheur tunisien

Tout chercheur est appelé à passer du stade de la simple consultation des ressources numériques au stade d’une véritable « culture participative42 » où il peut être actif au niveau de l’échange, de la mise en ligne, de la coproduction et de la création des documents numériques. Cette culture s’instaure de plus en plus suite au développement des différents services du web2.0 tels que les blogs, les wikis, l’étiquetage, les réseaux sociaux, les fils RSS, les mashups (notamment la géolocalisation)43. Selon certaines études, les fonctionnalités du web 2.0 attirent plus les femmes que les hommes. En effet, les femmes sont plus actives sur le réseau en partageant des photos, des vidéos, des jeux et en utilisant la messagerie instantanée [Abraham, 2010]. Elles passent plus de temps sur les réseaux sociaux que les hommes. Dans notre enquête nous n’avons pas pu vérifier ce bouleversement parce que les chercheurs tunisiens étaient peu impliqués dans les services web 2.0. Les nouveaux services que nous avons évoqués sont essentiellement les blogs et les archives ouvertes. Notre étude montre que les blogs sont plus utilisés par les hommes, et les archives ouvertes sont utilisés à égalité entre hommes et femmes pour la diffusion de leurs travaux scientifiques ou pédagogiques :


42 - Le concept de « culture participative » est proche de la notion de « démocratie participative », où les individus deviennent actifs. (Rieder, 2006) cité par (Bsir, 2010) 43 - Détails : in : Tout sur le web 2.0 / Capucine Cousin. – Paris : Dunod. 2008. – (CommentCaMarche.net : l’encylopédie pratique de l’informatique). - ISBN 978-2-10- 051177-8.




Sexe/ diffusion des travaux scientifiques sur le web Masculin Féminin Non réponse 46 69 Site personnel 25 17 Site de l’institution universitaire 24 23 Blog personnel 24 11 Plate-forme d'enseignement à distance 5 7 Archives ouvertes 16 17 Autres 23 27 Total 163 171

Tableau14 : Diffusion des travaux scientifiques sur le web

Par contre pour l’échange et l’accès aux annotations des autres, ils sont en faveur des femmes [cf. tableau 15].



Sexe

Non réponse Accès aux annotation s des autres Accès aux marquages des autres Diffusion de vos annotation s et/ou marquages personnels

Autr es

Tota l Masc ulin 32 71 30 27 7 167 Fémi nin 31 79 18 32 11 171 Total 63 150 48 59 18 338

Tableau 15 : impact du genre sur l’échange et la collaboration entre les chercheurs

Le travail collaboratif de nos chercheurs tunisiens s’est manifesté plus au niveau d’échange des documents et de leur communication via les différents services classiques d’Internet en l’occurrence la messagerie et les listes de diffusion :


Sexe/ communication Masculin Féminin Non réponse 06 11 En signalant l'adresse URL 68 60 En envoyant tout le document par courrier électronique 79 83 En le signalant à travers des listes de diffusion ou des groupes de discussion 14 16 Autres 18 17 Total 185 187

Tableau 16 : Echange et communication des documents


Les hommes paraissent plus habiles à signaler les adresses URL des documents à échanger via la messagerie, par contre les femmes paraissent plus rassurées en les faisant joindre en fichier attaché. Malgré ces initiatives de mise en ligne des travaux scientifiques et pédagogiques, ainsi que leur échange via l’Internet, le chercheur tunisien n’est pas vraiment passé à la phase participative sur le web ; ceci est approuvé par sa réticence à la production collaborative. En effet, hommes et femmes se déclarent plutôt passifs dans cette action aussi importante pour être à la phase 2.0 du web, tel qu’il est illustré par le tableau suivant :

Sexe/ProdTrav Non réponse Oui Non Total Masculin 0 40 110 150 Féminin 3 34 120 157 TOTAL 3 74 230 307

Tableau 17 : Participation à la production des travaux collectifs en ligne

Cette déclaration aussi frappante doit être encore vérifiée suite à l’évolution technoculturelle que connait l’environnement des chercheurs tunisiens et au développement des différents services web2.0 demandant moins de technicité d’usage, citons essentiellement les wikis et les blogs, ayant plus d’essor ces dernières années.


Développement d’une culture technique

La lecture numérique nécessite la maîtrise d’un espace d’action en plus de celui de l’information. En effet, les chercheurs sont en face d’un espace à la fois technique et informationnel demandant une certaine culture technique assurant le « savoir faire pour lire » et le « savoir lire pour faire ». [Ghitalla, 2003]. Ainsi, expliquons-nous que la variable genre n’a pas établi à ce stade une influence claire sur les résultats, parce que les chercheurs tunisiens hommes et femmes sont encore en phase de développement de cette culture technique. Cette entrave amène les 2/3 des enquêtés (en parité 100 hommes et 103 femmes) à consacrer encore plus de temps à la lecture papier qu’à la lecture numérique. L’évolution des technologies de l’écrit peut à son tour drainer les chercheurs à lire sur écran en les remettant dans la situation et la scène conventionnelles de lecture. Ainsi le format de fichier pdf est apprécié par un fort taux (250 enquêtés, divisés en parité 122 masculins et 128 féminins) parce qu’il présente l’avantage de reprendre les repères du document papier. La lecture sur le web modifie les tendances de choix des types de documents à lire : femmes et hommes lisent plus les articles de



périodiques quelque soit leur discipline scientifique. Mais, suite à la diversité des ressources numériques sur le web et à la multiplication des possibilités de téléchargement des monographies, des rapports, des vidéos et autres, nos chercheurs ont plus de possibilités d’enregistrement et d’impression pour la constitution des fonds et des bibliothèques personnels. La lecture sur écran incite de plus en plus les chercheurs à échanger les documents pédagogiques et scientifiques essentiellement par le biais des outils classiques d’Internet en l’occurrence la messagerie, les listes de diffusion, ainsi que les archives ouvertes. Cependant, les chercheurs tunisiens sont encore moins actifs à participer à la production collective. Les initiatives des chercheurs au niveau du travail collaboratif peuvent être soutenues s’ils maîtriseraient les nouveaux services du Web participatif en l’occurrence les blogs pour la coproduction, les wikis pour la gestion des contenus et le travail collaboratif, les réseaux sociaux pour l’échange des informations et des événements scientifiques, les fils RSS pour suivre les nouveautés des domaines de recherche, et autres.


Conclusion

La parité des résultats entre femmes et hommes chercheurs peut émerger de nouvelles tendances. Les femmes considérées auparavant « fortes lectrices du papier » se trouvent sur le web concurrencées par les hommes ayant plus de temps à lire, à naviguer et à dénicher dans les flux d’informations en ligne. En contre partie, la monopolisation de la maîtrise des technologies et des techniques informatiques par les hommes depuis des années, est désormais conquise par les femmes attirées par les nouveaux services du web en l’occurrence les réseaux sociaux. Ainsi, une deuxième enquête portant sur les usages des nouveaux services Web2.0 par les chercheurs tunisiens peut-elle nous confirmer ce résultat de tendance de masculinisation des pratiques de la lecture et nous permet-elle de révéler à quel point ces chercheurs maîtrisent-ils les outils du web participatif pour se collaborer et coproduire sur le web ?


Bibliographie

[Belisle, 2011] Lire dans un monde numérique / Claire BELISLE ( coord.). - Lyon : Presses de l’ENSSIB, 2011. [Ben Romdhane, 2008] « Nouveaux modes de lecture-écriture et travail collaboratif des enseignants-chercheurs tunisiens dans l'environnement numérique. »/ Ben ROMDHANE M., MKADMI A., HACHICHA S. – In : actes de la conférence « Document numérique et société », Novembre 2008, CNAM, Paris, ADBS éditions, 2008, ISBN : 978-2-84365-116-8, ISSN : 1762- 8288.

[Bsir, 2010] De la lecture en ligne via le web documentaire à l’émergence de la « culture participative » via le web2.0 / Besma BSIR. - In  : actes du 2ème colloque France-Maghreb "Les médias et les mémoires de demain", Toulon, – 9-10 décembre 2010.

[Bsir, 2010] Passage au numérique: nouvelles pratiques de lecture/ Besma BSIR. - In : Journées d'études organisées par le groupe de recherche Lecture numérique, Institut supérieur de documentation, 14-15 avril 2009. Article publié dans un ouvrage collectif : Lecture numérique et usage du web, sous la coordination de Raja FENNICHE, édité par l'Institut supérieur de documentation, 2010.

[Cavallo, 2001] Histoire de la lecture dans le monde occidental/ Guglielmo CAVALLO, Roger CHARTIER (dir.). Paris : éditions du seuil, 2001, 2ème édition.

[Collet, 2006] L'informatique a-t-elle un sexe ?: hackers, mythes et réalité/ Isabelle COLLET, Paris; Budapest; Torino : l'Harmattan, 2006, 312 p., (Savoir et formation. Série Genre et éducation), ISBN : 2-296-01480-1.

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Notes


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