A propos du numéro zéro d’AMETIST

De Artist
Aller à : navigation, rechercher
Ametist-logo-lettres-small.jpg
Bandeau Raffael.jpg
Revue Ametist
Numéro 0
Modèle:Méta bandeau de section
A propos du numéro zéro d’AMETIST :
rapport sur une expérience d’appropriation
Jacques Ducloy,i
jacques.ducloy@inist.fr
Patricia Gautier,i
patricia.gautier@inist.fr
Magali Rasolomanana,i
magali.rasolo@inist.fr
Clotilde Roussel,i
clotilde.roussel@inist.fr
Djamila Safa,i
djamila.safa@inist.fr
Pierre Wirtz.i
pierre.wirtz@inist.fr
Résumé
Ce rapport relate les principaux faits marquants liés à la production du numéro zéro d'AMETIST. Il donne des éléments sur les moyens à mettre en œuvre dans un centre de documentation de la recherche pour initialiser une activité éditoriale autour de revues scientifiques avec des contraintes techniques liées aux domaines relevant de l'ingénierie et de l'écriture numérique. Les problèmes liés à la dualité des supports papier / numérique sont abordés.
Mots-clés 
écriture numérique, appropriation des techniques éditoriales, revue numérique.
Keywords 
electronic journal, electronic writing, information technology appropriation

Introduction

Avec le projet de revue AMETIST, nous poursuivons un objectif ambitieux à moyen terme : arriver à créer un périodique de référence à la fois sur un plan scientifique et technique. En pratique et à court terme, nous démarrons avec une équipe de soutien logistique qui, bien que disposant d’un environnement privilégié à l’INIST, est encore inexpérimentée. Nous sommes donc dans des conditions proches d’une équipe scientifique de terrain voulant se lancer dans une « aventure d’appropriation des pratiques éditoriales en mode numérique ». Nous vous proposons ici un compte rendu qui se veut transparent sur cette expérience d’appropriation. En particulier, nous ferons état de difficultés pour lesquelles les professionnels de l’édition auront probablement un regard critique là où ils bénéficient d’une longue expérience et de savoir-faire que nous ne contestons pas. Sur le forum ARTIST et dans des articles antérieurs ‎[2]‎[3] nous avons identifié la nécessité pour la communauté académique de reprendre à sa charge une partie du processus éditorial. En effet, en s’appuyant uniquement sur des critères relevant de l’économie de l’édition, les conditions de diffusion ne permettent pas toujours de rentabiliser les traitements éditoriaux nécessaires à la dissémination d’activités scientifiques en émergence.

En raisonnant avec une approche différente, celle de l’économie de l’innovation, les organismes de recherche sont confrontés à une alternative décisionnelle : l’externalisation par une politique de subvention vers l’édition commerciale ou l’appropriation en s’appuyant notamment sur leurs réseaux de spécialistes en IST. Dans sa réalisation, le « projet AMETIST » est une expérimentation de cette deuxième proposition. Cet article, et ceux qui suivront sur ce thème, veulent donner des éléments d’appréciation à la question suivante : pour un centre bibliothéconomique ou documentaire, quel est l’investissement nécessaire à une appropriation des pratiques et techniques éditoriales ?

Nous aborderons d’abord les aspects techniques liés au lancement de la revue AMETIST sous un angle général. Puis nous illustrerons ces réflexions à partir de deux exemples. A propos de l’article sur la transformation d’un thésaurus en ontologies nous traiterons de l’écriture numérique des articles scientifiques à contenu technique. A propos de la traduction de l’article de Carl Lagoze, nous étudierons les pratiques collectives et la mise en ligne des traductions. Enfin, nous évoquerons l’appropriation des pratiques éditoriales par une entité documentaire.

Avertissement

Pour la rédaction de cet article nous avons été confrontés à des difficultés particulières liées à la dualité des supports et aux contraintes de notre échéancier. En effet, l’impression du fascicule papier demande un délai incompressible d’un mois avant sa diffusion et celui-ci sera alors définitivement figé. Pour l’édition numérique, les contraintes sont nettement plus souples. Les deux versions de cet article seront donc assez différentes. La version papier présente un résumé de nos observations au 15 juillet 2006. Le document numérique sera sensiblement plus détaillé et remis à jour jusqu’en novembre 2006.

1 Appropriation des techniques éditoriales

Avant d’entrer dans les détails techniques, voici un rappel des conditions initiales de notre expérience.

L’idée de monter une revue électronique à partir de l’expérience du forum ARTIST a germé il y a un an environ. Son contenu devait s’organiser autour d’une dynamique à trois composantes. En premier lieu, nous voulions, de façon classique, encourager la recherche autour de la thématique de l’appropriation et promouvoir les « bons articles sur le sujet ». Ensuite, nos premières expérimentations sur les forums ont montré l’intérêt et les difficultés des démarches collectives. La revue devrait donc servir à cadrer les discussions en leur donnant un objectif et une échéance. Enfin, il nous avait paru opportun de lancer un banc d’essai pour l’écriture numérique.

Sur un plan technique, nous nous devions de devenir « exemplaires » en termes de respect des contraintes de normalisation et d’indexation. Le comité éditorial a validé ces options et nous a ajouté une contrainte complémentaire avec une dualité de supports de diffusion : papier et numérique. En pratique, l’INIST a dégagé un poste de secrétaire de rédaction qui a été pourvu par une documentaliste qui doit maintenant s’approprier cette fonction. L’INIST apporte également un réseau interne de compétences informatiques, documentaires ou éditoriales mais qui n’ont jamais été impliquées dans une initiative identique. Nous sommes donc dans une situation assez représentative de l’appropriation des techniques éditoriales par un établissement de recherche qui veut se lancer dans ce type de projet, sans expérience significative préalable.

1.1 Initialisation du cycle éditorial

Nous désirons donc parvenir à un modèle éditorial où l’auteur conçoit un article, dans un contexte d’écriture numérique. Il doit en extraire une version lisible sur papier (en format A5). Il devrait également disposer d’un ensemble de recommandations comportant une charte graphique et un code typographique[1].

En réalité, nous partons d’une situation vierge. Nous avons décidé de sortir une maquette, le numéro zéro, pour le 15 septembre 2006 à partir d’une sélection d’articles faite lors des journées VSST de janvier 2006. Au moment de la rédaction de cet article le planning prévu est le suivant :

  • 15 septembre 2006, Semaine du Document Numérique (SDN 2006 du 18 au 22/09/2006)[2].
    • Diffusion du numéro 0 en version papier et présentation d’un prototype de la version numérique.
    • Recherche d’articles pour le numéro 1 par le comité de rédaction (la SDN 2006 donne une occasion de contacter des auteurs potentiels).
  • Novembre 2006
    • Version finale du numéro 0 en mode numérique,
    • Première version des recommandations aux auteurs incluant la charte graphique, le code typographique et des éléments techniques (formats) et documentaires (vocabulaire).
  • Mars 2007 : sortie du numéro 1, appel aux contributions pour le numéro 2.

Autrement dit, nous visons un cycle stabilisé pour septembre 2007.

Pour ce numéro 0, nous sommes donc confrontés à une démarche intermédiaire, inverse de celle qui est recherchée à moyen terme. En effet, nous avons sélectionné des articles conçus pour des actes diffusés dans un format A4. Nous avons proposé aux auteurs quelques adaptations et révisions pour produire en priorité la version papier (en format A5) et nous approfondissons la version électronique en fin de cycle.

1.2 Choix d’un format de document

La pérennité des documents est un des enjeux de l’écriture numérique. Les documents numériques sont codés dans des formats qui évoluent avec le temps. Par exemple, il est aujourd’hui difficile, voire impossible, de lire des images ou des documents texte qui ont été créés sur des ordinateurs au cours des décennies antérieures. C’est pourquoi nous devons mener une réflexion sur les moyens de présenter l’information dans un format qui soit lisible dans encore 10, 20 ans ou plus.

Nous avons ouvert sur ARTIST un forum de discussion sur les bonnes raisons de rédiger un document dans un format structuré et plus précisément XML. Dans la philosophie des projets tels que Cyberthèses[3] , nous souhaiterions à terme disposer d’une souche normalisée de nos articles reposant sur un schéma ou une DTD tel que DocBook ou TEI, en utilisant des mécanismes automatiques (feuilles de style XSLT par exemple) pour produire les différentes versions (PDF ou XHTML).

La mise en pratique n’est pas si simple et nous évoquerons dans la section ‎2 quelques difficultés rencontrées dès que l’on dépasse l’information purement textuelle pour intégrer des éléments techniques (figures, formalismes divers) propres aux articles scientifiques intégrant une dimension ingénierie.

Le choix de l’option « écriture numérique » d’articles pour une revue scientifique pose également des problèmes de structuration. Dans ce numéro, nous avons traité un article conçu initialement pour une version papier, et donc une lecture essentiellement linéaire. Pour le mettre en ligne avec des mécanismes de lecture non linéaires nous avons été amenés à le restructurer fondamentalement dans une logique d’enrichissement. Cela conduit à définir en fait deux structures pour le même document.

Dans l’avenir, il faudra probablement prévoir l’option inverse, avec un article conçu dans un contexte interactif d’où il faudra extraire une version imprimable, dans une logique d’appauvrissement. Nous allons donc rencontrer des problèmes intéressants du point de vue de la codification XML tels que : comment gérer facilement cette dualité de structure, et notamment pendant la phase de relecture ?

Avec le choix des options électroniques, la revue AMETIST devrait donc devenir un banc d’essai pour des travaux sur l’évolution des documents structurés.

1.3 Composition, gestion et mise en ligne des documents

Si nous prévoyons donc de passer à terme vers un ensemble XML, pour les premiers numéros nous devrons traiter un flot de documents majoritairement écrits en format Word.

Concernant la version papier, et pour ce numéro, nous avons utilisé Word pour assembler les articles et produire le fascicule « prêt-à-tirer ». Sans entrer dans les détails, cette solution ne nous paraît pas optimale et, pour la version papier du numéro 1, nous devrons « nous» approprier un ensemble de composition plus professionnel.

Concernant la version numérique, il existe une offre de CMS[4] pour créer et gérer un site éditorial. Nous avions déjà utilisé SPIP[5] pour le site ARTIST et nous expérimentons LODEL[6] pour mettre en ligne le numéro 0 d’AMETIST. Au moment où la version papier de cet article est rédigée nous n’avons pas encore assez de recul pour rendre compte de façon significative de cette expérience qui sera détaillée dans la version électronique[7].

2 Autour de l’écriture scientifique technique et numérique

Les exemples de cette section concernent l’article de Claude Chrisment et al. (IRIT) « D’un thesaurus vers une ontologie de domaine pour l’exploration d’un corpus ». Il avait été accepté pour le colloque VSST de Lille et repéré par le comité de rédaction d’AMETIST. Pour des raisons de calendrier et dans l’esprit de ce numéro 0, nous avions choisi de limiter les demandes de modifications du contenu de l’article dans sa version papier afin de concentrer nos efforts sur la version numérique.

La version papier ne devait donc être qu’une simple « amélioration de la mise en forme de l’article initial ». Les problèmes rencontrés ont cependant nécessité des discussions approfondies avec les auteurs à propos de la charte éditoriale des notions formelles. Nous avons également rencontré des difficultés avec la gestion des figures.

2.1 Homogénéisation des formalismes

La principale difficulté rencontrée pour l’amélioration technique de la version papier concernait l’écriture de règles formalisant les transformations. Le document initial contenait des règles telles que :

Si t3 UP t1 alors t1 et t3 sont regroupés, avec t1 terme préféré
Si t1 UPD t2 alors t1 et t2 sont regroupés, avec t1 terme préféré
(R1)

Nous avons retravaillé l’écriture en proposant de rendre plus lisible les « opérateurs formels ».

Si t3 UP t1
alors t1 et t3 sont regroupés
t1 devient terme préféré
Si t1 UPD t2
alors t1 et t2 sont regroupés
t1 devient terme préféré
(R1)


La complexité de certaines règles nous a demandé une compréhension totale du contenu de l’article et une discussion de fond avec les auteurs pour obtenir un résultat conforme à leur volonté.

A ce sujet, nous avons également rencontré des difficultés avec l’affichage des caractères spéciaux, tels que les opérateurs ensemblistes, intégrés dans les règles. Nous avons pu ainsi approfondir le traitement des caractères Unicode dans les polices du logiciel Word…

Cet exemple illustre le besoin d’une expertise conjointe sur les techniques éditoriales et la connaissance du domaine scientifique traité.

2.2 Adaptation des figures aux différents médias

La gestion des figures nous a permis d’appréhender les limites des mécanismes de génération des versions multiples d’un article à partir d’une souche unique.

L’article initial contenait une figure complexe résumant les trois étapes de la méthodologie adoptée. Ce schéma avait été conçu pour un format A4 conformément aux spécifications du colloque VSST.

Dans la revue numérique, nous avons choisi de l’utiliser comme un moyen d’orientation vers les différentes parties de l’article, avec des mécanismes d’interaction divers. La figure a été de ce fait assez considérablement modifiée à l’aide des diapositives de la présentation orale. Le plan de l’article en version numérique va donc se trouver sensiblement modifié.

Dans la revue papier, pour le passage en format A5 sa réduction rendait les légendes illisibles. Nous avons du l’éclater sur deux pages, en utilisant d’ailleurs la structure dégagée dans la version numérique.

Pour une diffusion de l’article seul en version A4 ou pour une diffusion en PDF sur une archive ouverte par exemple, la figure initiale retrouve son intérêt.

Nous avons donc rencontré un exemple significatif où le même « concept graphique » doit donner lieu à plusieurs réalisations distinctes en fonction du média cible. Dans ce cas précis la figure n’était pas une simple illustration (que l’on peut zoomer sans problème particulier) mais un élément structurant de l’article. Cet exemple nous paraît assez révélateur des différences que l’on peut rencontrer entre les « revues SHS » et les articles relatifs à un domaine relevant de l’ingénierie. Pour AMETIST, il renforce l’idée d’un banc d’essai pour un axe fort de la recherche et développement autour de ce type de communication scientifique.

3 Autour des traductions : travail coopératif et mise en ligne spécialisée

Le chapitre précédent a illustré la nécessité de collaborations entre une équipe technique et les auteurs d’un article pour une amélioration rétrospective. Dans cette nouvelle partie, nous allons aborder l’angle du travail coopératif à plus large échelle, à propos de la traduction de l’article de Carl Lagoze : « Qu’est-ce qu’une bibliothèque numérique, au juste ? ».

3.1 Historique des travaux et contributions

Le lancement de cette action a déjà mobilisé un ensemble d’acteurs dans un espace de temps très court (12 heures). En effet, le matin du 16 Novembre 2005, Jean-Michel Salaün nous a interpellés dans le cadre des échanges de la liste du RTP-DOC[8]. Le jour même, et simultanément, Frédéric Martin de la BnF[9] et l’équipe ARTIST signalions notre intention de traduire cet article. Nous avons aussitôt sollicité Bonnie Wilson éditrice en chef de D-Lib Magazine et ensuite contacté Carl Lagoze. Miracle de la communication par internet : à 17 heures 30, nous avions toutes les autorisations. Nous pouvions donc commencer à œuvrer…

En revanche les travaux proprement dits ont duré bien plus longtemps.

Les deux premières étapes « traduction par Frédéric Martin et révision par Catherine Gunet (de l’INIST) » ont demandé de nombreux allers et retours entre traducteur et réviseur, se sont déployées sur deux mois. En parallèle, une traduction arabe a été réalisée au sein de l’équipe ARTIST.

Nous avons ensuite organisé les discussions terminologiques [10] à partir des difficultés relevées par les traducteurs jusqu’en juin 2006.

La dernière phase est dédiée à l’intégration des corrections et à la mise en ligne. Le lecteur aura à sa disposition deux réalisations assez différentes. La version papier sera une traduction classique reprenant, paragraphe par paragraphe, le découpage initial. Pour la version en ligne, nous prévoyons une navigation entre les versions anglaises et françaises pour celui qui désire approfondir un passage dans sa formulation originale.

Pour les travaux collectifs, nous avons exploré une voie qui, après réflexion, nous paraît prématurée. Cette expérience chronophage a retardé la mise en ligne. Nous voulions favoriser des discussions sur les traductions proprement dites. Pour cela nous avions prévu un découpage du texte en petits tableaux trilingues pour faciliter les échanges. Cette hypothèse de travail n’a pas été concluante. Il faudra donc envisager une formule un peu différente pour ce travail de traduction « basique ». Les discussions terminologiques ont été plus fructueuses.

3.2 Les discussions terminologiques

Nous avons demandé au traducteur et au réviseur de nous faire part de leurs difficultés de traduction. Pour chaque terme repéré, nous avons rédigé une fiche terminologique qui a servi de point d’ancrage à un forum de discussion.

Nous avons relevé plusieurs difficultés : certaines inhérentes à des expressions connues donnant lieu à discussion sur des ambiguïtés d’interprétation et d’autres sur des termes courants qui, employés dans un sens métaphorique, ont suscité de vives discussions.

Le site en ligne ne reflète pas l’intégralité des débats, dans la mesure où nous avons eu quelques échanges sous différentes formes (téléphonique, réunion…) sur la plupart des discussions. Concernant l’article proprement dit, le choix définitif a été laissé au traducteur et au réviseur.

Certaines expressions équivoques nous ont confrontés à la réalité du métier de traducteur/réviseur. Nous avons pu appréhender la difficulté de choisir la traduction idoine. Dans un souci de pertinence, un forum a été mis en place sur ARTIST. Les discussions ont été initialisées par des fiches terminologiques faisant référence à des référentiels terminologiques divers (termSciences[11] , ATILF[12] , Grand dictionnaire terminologique de l’OQLF[13] , Glossaire du site « Libre accès à l’information scientifique et technique »[14]). Chaque internaute pouvait participer à la discussion et proposer une traduction pour une expression.

En voici trois exemples caractéristiques :

Digital library 
si la traduction de « library » par bibliothèque fait quasiment l’unanimité, l’ambiguïté est liée au terme digital que l’on peut traduire par numérique ou électronique voire virtuelle. Les trois variantes de cette expression étant quasiment synonymes, les débats ce sont vite stabilisés. Le traducteur a choisi « bibliothèque numérique » dans le titre.
Institutional repository 
la discussion a été fortement alimentée par une forte contribution de Guylaine Baudry argumentant sur la proposition de « dépôt institutionnel » comme traduction de « institutional repository ». Elle a attiré l’attention sur un glissement de sens en français autour du terme « archivage ».
En fait, "archive/archivage" en français veut dire exactement l’inverse du sens en anglais en informatique de "to archive/archives".
D’autres contributions ont plutôt soutenu l’expression « archives institutionnelles ». Le traducteur a en définitive conservé sa version initiale «entrepôt institutionnel ».
Stuff 
ce terme est utilisé tout au long de l’article pour désigner le composant de base d’une bibliothèque numérique qui correspond à un vaste champ métaphorique.
Si la discussion a été riche, elle n’a cependant pas permis de converger vers un terme générique faisant l’unanimité. Le traducteur a finalement opté pour l’expression « matériau numérique » dont le spectre métaphorique est plus restreint mais qui rend l’article parfaitement lisible et compréhensible.

Cette démarche nous a instruits sur la difficulté à la fois de trouver une traduction claire et adaptée et qui correspond à une valeur d’usage de la communauté.

3.3 La mise en ligne des traductions, aspects techniques

Dans la version en ligne des traductions, nous voulons présenter simultanément et de manière interactive les deux versions de l’article côte à côte et paragraphe par paragraphe. Plus précisément, le document se présente en français et le lecteur peut interagir pour accéder localement aux paragraphes en anglais. Pour faire apparaître et disparaître une ou l’autre version, les spécifications du langage XHTML ne suffisent pas. Il a donc fallu pour cela rajouter des mécanismes en JavaScript. Ces scripts réagissent au clic sur les drapeaux français et anglais pour faire apparaître la version concernée.

Nous avons rencontré une difficulté pour intégrer un mode dégradé à disposition des lecteurs qui ne disposeraient pas d’un navigateur récent (ou qui auraient désactivé JavaScript). En effet, JavaScript est un langage plus ou moins normalisé et surtout totalement dépendant du navigateur qui l’exécute. Pour présenter les paragraphes côte à côte, nous avons du utiliser des tableaux HTML. Sans JavaScript, les deux versions du document sont ouvertes côte à côte sans que l’utilisateur puisse masquer l’une ou l’autre partie. Avec le JavaScript, seule la version française est affichée et des boutons permettent de naviguer d’une version à l’autre.

Avec l’usage de JavaScript, nous avons donc du prendre quelques libertés par rapport aux critères de normalisation liés à la pérennité. Mais, dans le cas des traductions nous mettrons en place des solutions plus propres à moyen terme. En effet, une traduction est une mise en relation de deux versions d’un même texte. Chaque version peut donner lieu à un document normalisé (et pérenne), seul le mécanisme générique de mise en ligne est spécifique d’un logiciel d’affichage.

4 Mutations liées à l’appropriation des pratiques éditoriales

Dans les sections précédentes, nous avons présenté un échantillon des problèmes techniques rencontrés dans le traitement éditorial d’articles scientifiques comportant des spécificités propres à l’ingénierie ou à la technologie. Dans cette section, nous voulons compléter cette réflexion en abordant les difficultés liées aux changements de pratiques ou de point de vue des personnels issus du monde de l’IST et qui auraient à prendre en charge une activité éditoriale. En effet, comme de nombreuses entités documentaires ou bibliothéconomiques, l’INIST étudie l’opportunité d’une telle hypothèse qu’il faut donc évaluer. Nous venons d’ailleurs de mettre en évidence le besoin simultané d’experts scientifiques et de spécialistes en sciences de l’information qui sont justement un de nos points forts.

Comment une entité documentaire peut-elle s’approprier donc les pratiques éditoriales ? Pour un approfondissement du sujet nous conseillons la lecture de l’ouvrage de Thierry Chanier ‎[1]. Nous proposons simplement ici de revisiter les trois verbes qui nous sont parfois utilisés pour résumer notre activité : « collecter, traiter et diffuser l’information scientifique et technique ».

4.1 Collecter

Pour certains professionnels ce premier verbe cristallise parfois une perte progressive de marge de manœuvre.

En effet, la chaîne documentaire traditionnelle organise cette collecte à partir des informations fournies par les éditeurs. Cette action demandait au bibliothécaire une réflexion décisionnelle stratégique et complexe lorsque les éditeurs étaient très nombreux et qu’il fallait sélectionner les articles à analyser. Elle tend à se réduire à sa plus simple expression avec l’alimentation directe à partir des métadonnées des fournisseurs. Dans les archives institutionnelles avec dépôt par les auteurs, l’action des professionnels est souvent limitée à la mise en place technique du système et à l’accompagnement des déposants. La collecte se réduit donc à des fonctions de gestion éventuellement complétées par des pratiques de veille et par l’animation d’un comité d’experts.

La prise en compte de l’édition électronique ouvre de nouvelles perspectives sur la collecte mais implique un changement radical de point de vue.

En effet, la création d’une revue électronique demande en fait la mise en place d’un réseau de collecte et de sélection totalement différent de celui des contacts traditionnels des centres de documentation. Pour AMETIST, nous nous situons à l’étape initiale de cette action et nous en mesurons les difficultés : il faut par exemple s’appuyer sur des relais ayant une fonction d’animation de la recherche et non seulement sur nos collègues documentalistes de laboratoire. Pour y répondre, le forum ARTIST, qui maintient une animation permanente de la communauté d’auteurs potentiels, nous a été utile mais il n’a pas été suffisant pour initialiser le processus. Pour les premiers numéros, nous partons par exemple de sélection d’articles de colloques avec lesquels nous avons des relations privilégiées.

Le tissu de relations concerné par l’action de collecter est donc totalement différent des réseaux documentaires traditionnels, et les modes de relation doivent également être repensés.

4.2 Traiter

Le traitement proprement dit pose naturellement de nombreux problèmes d’appropriation de pratiques. Dans les sections précédentes nous avons repéré des problèmes techniques qui révèlent des besoins de plan de formation. Nous nous limitons ici aux problèmes d’organisation.

Le traitement d’un article demande en fait la collaboration de deux grands secteurs de compétences : techniques documentaires ou éditoriales d’une part, scientifiques et rédactionnelles de l’autre. Chaque secteur peut être divisé en activités plus spécialisées, par exemple : catalogage, consolidation éditoriale et transformation de schéma pour la partie technique ; indexation et relecture pour la partie rédactionnelle.

Dans les chaînes documentaires ou bibliothéconomiques classiques, on cherche à uniformiser des actions sur un grand nombre d’objets informationnels. L’informatique joue un rôle simplificateur et unificateur. Dans les traitements éditoriaux, on cherche au contraire à mettre en valeur les contenus d’un petit nombre de documents. L’informatique va au contraire servir à exprimer les spécificités thématiques. Notre première expérience nous a montré une imbrication des activités techniques et la nécessité d’une compréhension du contenu des articles beaucoup plus forte que nous ne l’avions imaginée.

Autrement dit, il nous semble difficile de vouloir produire une revue scientifique, avec des contraintes techniques propres au domaine et dans un contexte numérique fort, sans réunir une équipe de spécialistes travaillant en étroite coopération. En effet, les auteurs et réviseurs sont en permanence confrontés aux limites actuelles de l’édition électronique et il faut faire des compromis en prenant en compte d’une part des contraintes relevant de l’ingénierie logicielle et, d’autre part, de la connaissance du domaine scientifique.

Les bibliothèques et centres de documentation ont souvent segmenté leur organisation avec une structure hiérarchique de services, dont les cellules de base regroupent des personnes qui exercent le même métier. Une telle organisation était jugée optimale avec les contraintes d’une chaîne de production traditionnelle. Elle ne l’est plus pour un traitement éditorial fortement lié au type de contenu comme pour AMETIST. Pour les petits centres le problème est un peu différent dans la mesure où les acteurs sont géographiquement rapprochés. En revanche, il faut veiller au bon niveau d’expertise de l’équipe de rédaction.

4.3 Diffuser

Pour ce dernier verbe, avec une approche un peu simplificatrice (qui fait abstraction de points importants comme les abonnements), la mutation peut se formuler simplement.

Un des rôles traditionnels d’une bibliothèque ou d’un centre de documentation est de diffuser vers une communauté bien définie de l’information sélectionnée dans une offre mondiale.

Dans la pratique éditoriale, ou de dissémination des résultats de la recherche, il s’agit de faire exactement le contraire : diffuser au niveau mondial les informations élaborées par une communauté scientifique bien définie.

Conclusion

Créer une revue telle qu’AMETIST, c’est prévoir et maîtriser plusieurs aspects : le contenu scientifique, les techniques éditoriales, la normalisation et l’offre logicielle. L’équipe ARTIST a dû retravailler chaque article pour l’adapter au média choisi et s’approprier les techniques et pratiques afférentes.

Comme cela a été évoqué dans l’introduction, l’objectif de l’expérience d’appropriation des technologies dans la production de la revue AMETIST est multiple. La méthode expérimentée devrait servir de base aux prochaines parutions de la revue et constituer un point de départ pour la formalisation d’un processus d’édition. La capitalisation de ce savoir faire, qui sera amélioré progressivement en fonction des retours des auteurs, de ceux des lecteurs et des constats a postériori de l’équipe, est une étape incontournable du phénomène d’appropriation, objectif d’ARTIST. A l’issue de cette première phase, nous avons déjà un premier retour d’expérience sur la gestion de la dualité de supports papier d’une part et électronique de l’autre.

La revue papier nécessite de choisir un format et un travail de mise en page important pour fournir un fichier propre à l’imprimeur et ainsi obtenir une qualité d’impression optimale. De plus, la revue papier doit respecter des délais incompressibles d’édition. Une édition papier est par définition figée : il faut donc un effort de relecture plus important.

La revue électronique se distingue fondamentalement de la revue papier car la lecture n’est plus uniquement linéaire et permet d’introduire de l’interactivité. Le travail en amont est différent, puisqu’il faut faire des choix technologiques qui ne se posent pas avec la version papier : choix d’un logiciel de mise en ligne, choix d’un format de données, choix d’un mode de lecture et de diffusion…

Pour les auteurs, cette dualité de support va donc induire un coût de rédaction plus important. Nous commençons à entrevoir qu’elle peut aussi améliorer la qualité de rédaction simultanée des deux versions et, dans le même temps, de la réflexion scientifique sous-jacente.

Pour les institutions, au-delà des aspects techniques pour lesquels il est toujours possible de planifier des programmes de formation ou de reconversion, le problème le plus difficile à court terme est probablement celui de la prise en compte de l’évolution des pratiques dans les institutions de la recherche.

De beaux sujets pour des appels à communication.

Bibliographie

  • [1] T. Chanier. Archives ouvertes et publication scientifique. Comment mettre en place l'accès libre aux résultats de la recherche ? L'Harmattan, Paris.2004
  • [2] J. Ducloy. Plaidoyer pour un réseau d’inventaires des résultats de la recherche, Colloque VSST, Toulouse 2004 <http://archivesic.ccsd.cnrs.fr/sic_00001147>.
  • [3] J. Ducloy, L. Grasset. Appropriation des réseaux d'inventaires scientifiques par les entités de recherche en émergence, Colloque International sur l'Information numérique et les enjeux de la société de l'information, Tunis, Tunisie 2005 <http://archivesic.ccsd.cnrs.fr/sic_00088884>

.

Notes

  1. Le code typographique désigne un guide de bonnes pratiques qui définit précisément les règles typographiques.
  2. < https://diuf.unifr.ch/event/sdn06/accueil.html >
  3. < http://www.cybertheses.org/ >
  4. Content Management System ou Système de Gestion de Contenu.
  5. < http://www.spip.net >
  6. < http://www.lodel.org >
  7. < http://ametist.inist.fr >
  8. < http://rtp-doc.enssib.fr/ >
  9. Bibliothèque nationale de France
  10. < http://artist.inist.fr/rubrique.php3?id_rubrique=113 >
  11. < http://termsciences.inist.fr >
  12. < http://atilf.atilf.fr/tlf.htm >
  13. < http://www.granddictionnaire.com/ >
  14. < http://www.inist.fr/openaccess/ >