AMETIST - Réseaux d’archives institutionnelles en Europe

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Revue Ametist
Numéro 2
Numéro spécial archives ouvertes


Muriel Foulonneau
Centre pour la communication scientifique et directe, France
Anne-Marie Badolato
Institut de l'information scientifique et technique, France
Wolfram Horstmann
Université de Göttingen, Allemagne
Karen Van Godtsenhoven
Université de Gand, Belgique
Sophia Jones
Université de Nottingham, Royaume-Uni
Mary Robinson
Université de Nottingham, Royaume-Uni
Feijen Martin
Fondation SURF, Pays-Bas
Kasja Weenink
Fondation SURF, Pays-Bas
Pour citer cet article
Muriel Foulonneau, Anne-Marie Badolato, Wolfram Horstmann, Karen Van Godtsenhoven, Sophia Jones, Mary Robinson, Feijen Martin et Kasja Weenink. «Réseaux d’archives institutionnelles en Europe : logiques de développement et convergences». ametist, Numéro 2 AMETIST

http://ametist.inist.fr/document.php?id=532

Résumé
Les archives institutionnelles en Europe se sont développées avec des logiques très différentes. Elles se sont structurées dans des réseaux nationaux pour partager les compétences mais aussi créer des outils et services communs. Le projet européen DRIVER (Digital Repositories Infrastructure Vision for European Research) rassemble 5 réseaux européens d’archives, en Allemagne, aux Pays-Bas, au Royaume-Uni, en Belgique et en France pour établir les bases d’une infrastructure européenne fondée sur les archives scientifiques. L’Allemagne a mis l’accent sur la promotion du libre accès et la certification d’archives institutionnelles, les Pays-Bas ont structuré un réseau efficace de collecte des documents et ont créé de nombreux services à valeur ajoutée, pour tirer parti de cette masse de contenus. Le Royaume-Uni a créé un partenariat d’archives qui échange des compétences mais développe aussi de nombreux services dont bénéficient les archives britanniques ainsi que les archives mondiales. La France a inauguré une plate-forme pluridisciplinaire sur le modèle des archives disciplinaires telles que arXiv ou CogPrints et a intégré progressivement la problématique des archives institutionnelles avec la création d’un réseau. Enfin la Belgique tire parti du projet européen DRIVER (Digital Repositories Infrastructure Vision for European Research)[1] pour inciter les établissements de recherche à créer leur propre archive.

Les cultures développées dans chacun des réseaux nationaux font néanmoins apparaître des divergences sur la manière dont les archives ont été créées, mais aussi sur les acteurs qui doivent les alimenter, sur les types de documents à y intégrer, sur les stratégies à développer pour atteindre une masse critique de contenus, sur les missions qu’elles doivent remplir. Les actions visant à favoriser les dépôts par les chercheurs se sont ainsi focalisées sur des aspects différents : la création de services pour les chercheurs, les incitations auprès des établissements de recherche à créer leur propre archive, les actions dirigées vers les organismes de financement de la recherche, enfin les actions visant à mettre en valeur les bénéfices pour les chercheurs en terme de visibilité de leur production scientifique.

Alors que la logique institutionnelle a permis dans certains cas d’atteindre des taux de dépôts importants dans les archives, elle s’oppose à la logique des services disciplinaires basés sur la contribution par les chercheurs à un corpus collectif de type Web 2.0 qui favorise les échanges et la génération d’idées nouvelles. Cependant, les réseaux nationaux d’archives semblent converger vers des priorités et des axes de développement similaires pour l’avenir, en phase avec l’évolution des archives disciplinaires. L’intégration des archives dans un contexte plus global, européen aujourd’hui et mondial demain permettra d’articuler des services à valeurs ajoutée basés sur des types d’archives différents, répondant à des besoins variés mais créant des corpus ouverts, sources de nouvelles pratiques scientifiques.

Introduction

Les archives ouvertes visent à encourager les chercheurs à mettre leurs publications scientifiques en libre accès sur Internet. Les archives ouvertes s’intègrent au mouvement pour le libre accès qui soutient la mise à disposition ouverte et gratuite des publications scientifiques, soit dans des revues dont le modèle économique n’est pas fondé sur les abonnements (revues en libre accès), soit dans des archives, c’est-à-dire des bases de documents numériques ou digital repositories.

Inspiré du modèle d’arXiv développé pour la physique des hautes énergies, le mouvement des archives ouvertes a connu plusieurs phases. Des archives disciplinaires sont apparues. Elles constituent un corpus scientifique sur le modèle du Web 2.0, c’est-à-dire créé à partir de la contribution des membres de la communauté scientifique. La principale problématique de ces archives est rapidement apparue : comment atteindre une masse critique qui permette de créer un service de référence pour les chercheurs de chaque domaine et fasse évoluer leurs pratiques de travail pour les conduire à archiver d’eux-mêmes leurs publications. Le succès d’une archive se mesure alors au nombre de publications de qualité scientifique qui y sont déposées par les chercheurs dans une discipline donnée. Même si d’autres critères de qualité sont importants (ex. les statistiques de consultation), cette masse critique disciplinaire est un préalable à l’élaboration de services scientifiques.

Alors que l’initiative en faveur des archives ouvertes est initiée par des chercheurs, l’appui des établissements et des organismes de financement de la recherche s’est révélé comme un élément déterminant dans leur développement. Ce sont les établissements et les organismes de financement de la recherche qui soutiennent l’archive, y compris financièrement et qui évaluent les activités des chercheurs et leurs contributions aux communautés disciplinaires. Ils ont même le pouvoir dans certains cas de rendre obligatoire le dépôt, dans une archive ouverte, des publications concernant les recherches qu’ils ont financées.

Les établissements de recherche se reconnaissent peu à peu la mission de soutenir le libre accès aux résultats de la recherche comme une manière de réappropriation de la communication scientifique. Cela est illustré par la déclaration de Berlin de 2003[2], signée initialement par 19 établissements près de 250 à ce jour. La conférence de Berlin qui s’est déroulée depuis, chaque année, a été l’occasion pour les représentants de chaque pays de faire état des progrès réalisés au niveau national pour mobiliser les acteurs nationaux de la recherche, soulignant ainsi l’importance de relais nationaux pour structurer l’action en faveur du mouvement pour le Libre Accès. Les différents pays ont adopté différents modèles, mobilisé des organismes de nature variée et éveillé les consciences à des rythmes distincts.

Cette organisation des archives suit la logique de dépôt : si un chercheur est motivé par une injonction institutionnelle ou financière, il déposera dans une archive institutionnelle, s’il est motivé par une reconnaissance de ses travaux par ses pairs, il déposera dans une archive disciplinaire. Cette logique, en particulier institutionnelle, n’est pas nécessairement celle qui prévaut pour l’accès aux contenus. L’importance des dépôts dans une archive institutionnelle n’est pas en corrélation avec les statistiques de consultation. Il se peut en effet que les utilisateurs passent par d’autres services pour l’accès aux contenus. Cela conduit à organiser des réseaux d’archives pour développer des services qui donnent accès à une masse critique de contenus dans un certain domaine et constituer des corpus cohérents.

Cela suggère deux types majeurs d’activités : la promotion des dépôts et l’amélioration de l’interopérabilité des archives. La promotion des dépôts permet de constituer des masses critiques de contenus de qualité dans les archives ouvertes. L’amélioration de l’interopérabilité des archives permet de bâtir des services avancés à partir d’archives constituées sur des logiques différentes, en particulier avec le protocole [1] OAI-PMH[3]

Le présent article s’intéresse aux archives institutionnelles, à leurs relations avec les archives disciplinaires et à la constitution de réseaux nationaux pour d’une part améliorer l’interopérabilité des archives, d’autre part promouvoir les dépôts par les chercheurs. Cet article présente la diversité des situations mais aussi les différents modèles de développement de réseaux d’archives dans 5 pays européens. Ces 5 pays se sont réunis dans le projet européen, DRIVER, pour construire une infrastructure de recherche basée sur des repositories de type archives institutionnelles, à partir de 5 modèles organisationnels particuliers.

Qu’est-ce qu’une archive institutionnelle ?

En 2003, Clifford Lynch, directeur du Coalition for Networked Information (CNI)[4] décrivait les archives institutionnelles comme suit : « Selon moi, une archive institutionnelle est un ensemble de services qu’une université offre aux membres de sa communauté pour gérer et diffuser les ressources numériques créées soit par l’établissement ou soit par les membres de sa communauté. Elle constitue avant tout un engagement à prendre en charge ces ressources, en termes de conservation à long terme lorsque cela est nécessaire, mais aussi en termes d’organisation et d’accès ou de diffusion. »[5][5] . La création d’archives institutionnelles a fait évoluer les enjeux des archives ouvertes de la perspective d’un outil scientifique conçu par des chercheurs, pour des chercheurs à celle de la responsabilité des établissements de gérer, conserver et communiquer sur leur patrimoine intellectuel. Des universités et des établissements de recherche ont leur propre archive, incluant toutes les disciplines. Cela a été facilité par la création de logiciels simples à installer (en particulier ePrints[6], DSpace[7], Arno[8], Opus[9]). En réalité, la conception des missions d’une archive institutionnelle diverge considérablement d’une archive à l’autre et des acteurs responsables de sa mise en place [9]. Certains gestionnaires d’archives mettent l’accent sur la communication des résultats de la recherche, d’autres sur la conservation du patrimoine intellectuel de l’établissement. Les réseaux européens n’échappent pas à ce phénomène et le projet DRIVER témoigne de la diversité des approches des établissements de recherche.

La constitution des archives institutionnelles est clairement liée au mouvement pour le libre accès mais rien n’empêche un établissement de ne mettre à la disposition du public qu’une infime partie du patrimoine de l’archive. Les typologies de documents sont également très diverses. De ce fait, les stratégies mises en œuvre pour alimenter les archives sont aussi diversifiées que les motivations qui ont présidé à leur création. Des politiques très différentes sont mises en place pour susciter les dépôts des chercheurs [6] la carotte (une incitation financière à l’Université de Minho), le bâton (une obligation de dépôt décrétée par l’établissement ou l’organisme de financement de la recherche, sous peine de …. rien ou ne pas être financé ou d’être mal évalué …).

Cependant, la création d’une archive institutionnelle dans la réalité intègre une dimension d’ouverture, ne serait-ce que technique. Dès les origines de l’initiative des archives ouvertes (initialement disciplinaires), l’interopérabilité technique des archives a été prise en considération avec la création du protocole de moissonnage de métadonnées issu de l’initiative des archives ouvertes (OAI-PMH). Le protocole OAI-PMH est basé sur les standards HTTP et XML et utilise le standard de métadonnées Dublin Core (DC)[10]. Le protocole doit rendre possible, par exemple, la création d’un moteur de recherche tel que celui sur les ressources marines et aquatiques, Avano[11]) qui moissonne différentes archives institutionnelles et disciplinaires en utilisant le protocole OAI-PMH. Les logiciels d’archives institutionnelles sont tous compatibles avec le protocole OAI-PMH. C’est la raison pour laquelle les enquêtes sur les archives institutionnelles retiennent comme l’un des critères de définition d’une archive, la compatibilité OAI-PMH [9].

L’interopérabilité - basée sur le protocole OAI-PMH et les métadonnées du Dublin Core - et la volonté de collecter les résultats de la recherche constituent certainement un dénominateur commun de toutes ces archives.

Le réseau DAREnet à l’origine des archives institutionnelles aux Pays-Bas

Toutes les universités néerlandaises, l’Académie royale néerlandaise des arts et des sciences (KNAW), l’Organisation néerlandaise pour la recherche scientifique (NWO) et la Koninklijke Bibliotheek ont créé un réseau d’archives institutionnelles grâce au programme DARE (Digital Academic Digital Repositories) (2003-2006) coordonné par la fondation SURF[12]. Les Pays-Bas sont le premier pays dans lequel toutes les universités et instituts de recherche ont participé de manière coordonnée à la mise en œuvre d’un réseau d’archives ouvertes interconnectées. L’objectif premier était d’optimiser la visibilité de la production scientifique néerlandaise non seulement vis-à-vis des pairs dans un même domaine d’expertise mais aussi vis-à-vis de tous les chercheurs intéressés, les étudiants et le grand public. Il n’y a pas de limitation à la typologie des documents qui peuvent être versés dans les archives : outre des articles et des rapports de recherche, les bases contiennent également des données de recherche et des contenus multimédias. Cependant, l’accent n’est pas mis sur les pré-publications car les archives sont essentiellement alimentées par des bibliothécaires et documentalistes qui collectent les publications.

Figure 1 – Cream of Science

Le programme DARE a permis un travail sur plusieurs axes : l’amélioration de l’interopérabilité des bases pour la création de services d’accès aux contenus, la gestion commune d’un certain nombre de services et la mise en place d’outils pour améliorer les dépôts par les chercheurs.

SURF a activement joué la carte des instances dirigeantes des universités. Dans le cadre de Cream of Science[13] [2] (Figure 1), SURF a demandé aux présidents des universités néerlandaises de solliciter les meilleurs chercheurs afin qu’ils contribuent à un service prestigieux qui représenterait la recherche néerlandaise. SURF a, en ce sens, un rôle déterminant car elle est une organisation qui rassemble l’ensemble des établissements néerlandais.

En plus de telles actions d’incitation, SURF a contribué à la création d’outils pour supprimer les obstacles au dépôt des publications par les chercheurs. La « copyright tool box »[14] a été créée en collaboration avec le Joint Information Systems Committee (JISC) au Royaume-Uni pour aider les chercheurs à définir un contrat de cession des droits avec les éditeurs qui leur permette de déposer leurs publications dans une archive ouverte.

DARE a également permis le développement des services communs. Tous les travaux qui ont été publié dans des archives sont automatiquement inclus dans l’e-Depot de la bibliothèque royale, qui en assure la conservation à long terme. Cela garantit qu’ils seront lisibles et accessible, même avec les technologies futures. Les archives sont également reliées à Metis[15], le système national de gestion de l’information de la recherche des universités néerlandaises.

Enfin, DARE a fait le choix d’inciter à encourager la mise en œuvre de standards internationaux dans les archives institutionnelles. Il a permis d’harmoniser l’utilisation du protocole OAI-PMH, il a facilité l’implémentation de standards de métadonnées plus riches que le Dublin Core simple, en essayant d’abord d’inciter à l’utilisation du Dublin Core qualifié puis à celle d’un profil d’application DIDL(Digital Item Declaration Language)[16] pour représenter les objets complexes dans les archives. C’est ce qui a permis d’élargir le champ du réseau DARE des publications en libre accès à l’inclusion de données de recherche telles que celles contenues dans le « e-Depot[17] Nederlandse Archeologie », base néerlandaise d’archéologie, qui rend accessibles les résultats de fouilles.

Les bases néerlandaises sont valorisées par leur propre moteur de recherche DAREnet[18]. Ce dernier offre un accès direct à une collection de matériaux scientifiques en libre accès. DAREnet permet également d’effectuer des recherches dans des collections déterminées. NARCIS[19], le portail de l’information scientifique néerlandaise, est également accessible à travers DAREnet.

Les établissements dans différentes disciplines scientifiques ont saisi l’opportunité du programme DARE pour intégrer leurs résultats de recherche. Connecting Africa[20], un service pour les études africaines, contient les résultats de recherche des africanistes des universités néerlandaises et internationales. Dutch ARchive for Library and INformation sciences (DARLIN)[21] permet d’accéder aux publications dans le domaine des sciences de l’information aux Pays-Bas. Utrecht Law Review[22] offre aux scientifiques dans le domaine juridique un exemple international de publication électronique. Une initiative commerciale, Selected Organic Reactions Database[23], extrait même des formules de substances produites dans le contexte de thèses [8].

Les récents développements aux Pays-Bas s’orientent vers plusieurs axes. SURF souhaite aider les chercheurs en facilitant la production, l’utilisation et la diffusion de leurs ressources numériques. Le programme SURFShare se concentre notamment sur les « publications enrichies » : SURFshare a pour objectif de fournir de la valeur ajoutée aux publications déposées dans les archives en établissant des liens avec les données de recherche, à des modèles et à des représentations visuelles sur lesquelles les recherches s’appuient. Cela facilitera une évaluation plus rapide et performante des résultats de la recherche. Plus important encore, d’autres scientifiques peuvent utiliser les ressources directement pour des recherches futures[24]. SURFShare a aussi pour objectif de fournir de nouveaux instruments pour une évaluation transparente de la qualité : SURF souhaite contribuer au développement de méthodes d’évaluation plus rapides et plus transparentes de la qualité de la recherche, que la traditionnelle évaluation par les pairs. Par exemple les systèmes ouverts d’évaluation des articles, qui lient les commentaires de pairs aux publications dans les bases, ajoutant le statut de l’établissement de recherche et les opinions publiques et qui utilisent de nouveaux indicateurs basés sur les technologies Web pour les citations et les téléchargements.

La certification des archives et la réflexion globale sur le Libre accès : DINI en Allemagne

Comme aux Pays-Bas, un organisme de coordination des infrastructures et de l’information numérique pour la recherche est au cœur du développement des archives institutionnelles en Allemagne. La Deutsche Initiative für Netzwerkinformation (DINI)[25] encourage la coopération entre les établissements et la mise en œuvre de recommandations et de standards communs pour la gestion de l’information et de la communication dans la recherche et l’enseignement supérieur.

DINI est organisé en groupes de travail pour un certain nombre de thématiques telles que les droits de propriété intellectuelle, les standards, les compétences numériques et les publications électroniques. Le groupe de travail sur les publications électroniques coordonne et soutient les établissements d’enseignement supérieur et de recherche dans la gestion du changement de la communication scientifique et se concentre en particulier sur les bases ou archives de documents numériques. Le groupe de travail aide les archives à travers le développement de recommandations et l’organisation de formations, de conférences et d’ateliers sur le thème des archives ouvertes. Les activités de DINI sont articulées avec celles du comité sur les publications électroniques de la Deutsche Forschungsgemeinschaft (DFG)[26].

C’est la DFG qui, en 1997, a lancé le projet « Dissertation Online »[27] – qui perdure sous le nom de « DissOnline Coordination Bureau » la bibliothèque nationale allemande. Ce projet avait déjà travaillé sur les modifications de la publication scientifique. Il a influencé ou même conduit à la création d’archives de publications dans des établissements d’enseignement supérieur.

En 2003, DINI a créé le certificat « Certificate for Documentation and Publication Services »[28] (Figure 2) - maintenant connu dans le monde entier - afin d’améliorer la qualité des archives de documents numériques, qualité technique et qualité des métadonnées, et pour encourager les établissements à mettre en place des archives institutionnelles[29].

figure 2 : Certificat DINI

Le Certificat DINI fournit une base solide pour la construction d’archives en Allemagne - avec l’adhésion à des standards internationaux - et à leur mise en réseau. Le certificat DINI liste un certain nombre d’obligations, telles que les métadonnées au format Dublin Core, les identifiants persistants, l’interface OAI. Après un examen minutieux par des évaluateurs, DINI a accordé le certificat à 19 archives en Allemagne[30]. Actuellement, DINI compte plus de 100 archives institutionnelles en Allemagne[31]. Avec ses nombreuses activités, elle a réussi à établir les fondations d’une infrastructure de réseau standardisé de publications et d’archives pour aider à la diffusion d’une culture scientifique nouvelle et de la publication des articles en libre accès.

En plus des archives institutionnelles mises en place par les établissements de recherche pour rendre plus visible leur production scientifique, de nombreuses initiatives et projets gèrent des archives dites disciplinaires, par exemple Math-Net[32], Phys-Net[33], la IuK-Initiative[34] des sociétés savantes allemandes, ainsi que les bibliothèques virtuelles disciplinaires financées par la DFG. L’articulation entre archives institutionnelles et disciplinaires est un sujet de discussion de plus en plus important.

L’action de DINI a donc porté sur l’amélioration de l’interopérabilité entre les archives et de leur qualité technique, mais a aussi suscité des actions de sensibilisation des chercheurs grâce aux discussions sur les modèles économiques des publications scientifiques et le libre accès. DINI a organisé quelques ateliers et conférences (nationaux et internationaux) pour promouvoir l’utilisation et la qualité des archives. Ses membres coordonnent également de nombreux projets nationaux et internationaux sur des thématiques précises telles que les politiques de libre accès[35] (en coopération avec SHERPA[36] au Royaume-Uni) ou la plate-forme allemande pour le libre accès[37], et se focalise actuellement sur les statistiques d’utilisation des archives et sur le réseau allemand d’archives.

Des initiatives ont également été lancées en Allemagne pour intégrer les publications dans le cadre plus large du cycle de vie des résultats de la recherche, par exemple avec le projet eSciDoc[38] qui vise à réaliser une plateforme de communication et de publication dans des organisations de recherche scientifique.

Figure 3 – eSciDoc de l’Institut Max Planck

Un partenariat pour le développement de services communs pour les archives : SHERPA au Royaume-Uni

Au Royaume-Uni, SHERPA[39] est un partenariat d’établissements pour le développement de leurs archives. Les partenaires bénéficient de l’aide de leurs pairs et de l’identification et du partage des meilleures pratiques. Des économies peuvent être réalisées en établissant des ressources, techniques et de gestion, communes. Dans certains cas, il peut être plus pertinent de partager une archive plutôt que de développer une archive propre, au moins dans une phase initiale.

SHERPA est reconnu internationalement comme un leader et un promoteur des archives institutionnelles et de services associés. SHERPA a été lancé en 2002 sous le programme FAIR[40] (Focus on Access to Institutional Resources) du JISC. FAIR soutenait des projets ayant pour objectif de rendre accessibles des ressources institutionnelles avec la vision à plus long terme d’un « Web de ressources construites par des groupes avec un investissement à long terme sur le futur de ces ressources, mais mises à disposition de l’ensemble de la communauté de l’éducation à travers des fournisseurs de services. »[41]. Le travail de ce programme a été inspiré par le succès du protocole de l’Open Archives Initiative[42] (OAI) – un mécanisme simple qui permet à des métadonnées d’être moissonnées dans des services et être ainsi interrogées par les chercheurs et par les étudiants. SHERPA Plus poursuit les travaux de SHERPA et s’adresse à la communauté plus large de l’enseignement supérieur britannique. Il promeut la création d’archives institutionnelles dans tous les établissements de recherche et d’enseignement supérieur au Royaume-Uni. Le consortium SHERPA comprend à présent 33 universités. Il a donné naissance au Conseil britannique pour les archives de recherche (UKCORR)[43] qui rassemble des gestionnaires d’archives.

Figure 4 – Les codes couleurs de la base Romeo / Sherpa des politiques des éditeurs sur le libre accès

SHERPA maintient un certain nombre de projets et de ressources liés au réseau d’archives. RoMEO[44] (Rights MEtadata for Open archiving) était initialement financé par le JISC à l’Université de Loughborough en 2002-2003 pour examiner les questions de droit liées à l’archivage des travaux de recherche dans la communauté britannique UK (Figure 4). Le service RoMEO[45] est actuellement maintenu par l’équipe SHERPA à l’Université de Nottingham. Il fournit une liste des licences de publication des éditeurs pour ce qui concerne l’archivage de leurs publications par les auteurs. De nombreuses archives institutionnelles dans le monde renvoient à la base ROMEO/SHERPA voire l’intègrent à leur environnement via son service Web (Figure 5). Il permet aux chercheurs de savoir si leur éditeur leur permet ou non de déposer la publication dans une archive.

Figure 5 – Le portail du Libre accès DINI utilise le service ROMEO/SHERPA[46]

JULIET[47] complète le service RoMEO pour les auteurs et les gestionnaires d’archives. JULIET fournit un résumé des politiques mises en œuvre par des financeurs de la recherche dans le cadre des financements qu’ils accordent. Ces services témoignent des activités de lobbying actif tant auprès des éditeurs que des financeurs de la recherche menées dans le cadre du réseau SHERPA.

OpenDOAR est un portail de référence d’archives ouvertes.

De nombreuses activités ont été lancées pour informer les auteurs et s’adresser aux établissements et aux financeurs de la recherche afin de supprimer les obstacles au dépôt par les chercheurs. Des outils tels que le logiciel ePrints ont été développés pour faciliter la création des archives. Pour renforcer la volonté de création et d’alimentation des archives.

Une initiative plus récente, Depot[48], fournit une plate-forme pour les établissements qui ne peuvent pas mettre en place leur propre archive et a pour objectif d’améliorer la visibilité du contenu des archives britanniques. Comme d’autres archives britanniques, elle sera moissonnée et interrogeable à travers l’interface Intute[49] qui valorise la recherche britannique.

Le Royaume-Uni qui héberge un certain nombre d’archives disciplinaires telles que CogPrints a également créé UK PubMed Central[50], un miroir de PubMed Central et où le dépôt est exigé par plusieurs agences de financement. « UKPMC va croître pour devenir une ressource numérique unique représentant les résultats de la recherche médicale britannique. »[51]

Des initiatives significatives ont été lancées pour la création d’archives de données de recherche et pour la « curation » de données. Ces initiatives ont aussi pris en considération l’interconnexion des données de recherche – parfois incluses dans des archives institutionnelles (la création à partir du logiciel DSpace d’archives institutionnelles d’une architecture qui permet de gérer des données cristallographiques) et des publications (le travail sur les liens entre les données de recherche et les publications avec eBank UK entre autres).

Enfin, le JISC a investi dans les aspects liés à l’interopérabilité des archives avec la création d’un profil de métadonnées (Scholarly Work ou ePrints Application Profile[52]) et dans des projets visant à standardiser l’échange d’informations et de documents entre archives[53].

Intégrer la problématique institutionnelle au modèle d’une archive disciplinaire : le réseau Archives-Ouvertes.fr en France

Le mouvement pour construire des archives ouvertes en France a commencé sur le modèle des archives disciplinaires, avec un miroir d’arXiv (la première grande archive dans le domaine de la physique des hautes énergies, plus tard étendue à l’informatique et les mathématiques). HAL (Hyper Article en Ligne) a été mise en place en 2002 par des physiciens pour fournir une interface alternative à arXiv. Elle permettait d’y déposer des articles, en fournissant des métadonnées plus détaillées et une plate-forme nationale de support qui peut répondre aux auteurs, par exemple pour vérifier l’encodage de documents LaTeX[54]. Mais HAL depuis sa conception était ouverte à toutes les disciplines fournissant, par exemple pour les sciences humaines, une ressource précieuse qui n’a pas d’équivalent au niveau international. Un contrôle qualité est réalisé sur les documents et seuls des articles et documents scientifiques sont acceptés.

Dans une seconde phase de développement, plusieurs établissements ont exprimé le désir de mettre en place une archive institutionnelle pour accroître la visibilité de leur production scientifique. A partir d’une archive unique pour les chercheurs, HAL a été transformée en une plate-forme modulaire qui permet à n’importe quel établissement ou laboratoire de créer sa propre collection virtuelle ou sa propre interface de dépôt et consultation (Figure 6), éventuellement avec un processus personnalisé de validation des documents. Les archives institutionnelles créées sur la plate-forme HAL représentent un faible investissement pour les établissements, essentiellement lié au processus éditorial, et ils bénéficient ainsi de l’expérience et du soutien de l’équipe de la plate-forme commune. Cependant, les documents, pour être déposés dans une collection virtuelle de HAL doivent être conformes à la politique de sélection des documents de HAL. Le dépôt ne peut concerner qu’un article ou un document scientifique similaire à un article. Un support de présentation (par exemple, Powerpoint) ou une collection d’images ne peuvent être déposés que comme annexes à un document de type article scientifique.

Figure 6 – Le portail HAL-Pasteur sur la plate-forme HAL[55]

L’enquête réalisée par Maurits van de Graaf pour le projet DRIVER, montre que de nombreuses archives contiennent également d’autres types de documents.[56] [7]. Les établissements souhaitent donc parfois mettre en place une archive en maintenant leur propre plate-forme. La création progressive d’archives institutionnelles est donc venue en complément de la plate-forme commune HAL. Un établissement tel que l’Institut de recherche sur le développement (IRD) a même un portail sur HAL pour que les chercheurs déposent leurs articles et une base locale pour stocker d’autres documents scientifiques dont des articles numérisés par l’établissement.

Le réseau Archives-Ouvertes.fr[57] a été créé pour anticiper et organiser la connexion des futures archives institutionnelles à la plate-forme commune. Alors que les universités mettent en place des environnements numériques de travail et d’autres établissements leur propre archive, un accord national[58] entre tous les établissements majeurs de la recherche en France et leurs représentants a été signé en juillet 2006. Il établit que tous les documents scientifiques déposés dans des archives institutionnelles seront aussi déposés dans la plate-forme commune, soit avant, soit après. Ce mécanisme garantit, a minima, la visibilité de la production scientifique française.

Le réseau Archives-Ouvertes.fr tire parti de l’expérience de HAL pour le dépôt dans une archive à partir d’une autre archive. En effet, HAL a depuis longtemps mis en place une procédure de dépôts multiples : un chercheur peut déposer un article dans HAL et demander son transfère vers arXiv. Ce mécanisme a depuis été étendu à d’autres archives disciplinaires, en particulier Pubmed Central. HAL collecte également de manière automatique les métadonnées du service bibliographique de la NASA ADS pour faciliter les dépôts des chercheurs en pré-remplissant les formulaires de saisie des métadonnées avec les métadonnées ADS. Ce mode d’interconnexion de la plate-forme commune avec les archives disciplinaires est une condition du succès de l’archive aux yeux de ses fondateurs. Une API SOAP[59] permet à une archive institutionnelle de déposer des articles dans HAL selon le même principe : le chercheur dépose dans son archive institutionnelle, laquelle ré-exporte le document dans HAL grâce au service Web. Un mécanisme inverse - par lequel les institutions pourront récupérer les métadonnées des documents déposés dans HAL - est en cours d’élaboration dans le cadre d’un groupe de travail du comité technique du réseau Archives-Ouvertes.fr[60].

Un certain nombre d’autres services valorisent les contenus de HAL, la soumission automatique d’un article déposé sur la plate-forme à une revue en physique des hautes énergies (ce qui requiert d’établir des liens solides avec les éditeurs), la création d’alertes RSS sur les dépôts, la création d’une page personnelle de chercheur, l’export des notices bibliographiques dans plusieurs formats (BibTeX, …)

Quant au travail de promotion des archives auprès des chercheurs, il s’appuie sur les communautés scientifiques et la visibilité dans les bases internationales que sont arXiv et PubMed Central. En complément, des sessions d’information se déroulent de manière continue dans toute la France et la prise de conscience des établissements de recherche dans le cadre du réseau Archives-Ouvertes.fr doit faciliter les dépôts dans l’avenir et de garantir l’interopérabilité avec les archives institutionnelles.

Deux perspectives co-existent au sein du réseau et pour la gestion de la plate-forme commune : celle des archives scientifiques (organisée autour d’une ou plusieurs disciplines) et celle des archives institutionnelles. Cela influence largement les développements en cours, en particulier les priorités définies pour le travail éditorial (l’amélioration de la validation scientifique, la création éventuellement de rubrique disciplinaires pointant et/ou commentant de nouveaux dépôts remarquables), le développement de connexions avec d’autres archives disciplinaires, la conservation à long terme des documents déposés, mais jusqu’à aujourd’hui, la connexion avec des données de recherche a été peu envisagée.

Toute l’Europe le fait, pourquoi pas nous ? L’impulsion européenne en Belgique

En Belgique, la structuration d’un réseau d’archives a seulement commencé dans le cadre du projet européen DRIVER. Au début du projet, à l’été 2006, le paysage des archives en Belgique était fragmenté : l’Université de Gand avait une archive fonctionnelle avec environs 2000 articles et thèses en libre accès[61] (Figure 7). L’archive était compatible OAI-PMH, et quelques établissements venaient de créer leur propre archive (la Flemish Marine Institute (VLIZ), l’Université de Hasselt, le portail des thèses électroniques de la communauté francophone). La première tâche de l’équipe DRIVER a consisté à contacter tous les gestionnaires d’archives potentiels et les « bibliothécaires numériques » des établissements de recherche et d’enseignement supérieur, afin de déterminer leur intérêt pour la création d’une archive dans leur établissement. Des questionnaires sommaires ont été distribués. Ils ont révélé que nombreux étaient ceux qui avaient envisagé la création d’une archive mais manquaient du soutien politique et financier de leur administration.

Figure 7 – Archive de l’Université de Gand[62]

Ces personnes ont ensuite été invitées à des ateliers techniques et pratiques - groupes de travail de 15-20 personnes - sur des questions telles que les logiciels, les métadonnées, les aspects financiers. A la suite de ces réunions, un site de support[63] proposant des informations, des recommandations pratiques, des rapports ainsi qu’un outil Intranet pour échanger des informations a été créé. Ces réunions ont amené à la conclusion que la mise en place d’une archive ne pose pas de difficulté majeure. En revanche, son alimentation (sa promotion auprès des contributeurs) et la maintenance de son activité sur plus long terme (soutien de l’établissement, engagement des ressources humaines nécessaires) sont plus complexes. L’équipe a compris qu’il était nécessaire d’avoir davantage de soutien et de mutualiser les efforts pour créer un réseau national d’archives efficace. Mais par où commencer ?

A la conférence nationale des bibliothécaires en chef des universités et de la Bibliothèque Royale de Belgique (Cobira), le projet DRIVER a été présenté par Sylvia Van Peteghem et Karen Van Godtsenhoven. Cette présentation a fait prendre conscience, aux acteurs présents, du manque de coopération en Belgique et de la nécessité d’un engagement politique. Les réactions furent très positives, et tous les responsables des bibliothèques ont contacté les recteurs de leur université, avec des informations chiffrées sur le Libre Accès, la Déclaration de Berlin et DRIVER. Le site Internet a été utilisé comme un canal d’information et de communication entre les parties intéressées. L’implication de l’Université de Liège a permis de rééquilibrer l’initiative entre les communautés scientifiques flamande et francophone, rendant possible l’engagement des deux ministres en charge de la recherche, de 14 recteurs d’universités et du Président flamand du conseil des écoles de l’Enseignement Supérieur, pour signer la Déclaration de Berlin lors d’une conférence nationale[64] sur le Libre Accès hébergée par l’Académie royale des sciences (le 13 février 2007). Le monde de la recherche belge n’avait jamais été aussi unanime.

Dans la même semaine, la Commission européenne (CE) a organisé sa grande conférence sur le futur de l’édition scientifique dans l’Espace Européen de la Recherche, lors de laquelle elle a recommandé mais non requis, que toutes les recherches financées sur fonds européens soient rendues librement accessibles. En effet, les promoteurs du Libre Accès encouragent les établissements et les financeurs de la recherche à édicter des obligations ou « mandats » de dépôts des résultats de recherche dans des archives ouvertes. La Belgique s’est montrée bon élève à cet égard. Après la signature symbolique de la Déclaration de Berlin, elle a vu la première obligation de dépôt édictée en Belgique à l’Université de Liège et peu après une autre par le FWO, le principal organe Flamand de financement de la recherche. D’autres universités (Gand en particulier) ont également proposé à leur administration d’édicter des obligations de dépôt ou de promouvoir un meilleur soutien de leurs archives (Université Libre de Bruxelles, Université de Bruxelles, Université Catholique de Louvain, Université de Louvain). Récemment, l’Université de Liège a même lancé un nouveau projet, « EurOpenScholarship »65[65], pour la promotion du Libre Accès et la bibliométrie qui se base en-dessous. Ce projet veut rassembler les forces des recteurs européens et prévoit une plate-forme pour une discussion politique sur le sujet du Libre Accès. Toutes les actions de promotion menées à l’initiative de DRIVER en Belgique n’ont pas manqué leur cible, mais il reste beaucoup de chemin à parcourir. La principale difficulté demeure d’installer une coopération plus officielle et durable entre les établissements, et de fournir une plate-forme nationale d’accès aux résultats de la recherche belges en libre accès. Cet objectif prendra du temps (bien que des archives aient proliféré depuis le début du projet, peu nombreuses sont celles qui ont atteint un stade de maturité), et nécessitera un effort continu de promotion et le développement d’une expertise technique et organisationnelle de haut niveau. DRIVER offre à la Belgique la chance de faire partie d’un réseau plus large d’archives et d’un soutien pour la fondation de son propre réseau national. Les Belges bénéficient ainsi de l’expérience de leurs voisins (France, Pays-Bas, Royaume-Uni et Allemagne) et des initiatives européennes en cours pour élaborer et conforter une fédération belge des archives.

Réseaux et convergences entre les archives

Les exemples présentés dans cet article présentent des cultures et des histoires différentes. Mais ils montrent également que même si les raisons diffèrent, les archives institutionnelles se sont structurées en réseau. L’échelle de l’établissement n’est en effet peut-être pas l’échelle pertinente : « La diffusion rapide des découvertes, la création de nouveaux outils et plateformes pour la manipulation de l’information et le Libre Accès aux données de la recherche ont rendu inappropriées les approches traditionnelles basées sur les établissements pour la fourniture d’information »[66] [10].

Les réseaux jouent des rôles variés : ce sont des lieux de transmission de savoirs et d’échange d’expertise, des lieux de mutualisation d'outils, des lieux de création de services communs qui tirent parti des contenus, des lieux de prescriptions de standards ; des lieux enfin où des politiques éditoriales cohérentes s’élaborent, c’est-à-dire une compréhension commune de ce que doit contenir une archive, de son mode d’alimentation et des acteurs qui la fait vivre.

Les archives institutionnelles insistent sur les questions de conservation des documents sur le long terme et la visibilité de la production scientifique de l’établissement. Il s’agit de constituer une collection. En demandant aux bibliothécaires et documentalistes de collecter et d’organiser la production scientifique de la manière la plus exhaustive qui soit, des collections sont constituées comme autant de vitrines de la recherche et d’entités patrimoniales à conserver. Toutes les stratégies d’incitation au dépôt par les chercheurs, de modification des critères d’évaluation, d’incitations financières, de conditions aux financements, d’injonctions hiérarchiques, d’obligation de dépôt s’inscrivent dans ce cadre. Les Pays-Bas ont réussi à capter une masse significative de documents scientifiques pour les mettre en Libre Accès dans des archives institutionnelles (plus de 130 000). Ce sont des bibliothécaires et documentalistes qui sont majoritairement à l’œuvre dans les établissements pour recueillir les listes de publications et afin de les articles et les déposer après avoir sollicité l’autorisation des auteurs.

En visant à l’exhaustivité de la production scientifique d’un établissement, l’archive se départit cependant de la philosophie Web 2.0 de contribution libre des chercheurs à la constitution d’un corpus collectif, dont la croissance relève de l’intelligence collective plus que d’une planification institutionnelle. Paul Ginsparg le fondateur d’arXiv note dans un article d’août 2007 [4] que les gens partagent leurs contenus sur YouTube et Flickr, il n’y a pas de raison qu’il faille forcer les chercheurs à partager leurs publications[67]. La logique qui prévaut dans les archives disciplinaires est davantage liée aux chercheurs et à l’évolution de leurs modes de travail et d’échange. Il s’agit de faire des archives des outils Web 2.0 pour les chercheurs : création de communautés, travail collaboratif, évaluation du travail des pairs - sur le modèle des échanges épistolaires entre les savants du XIIe siècle - création d’un espace d’informations pour la critique, l’évaluation scientifique et l’élaboration d’idées nouvelles[68]. Des outils collaboratifs sont créés à partir des articles scientifiques, parfois même par les éditeurs, PLoS one[69] (annotations, commentaires par des chercheurs ou des laboratoires) ou Nature (réseaux sociaux de chercheurs, archive de pré-publications) [70]. Les stratégies d’incitation au dépôt liées à la suppression d’obstacles pour les chercheurs (information sur les politiques de droits de diffusion des éditeurs, interfaces conviviales,…) ou la création d’outils de collaboration sont davantage dirigées vers ce type d’objectifs.

Ces deux logiques, institutionnelle et disciplinaire, ne caractérisent bien sûr pas de manière parfaite les archives. Celles-ci sont souvent un mélange de différents objectifs, elles utilisent des stratégies éventuellement différentes, en grande partie pour atteindre une masse critique de contenu qui fera d’une archive non seulement un lieu de dépôt mais aussi un lieu d’accès, de socialisation et d’interconnexion avec d’autres types d’informations.

Il apparaît clairement que ces deux logiques sont complémentaires. La création de corpus significatifs de documents scientifiques permet en effet de développer de plus en plus de services et d’interconnexions pour lesquels l’échelle pertinente de constitution d’une collection n’est ni l’établissement de recherche, ni le programme de financement, ni enfin le niveau national. Des collections peuvent être créées pour servir de vitrines à un laboratoire, à un congrès, à un pays. UK PubMed par exemple met en valeur la production scientifique britannique. L’archive centralisée en sciences biomédicales et sciences de la vie (PubMed Central) se transforme en un réseau d’archives synchronisées (Pubmed Central International) [71] qui permettra notamment de souligner l’existence d’une collection de contenus scientifiques produits dans un environnement de recherche cohérent (dans ce cas l’environnement britannique de la recherche en sciences biomédicales et sciences de la vie).

Les réseaux nationaux d’archives montrent une convergence identique. Quelles que soient les raisons qui ont présidé à la création d’archives dans différents pays, le type de fonctionnalités et les développements envisagés pour l’avenir se situent autour de thèmes similaires : La pérennité des documents, la création de liens avec les données de recherche en intégrant les publications dans un processus de recherche, l’intégration des archives aux infrastructures de recherche, l’amélioration de l’interopérabilité des archives entre elles mais aussi et surtout avec des outils et services complémentaires, l’aide à la saisie des documents, l’échange de documents entre archives, la création de nouveaux indicateurs d’impacts L’effort engagé aux Pays-Bas, très institutionnel initialement, s’oriente ainsi avec SURFShare en particulier vers les outils collaboratifs pour les chercheurs à partir des archives, alors qu’en France, un intérêt croissant pour les documents scientifiques de tous types et pas seulement pour les articles est en train de naître. Ces évolutions pourraient bien initier cette convergence entre les perspectives qui prévalent dans les différents types d’archives, disciplinaires et institutionnelles.

Le projet DRIVER apporte deux contributions à ces évolutions : d’une part il inscrit les réseaux d’archives dans les infrastructures de recherche qui se dessinent, c’est-à-dire dans une perspective globale, durable, au cœur des activités de recherche ; d’autre part il transfère les problématiques de réseau liées à la mutualisation des moyens et à l’accord sur des processus éditoriaux et techniques similaires, au niveau européen. La convergence entre les différents types d’archives, leur intégration dans des réseaux plus larges permettra de construire des outils plus globaux d’accès et de manipulations des informations scientifiques.

Les réseaux nationaux servent à construire des actions communes, à créer des outils communs, demain peut-être permettront-ils d’intégrer des archives institutionnelles à des réseaux plus larges, européens, mondiaux, disciplinaires de tous types. Les archives institutionnelles semblent être efficaces pour collecter les documents scientifiques lorsqu’elles sont accompagnées de politiques appropriées. Mais leur rôle dans cet environnement global où des éditeurs mettent en place des archives (Nature), où la conservation à long terme des contenus est assurée par des structures nationales (e-Depot aux Pays-Bas), où les archives disciplinaires s’interconnectent avec des bases scientifiques (comme Pubmed Central avec GenBank)[3], pour une simple question d’échelle, devra changer. L’appartenance à des réseaux d’archives sera de plus en plus indispensable pour assurer à la fois la visibilité et la préservation des résultats de la recherche. La mutualisation des moyens mais aussi et surtout des méthodes et des compétences sera cruciale pour leur évolution.

Voir aussi

Notes

  1. [Note de l'adaptateur] : l'article original contenait une note de lien vers DRIVER. Sur ce wiki, la note est maintenue pour maintenir l'alignement avec l'article original.
  2. « Déclaration de Berlin sur le Libre Accès à la Connaissance en Sciences exactes, Sciences de la vie, Sciences humaines et sociales » http://openaccess.inist.fr/article.php3?id_article=38
  3. http://www.openarchives.org/
  4. http://www.cni.org
  5. « In my view, a university-based institutional repository is a set of services that a university offers to the members of its community for the management and dissemination of digital materials created by the institution and its community members. It is most essentially an organizational commitment to the stewardship of these digital materials, including long-term preservation where appropriate, as well as organization and access or distribution. »
  6. http://www.eprints.org/
  7. http://www.dspace.org/
  8. http://arno.uvt.nl/~arno/site/
  9. http://opusdev.bsz.de/trac/timeline
  10. http://dublincore.org/
  11. http://www.ifremer.fr/avano/
  12. http://www.surf.nl/en
  13. http://www.creamofscience.org/
  14. http//copyrighttoolbox.surf.nl/
  15. http://metis.hosting.kun.nl/metis/
  16. DIDL (Digital Item Declaration Language) est une partie du standard ISO MPEG21 Il permet de représenter des objets numériques.avec plusieurs composants.
  17. http://www.kb.nl/dnp/e-depot/dm/dm-en.html
  18. http://www.DAREnet.nl
  19. http://www.narcis.info/
  20. http://www.connecting-africa.net/
  21. http://www.nvb-darlin.nl/en/
  22. http://www.utrechtlawreview.org/
  23. http://www.sord.nl
  24. Le 6 juillet 2007, la fondation SURF a émis 3 appels à projets en direction du secteur de l’éducation invitant à déposer des propositions sur trois thèmes: les environnements collaboratifs numériques, la publication des données de recherche en libre accès (open access plus) et la diffusion des savoirs pour les universités de sciences appliquées.
  25. http://www.dini.de
  26. Agence allemande du financement de la recherche.
  27. http://www.dissonline.de
  28. http://www.dini.de/documents/dini-zertifikat2007-en.pdf
  29. DINI a publié des articles et des recommandations depuis 2003, par exemple Electronic Publishing in Higher Education: How to design OAI interfaces (October 2003), the DINI Certificate Document and Publication Repositories (November 2003) et plus récemment Open Access: Opening Science’s Communication Channels (June 2005, in German) http://www.dini.de/documents/oa_brosch-monitor_062005.pd
  30. http://www.dini.de/ dini/zertifikat/zertifiziert.php
  31. http://www.dini.de/dini/wisspub/dokuserver.php
  32. http://www.math-net.de
  33. http://www.physnet.net
  34. http://www.iuk-initiative.org
  35. http://www.dini.de/oap/
  36. http://www.sherpa.ac.uk/
  37. http://openaccess-germany.de/
  38. http://www.severiens.de/talks/ANKOS-DINI-oa-final.pdf
  39. www.sherpa.ac.uk
  40. www.jisc.ac.uk/whatwedo/programmes/programme_fair.aspx
  41. "web of resources built by groups with a long term stake in the future of those resources, but made available through service providers to the whole community of learning." http://www.jisc.ac.uk/whatwedo/programmes/programme_fair.aspx
  42. www.openarchives.org/
  43. UK Council of Research Repositories http://www.sherpa.ac.uk/guidance/UKCORR_Launch.html
  44. http://www.sherpa.ac.uk/romeo.php
  45. http://www.sherpa.ac.uk/romeoinfo.html#colours
  46. http://miles.cms.hu-berlin.de/oap/
  47. www.sherpa.ac.uk/juliet/index.php
  48. http://depot.edina.ac.uk/
  49. www.intute.ac.uk/projects.html
  50. http://ukpmc.ac.uk/
  51. «UKPMC will grow into a unique online resource representing the UK’s biomedical research output » http://www.jisc.ac.uk/ news/stories/2007/01/news_ukpubmedcentral.aspx
  52. http://www.ukoln.ac.uk/repositories/digirep/index/ Eprints_Application_Profile
  53. http://www.ukoln.ac.uk/repositories/digirep/index/SWORD
  54. http://www.latex-project.org
  55. http://hal-pasteur.archives-ouvertes.fr/
  56. Par exemple, 65.8% des répondants ont indiqué qu’ils acceptaient les « documents de travail ». Les résultats de cette enquête seront prochainement publiés par les Presses Universitaires
  57. http://www.archives-ouvertes.fr/
  58. http://www.archives-ouvertes.fr/IMG/pdf/protocoleAO-2.pdf
  59. L’API (Application Programming Interface) basée Service Oriented Architecture Protocol permet à une autre application de dialoguer avec HAL, elles peuvent s’échanger des informations et des documents.
  60. COST - Sous-groupe métadonnées. Principes pour les échangesentre systèmes locaux et HAL. 2007
  61. http://archive.ugent.be
  62. https://archive.ugent.be/handle/1854/27
  63. www.driver-repository.be
  64. http://www.driver-repository.be/content1.aspx?PageId=161
  65. http://recteur.blobs.ulg.ac.be/?p=151
  66. « The rapid dissemination of findings, the creation of new tools and platforms for information manipulation, and open access to research data have rendered the more traditional institution-based approaches to providing access to information inadequate. »
  67. « It may seem non sequitur to force researchers to act in what should be their self-interest, while the general public spontaneously populates file sharing sites such as photobucket and YouTube, but such is the current politics of scholarly publication. »
  68. Voir la plaquette du réseau Archives-Ouvertes.fr http://ccsd.cnrs.fr/IMG/pdf/ArchivesOuvertes07.pdf
  69. http://www.plosone.org/
  70. http://precedings.nature.com/
  71. http://www.pubmedcentral.nih.gov/about/pmci.html

Bibliographie

  • [3] Muriel Foulonneau, Francis André. Investigative Study of Standards for Digital Repositories and Related Services. Amsterdam : Amsterdam University Press. (Sous presse)
  • [6] WEENINK Kasja, WAAIJERS Leo, VAN GODTSENHOVEN Karen. (eds). A Driver’s Guide to Repositories. Amsterdam: Amsterdam University Press. (Sous presse).
  • [7] VAN EIJNDHOVEN Kwame, VAN DE GRAAF Maurits. The European Repository Landscape. Amsterdam : Amsterdam University Press, sous presse
  • [8] WAAIJERS Leo. The Dutch DARE programme, 2003-06. Article soumis à Ariadne
  • [9] WARE Mark. Pathfinder Research on Web-based Repositories. Rapport final pour le Publisher and Library / Learning Solutions (PALS). Janvier 2004