Roland de Lattre (1840) Mathieu/Ode/XIV

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Roland de Lassus
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Roland de Lattre
Orlando Lassus, from J.J. Boissard, Yale.jpg
Roland De Lattre Page 0.png
Cette page introduit la neuvième partie d'un poème rédigé par Adolphe Mathieu, à la gloire de Roland de Lassus. Pour voir :

 

Roland De Lattre Page 0 et 1.png

La suite du poème

Partie XIV


« Mes enfants, disait-il.... — Et ses mains expirantes
Les appelaient à lui, comme pour les bénir; —
Ombres de mon passé, qui, sur ma couche errantes,
Me feriez croire à l'avenir ....

Enfants, pour qui ma gloire est quelque chose encore,
Et dont les doux regards vont se termir d'effroi ....
A travers les honneurs dont mon deuil se décore,
Dites, entendez-vous cet appel du beffroi ?

Enfants, c'est le dernier qu'ici-bas Dieu nous donne.
Bénissez-le, priez (c'est l'instant solennel !)
Pour qu'il aide mes pas et pour qu'il nous pardonne,
Enfants, le crime paternel ;



Car celui, voyez-vous, dont tinte l'agonie
N'a pas long-temps, amis, trouvé le soleil beau ;
Ce père que vos pleurs suivront jusqu'au tombeau,
Ce Lassus dont le monde admira le génie....

C'était.... »

— Mais pour jamais se referment ses yeux,
Et, comme enveloppé d'un éternel mystère,
Le nom commencé sur la terre
Alla s'achever dans les cieux ! —

Ses regards seuls, tournés vers nos bords qu'il envie,
Et son doigt vers nous étendu,
Attestaient qu'il avait perdu,
En nous perdant, plus que la vie.

C'est ainsi qu'il mourut loin du beau ciel natal,
Et les Arts éplorés, sur sa couche dernière
Traînant leur deuil monumental,
Ne purent consoler som ombre prisonnière ;



Car sur son froid tombeau, de trois siècles ancien,
Du nom qu'il repoussait l'opprobre se consomme,
Et ce nom qui n'est pas le sien,
Est le seul qu'à ses fils ait transmis le grand homme.

Comme dans son vivant exilé dans sa mort,
Jamais souffle lointain sur sa tête flétrie,
Dans son sépulcre ne l'endort
D'un chaste et frais parfum de la belle patrie.

Et moi seul, sur les bords où son œil vit le jour,
Moi seul, comme un titre de gloire,
Revendique encor sa mémoire,
Et lui garde un pieux amour ! ... —

Puissent du moins ma voix, ma voix reconnaissante,
Et ce modeste encens que je t'offre à genoux,
Te rendre à la fin moins pesante
La terre où le malheur t'emporta loin de nous !


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