Roland de Lattre (1840) Mathieu/La postérité

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Roland de Lassus
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Roland de Lattre
Orlando Lassus, from J.J. Boissard, Yale.jpg
Monument Orlando Lasso Denkmal Munich 6.jpg
Cette page introduit des extraits d'un ouvrage intitulé Roland de Lattre écrit en 1840 par Adolphe Mathieu.
Roland De Lattre Page 0 et 1.png

Notes éditoriales

Le découpage de la bibliographie en cinq parties est une option éditoriale propre au réseau Wicri.

Le début de la réédition de la page numérotée 16 est dans la partie précédente (La fin). Une note de la page 15 dont la suite est reportée en page 16 dans l'édition originale est ici replacée en page 15 (donc dans la « page Wiki précédente).

Cette partie pose un problème de même type avec une note à cheval sur les pages 17 et 18. De plus cette note contient elle même une note ici renumérotée.

Le texte


...

Tous les écrivains qui ont parlé de de Lattre sont d'accord sur ce point qu'il fut un des hommes les plus distingués de son siècle, et, à cette époque brillante de nos annales musicales où les artistes belges étaient considérés comme les plus célèbres de l'Europe, il fut jugé digne d'être compté comme le premier d'entre eux, comme leur prince, selon l'expression d'alors. Ce glorieux surnom lui fut décerné aux applaudissements universels du monde musical. Les auteurs contemporains le célébrèrent tour à tour. Les rois, les princes, les grands l'accueillirent avec distinction et se plurent à accepter la dédicace de ses œuvres. Il était non-seulement musicien et compositeur excellent, mais encore un savant remarquable par la variété, l'étendue et la profondeur de ses connaissances.

Il cultivait la poésie avec succès. On a de lui des vers français


adressés au duc de Bavière et une ode au roi Charles IX.

Il se faisait rechercher pour la finesse de son esprit, l'aménité, la douceur de son caractère et les charmes de sa conversation.

Freneuse de la Vieuville dit qu'une messe de lui à huit parties (Dominus Deus noster), où il n'y a que de grosses notes blanches qui filent sur trois ou quatre mesures, fut chantée au Concile de Trente. Enfin, le médecin Samuël à Quickelberg, ami intime de de Lattre, vante la beauté de sa . voix, et assure l'avoir entendu chanter à la chapelle ducale avec un plaisir extrême. -

Il ne se borna point à exciter le goût de la musique par le talent et l'originalité qu'il déploya dans ses compositions; il rendit à l'art des services beaucoup plus réels. C'est lui, à ce qu'affirme Burney (A general history of music, from the earliest ages to the present period. Londres 1776-1789, 4 vol. in-4°.), qui introduisit dans la musique les premiers passages chromatiques, et qui, par là, parvint à améliorer grandement les monotonies de la modulation. La mesure lui doit aussi de très grands perfectionnements, et Werkmeister dit qu'il a réduit le fatras de quatre-vingts différents signes de mesures et de cadences, à deux seulement, la mesure paire et la mesure impaire, en se servant, pour fixer le mouvement, des mots allegro, adagio, etc., encore usités aujourd'hui.

M. F.-J. Fétis, notre savant compatriote, auteur de la Biographie universelle des musiciens, maître de chapelle du Roi des Belges et directeur du Conservatoire de Bruxelles, n'hésite pas, quoi qu'en aient dit Burney et Baini, (1) à faire de de Lattre le chef de l'école allemande, comme Palestrina est le chef de l'école italienne. (2)


(1) Ouvrage déjà cité, t. 2, p. 432.
(2) « Le style flamand, qui devint le modèle du style italien, au quinzième siècle, et dans la première partie du seizième, était composé de recherches plus mécaniques que véritablement artistiques sur des motifs de chansons vulgaires, dont les mélodies, les paroles même, faisaient dans la musique d'église un monstrueux assemblage avec les tcxtes sacrés.
Or, ce qui distingue particulièrement la musique de Lassus, ce qui fit ses succès, ce qui donne à ses ouvrages le caractère de l'originalité, c'est précisément qu'il se sépara de ce style et prit dans sa musique d'église un caractère grave et simple, et dans ses compositions légères une manière élégante et facile. Si, quelquefois, il suivit l'exemple des maîtres de son temps, en écrivant quelques messes sur des chansons populaires, on ne peut lui en faire un reproche, car tout jeune artiste commence par l'imitation. D'ailleurs, Palestrina lui-même n'a-t-il pas fait la messe de l'homme armé ?
Suivant M. l'abbé Baini, Lassus était stérile de mélodies (2.1), privé d'âme et de feu! Eh! mais, c'est exactement le contraire; car c'est par la mélodie (j'entends ici celle du système de son temps) que ce maître se distingue de ses contemporains, et ce sont les chants de ses compositions qui ont fait la popularité de ses succès. Si le critique italien avait fait remarquer que sa facture est inférieure à celle du célèbre maître de l'école romaine, il aurait exprimé une vérité inattaquable, car c'est surtout par son admirable correction, par son art inimitable de faire mouvoir toutes les parties, et par son élégante manière de faire chanter toutes les voix et de leur donner de l'intérêt, que Palestrina s'est placé au-dessus de tous les musiciens; mais attaquer Lassus dans ce qui constitue précisément son talent, il me semble que c'est plus que de l'injustice. M. l'abbé Baini prétend que Lassus a usurpé un éloge outré avec quelques messes, quelques motets ! D'abord, on n'usurpe pas les éloges de tous les peuples, de tous les temps : ceux-là sont toujours mérités. Mais que veut dire M. Baini avec ces mots : quelques messes, quelques motets ? Ignore-t-il donc que le nombre des compositions de Lassus est de plus de deux mille ? Or, remarquez que c'est aussi un des signes du génie que cette fécondité et ce besoin de produire qui se manifesta dans la vie du compositeur belge jusqu'à ses derniers moments. Concluons de tout ceci que la prévention nationale a exercé trop d'influence sur le jugement d'un savant, ordinairement bon juge, et lui a fait hasarder une critique acerbe que rien ne justifie. La gloire de Lassus n'en restera pas moins intactc, et celle de Palestrina ne s'en trouvera pas diminuée. »
(2.1) Je rends concetti par mélodies par ce que je ne saurais lui donner d'autre signification en français sans une longue paraphrase. Melodie, dans le sens que je lui donne, signifie concert melodieux.

— On appelait Orlandes ses chansons gaillardes; ce qui donna lieu à cette expression : quelle Orlande ! en parlant d'une orgie. -


Beaucoup de portraits de de Lattre sont connus. Parmi les miniatures du beau manuscrit des Psaumes de la pénitence, etc., (1) faisant partie de la bibliothèque royale de Munich, on en trouve un en buste et un autre en pied. (Dans le portrait en pied, de Lattre est représenté tenant dans la main droite un rouleau de papier, et de la main gauche son bonnet et ses gants. Il porte au cou, en sautoir, une médaille en or suspendue à un étroit ruban blanc. Au haut se lit cette devise : « Loyal jusqu'à la mort. » Le portrait en buste porte cette autre devise : « In corde prudentis requiescit sapientia et indoctos quoque erudit. » ) Le Meslange publié à Paris, en 1750, contient un portrait gravé en bois; les Lagrime di S. Pietro (1594) en renferment un autre de l'artiste à l'âge de 72 ans; dans l'Iccnographie de Reusner, on en trouve un gravé sur bois, in-8°.; un autre in-4°., gravé de la même manière, est ajouté au Trésor in-4°. de Robert Ballard, 1594; N. de Larmessin en a gravé un in-4°. en taille douce; Théodore de Bry et Meysens en ont publié deux autres également in-4°.; la collection de Hawk en renferme un gravé par Caldwal, petit in-4°. ; celui de Jean Sadeler, publié en 1600, est en format in-8°.; il a été copié dans l'Académie dcs sciences et des arts de Bulliart et dans la Bibliotheca belgica de Foppens ; il y en a un in-f°. gravé en bois dans les Prosopographiœ heroum atque illustrium virorum totius Germaniœ de H. Pantaleone (Bale, 1566, 5°. partie, p. 541); un autre est dans le livre de Paul Freher; Amelingue (ou Ameling), célèbre graveur français, en a publié un beau en taille-douce, qu'il a fait suivre des deux vers que nous prendrons tout-à-l'heure pour épigraphe. Celui gravé par Jean Sadeler porte les deux mêmes vers. Il en est sans doute plusieurs autres qui ne sont pas inconnus. De Lattre figure aussi en médaille dans la Galerie numismatique des hommes célèbres des Pays-Bas, qu'a exécutée le chevalier Simon. — -


(1) 4 vol. in-fº., reliés en maroquin avec des garnitures et des serrures en
vermeil ciselé et émaillé; le poids total en est de 24 livres.

Delmotte, à qui j'emprunte en grande partie ce qui précède, et que j'ai presque toujours copié textuellement, combat victorieusement l'assertion de de Boussu, qui assure (1), sur la foi de Philippe Brasseur (2), que les magistrats de Mons élevèrent à de Lattre, dans l'église de St.-Nicolas, vers le jubé, une statue portant son nom sur le piédestal, avec cette inscription :

S. P. Q. M.
« Montigene Orlando, quod eo nascente renata est

musica, montenses hoc posuere decus. »

et que cette statue a été détruite vers 1680.

Il cite un passage de Vinchant, auteur presque contemporain de de Lattre, d'où il résulte que Philippe Bosquier ayant vainement engagé le magistrat de Mons à ériger à Orland une statue en bronze, fit peindre son portrait et y mit ces vers :

Ut Mons Orlandum Lysippi fingeret aere
Bosquier hanc tabulam finxit Apellis ope.

Il est donc avéré qu'aucun monument ne lui a encore été élevé dans sa ville natale.

Delmotte, s'associant au vœu déjà exprimé par Bosquier, termine son ouvrage en engageant nos magistrats municipaux à élever une statue à leur illustre concitoyen. Le Gouvernement, dit-il, les y aiderait, puisque, par arrêté en date du 7 janvier 1855, il a décidé que les statues de nos grands hommes seraient exécutées par des sculpteurs belges. D'ailleurs, ajoute-t-il, « un appel fait aux Montois pour honorer un des leurs qui s'est illustré par ses talents et son génie, ne les trouvera pas sourds. »


(1) IIistoire de Mons, pp. 18o et 181. — Lemayeur commet la même erreur dans les notes de son poème Les Belges, p. 2o9. — J.-N. Paquot a aussi rapporté ce fait d'après de Boussu.
(2) Sydera illustrium Hannoniœ scriptorum. Mons, 1637, in-12, p. 84.

Il y a deux ans que ces lignes sont écrites, et rien encore n'a été fait pour payer à de Lattre l'hommage qui lui est dû. Puisse aujourd'hui la reproduction d'un vœu si légitime obtenir plus de succès !


Éléments complémentaires

Lassus Codes Mielich Psalms 2 63.png

Voir aussi