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Les nouvelles frontières de la connaissance (2014) CSRT, synthèse

De Wicri France
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Cette page introduit la synthèse du rapport « Les nouvelles frontières de la connaissance» rédigé en 2014 par le Conseil supérieur de la recherche et de la technologie (CSRT)

 

Une réaction face à la crise

Le rapport du Conseil Supérieur de la Recherche et de la Technologie intitulé « les Nouvelles Frontières de la Connaissance » est d’abord la manifestation d’une réaction face à « la crise ». Les membres du CSRT, citoyennes et citoyens issus du monde de la recherche, des entreprises, des associations, des syndicats , analysent la situation actuelle comme une mutation générale, géopolitique, économique, environnementale, sociale, culturelle et, bien entendu technologique et scientifique, qui marque notre époque et annonce des temps nouveaux. Ils considèrent que l’heure est venue de mobiliser les forces de l’intelligence pour mieux comprendre l’ensemble des mutations actuelles et esquisser des pistes d’action.

Certes, au-delà de la mise en cause radicale de la vision actuelle de la crise au profit d’une approche élargie des mutations, au-delà de la conviction que l’humanité peut choisir son avenir, le rapport du CSRT pose davantage de questions qu’il n’apporte de réponses. Mais il estime indispensable de formuler ces interrogations, y compris celles qui abordent des questions fondamentales sur l’humanité, son identité, sa place dans la nature, ses relations avec le monde vivant…


Deux convictions partagées

Avant même d’entrer dans le détail de ses analyses, le CSRT a affirmé deux convictions :

  • La première, c’est que la réalité des mutations actuelles, faussement identifiées par le concept réducteur de « crise », au-delà de l’apport indispensable des sciences « dures » qui enrichissent la connaissance de la matière et de la vie, doit être éclairée par un engagement massif et global des sciences humaines et sociales. Celles-ci, par leurs avancées les plus récentes, à la fois diverses et riches, disposent d’outils de connaissance qui peuvent faire progresser considérablement la compréhension de la grande mutation contemporaine.
  • La seconde, c’est que la seule approche technique et scientifique de la connaissance, même avec le concours puissant des sciences humaines et le soutien de la philosophie, ne suffit pas. C’est la question des choix de société qui est posée. Il revient donc aux politiques de prendre le relais, d’élargir et d’organiser le débat le plus large et le plus profond sans craindre les remises en causes et les ruptures.

Trois intentions affichées

Excluant, a priori, toute démarche encyclopédique sur l’état actuel de la Connaissance, le CSRT a choisi de privilégier trois axes de réflexion :

  • D'abord approfondir la liaison de la crise et de la Connaissance afin de restaurer la confiance dans la capacité de l'esprit humain à apporter des réponses aux questions posées par les mutations de notre époque.
  • Ensuite faire une esquisse de bilan de la production des connaissances actuelles, aussi bien dans ses méthodes et outils que dans ses résultats et ses perspectives, dans ses promesses comme dans ses risques.
  • Enfin, au travers de la diffusion de la connaissance, aborder la difficile question de l'articulation de la science et de la société, par l'enseignement, la culture scientifique mais aussi des pratiques nouvelles de la citoyenneté, afin de remettre la connaissance au coeur de la société.

L’organisation du rapport

La première partie : le contexte crise et connaissance

Ce premier développement précise le contenu du titre « les nouvelles frontières de la connaissance » du double point de vue de la « connaissance » et des « frontières ».

En premier lieu, elle esquisse un survol du contexte. Elle évoque les mutations radicales de l'organisation de l'économie, l’accélération de la mondialisation, la mise en place de nouveaux équilibres démographiques, le bouleversement des régulations naturelles de la planète, la perception concrète des limites des ressources terrestres, la nouvelle révolution technologique avec le numérique et les biotechnologies.

En second lieu, après quelques clarifications préalables sur la Connaissance - le mot recouvrant des concepts aussi variés que nébuleux – le rapport a tenté de répondre à deux questions:

  • Quelle est la part de la connaissance dans l'émergence de la crise actuelle ?
  • Quelles sont les spécificités des mutations actuelles de la sphère de la connaissance ?

Derrière ces questions le CSRT entend aborder concrètement la participation de la Connaissance à la mise au point d’une stratégie globale de sortie de crise.

Enfin, le CSRT a choisi de porter le regard sur de « nouvelles frontières » avec l’intention de proposer de nouveaux repères à une société écrasée par l’incertitude. Parmi ces points de référence, le CSRT constate que même en ces temps de marasme économique et financier, la connaissance progresse. Cette observation est confirmée par le survol des principaux champs de la science éclairés ces derniers temps par plusieurs découvertes marquantes.

Pour le CSRT, la crise, dans son ampleur et sa diversité, s'est développée alors même que la connaissance progressait. Ce qui conduit à cette question simple mais incontournable: pourquoi cette dernière, malgré sa dynamique et ses progrès sans précédent historique, n'a pas permis de prévenir ou d'enrayer la crise ? En réponse, le présent rapport retient plusieurs causes :

  • la discordance des temps,
  • la fragmentation des savoirs,
  • leur confinement dans des espaces sectoriels et géographiques insuffisamment ouverts,
  • la dépendance de la production de connaissance soumise au court terme de la finance et de la politique,
  • enfin, l'insuffisance du partage de la connaissance aussi bien au niveau géopolitique que social.

La deuxième partie : La production de connaissance

Elle est consacrée à la production de la connaissance. Bien entendu, cette approche de la production des connaissances est un survol. On ne dira jamais assez qu’il ne s’agit en aucun cas d’une démarche encyclopédique. Pour autant, ce survol entend couvrir l’ensemble de l’éventail des disciplines scientifiques et techniques, en ouvrant largement la porte aux sciences humaines et sociales dont les apports sont plus que jamais indispensables à la conduite des affaires en cette période de mutations multiples.

Le cheminement retenu tente de répondre à quelques questions simples :

  • Quelle est la situation du dispositif actuel de production de connaissance (production massive, accélération du temps, nouvelle géographie) ?
  • Quels sont les moteurs et outils de cette production, son pilotage ?
  • Quel est l’état des avancées et des perspectives de la connaissance actuelle (Science et technologie) ?
  • Quels sont les obstacles aux progrès de la connaissance et les réponses envisageables ?

Quelques analyses argumentées sur les avancées vertigineuses des recherches cognitives et le bond en avant des sciences appliquées apportent des éléments de réponses à ces questions.

Un positivisme affiché pourrait conduire à la conclusion que le monde de la recherche ne connaît aucun problème et répond totalement aux besoins de la société. La réalité de la crise, dans la diversité de ses manifestations et dans sa persistance, qui résulte d’une incapacité à anticiper les mutations, rappelle au contraire l’incapacité de la connaissance à régler seule les problèmes de notre époque.

Ce constat conduit à identifier les obstacles rencontrés dans la production de la connaissance afin d’esquisser quelles propositions visant à améliorer le dispositif actuel. Ces propositions concernent :

  • le positionnement politique et son absence de lisibilité,
  • les moyens financiers (l’obstacle financier venant moins du volume des moyens alloués que des modalités d’attribution),
  • l’ouverture au monde,
  • la nécessité d’une véritable transversalité disciplinaire,
  • la consolidation des outils de la production de la connaissance
  • la définition et la mise en œuvre dans la durée de choix stratégiques, y compris sur les grands équipements,
  • enfin l’organisation et la gouvernance du dispositif de production de connaissance (clarification nécessaire, problématique territoriale et pilotage stratégique réaffirmé).

La troisième partie : La connaissance dans la société

Elle pose une question majeure : la diffusion de la connaissance, et l’articulation complexe de la science, de la technique et de la société. Elle aborde les problématiques de l’utilisation de la connaissance par la société au travers de l’innovation, des processus de valorisation et de la diffusion plus large au grand public. Après l’analyse, dans un premier temps, de l’impact des connaissances scientifiques sur les évolutions technologiques et sur la compétitivité des entreprises par l’innovation (l’approche « classique » et la compréhension des mécanismes conventionnels de l’innovation sont au coeur du présent rapport et participent à l’organisation de la contre-offensive contre ce que l’on appelle communément « crise ») on constatera que les seuls apports de la technique ne suffisent pas à résoudre les problèmes : les inerties et les blocages entravent la marche du « progrès » et la question du portage réel de l’innovation par la société est posée comme est posée la question globale de « la société innovante ».

A partir de ces constats, deux chantiers nouveaux pourraient être confiés à la grande famille des sciences humaines et sociales :

  • celui de la connaissance du cheminement de l’innovation dans une société avec l’identification des verrous sociaux à sa diffusion ;
  • celui de « l’innovation sociale » dont il conviendra de préciser le contour et d’esquisser les perspectives alternatives qu’elle offre au développement de notre société.

Cette réflexion sur la problématique de la science, de la technique et de la société conduit à aborder quelques questions lourdes.

On posera par exemple la question de savoir comment les fruits d’une recherche fondamentale ou les produits innovants tirés de l’exploitation des connaissances initiales peuvent faire l’objet d’une valorisation organisée par des acteurs économiques. Cela conduit à aborder le point sensible de l’utilisation des modes de protection privative organisés par les grands dispositifs régulant la propriété intellectuelle et plus spécialement les brevets. Ceux-ci participent – en principe - à la diffusion de la connaissance. Sont-ils bien utilisés ? Sont-ils toujours adaptés ?

Le rapport aborde aussi la diffusion de la connaissance dans la Société : Pour quels destinataires ? Sous quelle forme ? Via quel type de médium ? Enfin, les citoyens se sentant concernés par la connaissance, ressentent le besoin de comprendre : la question délicate du débat démocratique fait l’objet du dernier développement. Chacun de ces points est complété par des propositions concrètes.


Quelques messages

Au terme d’un cheminement de plusieurs mois jalonné par des lectures, des auditions, des contributions et des débats, le Conseil Supérieur de la Recherche et de la Technologie a choisi de construire la conclusion du présent rapport non comme un simple résumé des constats, des analyses et des propositions ponctuelles qui constituent la chair de ses trois grandes parties constitutives, mais par une série de points de focalisation qui marquent les axes principaux de sa réflexion :

  • Notre Société connaît non une crise mais une mutation
  • La connaissance est l’une des réponses aux adaptations nécessaires
  • La connaissance n’est pas à l’origine de la crise mais n’a pu l’éviter
  • La connaissance demeure un concept à préciser a l’heure du numérique
  • L’efficacité de la production de connaissance doit être améliorée
  • Le partage de la connaissance est une nécessité éthique et pratique
  • Le rééquilibrage des disciplines scientifiques doit être engagé, l’interdisciplinarité enfin réalisée, et la place des Sciences Humaines et Sociales réaffirmée.
  • Enfin, le temps est venu de positionner la Connaissance dans le champ du politique, élargir le débat aux citoyens et ouvrir de nouvelles perspectives à la démocratie.