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Les nouvelles frontières de la connaissance (2014) CSRT, partie 3, section C

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LES NOUVELLES FRONTIERES DE LA CONNAISSANCE
FACE A LA CRISE

Partie 3 : La connaissance dans la société
Diffusion, partage et exploitation de la connaissance
 

Cette page introduit la troisième section (C) de la troisième partie du rapport « Les nouvelles frontières de la connaissance» rédigé en 2014 par le Conseil supérieur de la recherche et de la technologie (CSRT)

 
C (71)


Diffusion, partage et exploitation de la connaissance

Les nouvelles technologies de l’information ont complètement changé et bouleversé non seulement le mode de diffusion de la connaissance à travers ses mécanismes mais aussi notre rapport à la connaissance. Une information diffusée peut-elle être assimilée à une connaissance scientifique ?

Il s’avère indispensable de distinguer, comme nous l’avons vu, information et connaissance. Même s’il y a un certain continuum entre ces deux concepts, dans le passage des informations aux connaissances, il y a un « travail » de transformation et d’appropriation qui appartient à chacun ce qui explique que les mêmes informations n’aboutissent pas nécessairement aux mêmes connaissances.

La question est alors, dans les milieux de recherche, de trouver de bonnes conditions pour favoriser cette transformation de l’information en connaissance et le cas échéant de rendre possible l’exploitation de celle-ci sans stérilisation du processus.


C1 (71)

La diffusion de la connaissance est issue d'une démarche humaniste

Dans les rapports entre chercheurs ou dans les rapports entre Science et Société, les recherches scientifiques convergent pour mettre en évidence que les comportements altruistes sont plus rentables que les comportements égoïstes. Les progrès de la science n’ont-ils pas toujours été un atout pour la démocratie ? Toutefois, jusqu’à présent, les deux ont évolué plutôt indépendamment. Aujourd’hui, les processus scientifiques et démocratiques ont tendance à se croiser. Comment prendre en compte et intégrer ces croisements ? Comment rendre effectif le partage entre les acteurs ? Comment intégrer dès le début le citoyen dans la diffusion de la connaissance ?

Ces comportements altruistes s’expliquent en partie par l’attitude des chercheurs qui sont fiers de leur production, la connaissance étant une valeur en soi, indépendamment de l’utilité qui en est faite et sa diffusion étant un devoir. Les chercheurs manifestent, par ailleurs, une certaine modestie quand ils présentent les inventions comme le produit de la science et du pragmatisme.

Aujourd’hui, des constats alarmants montrent que ce partage est de plus en plus difficile car il exige que soit pris en compte la complexité croissante de la connaissance qui remet en cause les découpages traditionnels des communautés scientifiques : l’exemple de la biodiversité est significatifs.


C2 (72)

La diffusion de la connaissance est au cœur de son dispositif de production

Au-delà des textes fondateurs qui ont posé le cadre en déclinant les différentes missions du chercheur (faire avancer la connaissance, la communiquer, la valoriser (y compris par l’expertise), les politiques de recherche accordent une place essentielle aux publications et aux brevets comme un continuum de l’avancement de la connaissance. Diffusion, partage et exploitation sont, ainsi, étroitement imbriqué dans le processus de production de la connaissance à la fois en amont et en aval.

Les découvertes sont le fait d’individus, mais elles s’inscrivent toujours dans une continuité et un environnement. Il n’y a pas de chercheur et encore moins de découvreur isolé et même certaines disciplines comme les mathématiques, plus solitaires, ne pourraient se passer de lieux d’échange et de partage. Ces constats nourris par de multiples références historiques[1](3) sont aujourd’hui plus que jamais d’actualité, s’agissant de la science moderne et contemporaine[2](3). Cette dernière est, le plus souvent, le fruit d’un travail collectif au sein d’une communauté de chercheurs travaillant en réseaux aujourd’hui transnationaux, réunissant des expertises techniques et cognitives pluridisciplinaires. Or ces réseaux reposent fondamentalement sur le partage d’informations et l’utilisation d’un langage et de concepts communs.

Les congrès scientifiques, revues, sites, mais aussi les grands équipements doivent être considérés aujourd’hui comme des « outils » incontournables de production et de validation de la Connaissance.

Sauf exception, un chercheur qui ne s’investit pas dans une démarche collective se trouve très vite décalé et isolé comme l’ont été les savants méconnus que décrit Laurent Lemire.

Dans un monde de plus en plus complexe, le chercheur ne peut s’enfermer dans sa tour d’ivoire et échapper au partage inhérent à ses obligations : expliquer, défendre une thèse, confronter ses résultats avec d’autres, échanger…

Parallèlement le chercheur doit aussi s’investir dans une démarche vers le citoyen qui devrait être valorisée dans sa carrière, au même titre que ses publications.


C3 (72)

La diffusion de la connaissance est indispensable à la mutation sociale

Dans le prolongement de l’analyse de la « crise/mutation », qui a été le point de départ du présent rapport nous partons du présupposé que l’utilisation de la connaissance peut être un levier de transformation. Transformation positive due aux progrès de la science mais aussi bouleversement et possibilité d’accroissement des inégalités.

La prise de conscience de ces potentialités ne peut se faire sans cette diffusion[3](5). A la lecture de l’histoire de savants méconnus, on mesure les conséquences tragiques du retard dans la compréhension de certaines découvertes.

Toutefois, les connaissances scientifiques doivent toujours être remises en contexte, que ce soit dans le temps mais aussi en prenant en compte les capacités de compréhension de ceux à qui elles sont communiquées.

Cela suppose un mode de diffusion qui rende cette connaissance accessible et utilisable non seulement aux pairs mais aussi aux décideurs politiques ou économiques et, bien entendu, aux citoyens.

Les premiers ont besoin des éléments pour mesurer les enjeux découlant de l’utilisation de cette connaissance. C’est le rôle de l’expertise des scientifiques qui est alors sous-jacente avec la mise en contexte de celui qui communique (d’où parle-t-il, quels sont ses conflits d’intérêt). La confiance en cette expertise (qui peut être individuelle ou collective) dépendra des modalités et condition de cette diffusion.

Quant au rapport au temps, il est essentiel pour la société : on ne peut engager la responsabilité de ceux qui ne savaient pas et ceux qui ont besoin des connaissances scientifiques doivent assurer une veille pour suivre l’évolution de celles-ci. On en déduira que la responsabilité de la diffusion relève à la fois de ceux qui savent mais aussi de ceux qui ont besoin de connaître l’état des connaissances à un instant donné.

Comme nous le verrons, la diffusion de la connaissance reste le préalable à la mobilisation la plus large pour trouver et mettre en œuvre des solutions nouvelles pour le besoin de la société.


C4 (73)

Les vecteurs de la diffusion de la connaissances

A partir du diagnostic posé plus haut autour du concept de « paradoxe contemporain » selon lequel la connaissance n’a jamais été aussi florissante et aussi contestée, il s’agit d’apprécier dans quelle mesure les connaissances sont aujourd’hui diffusées et par quels moyens.

Diffuser quoi ? Diffuser quand ? Diffuser par qui ? Ces questions se posent aussi bien pour les connaissances que l’on pourrait considérer comme acquises (à savoir reconnues par les pairs pour leur caractère scientifique), les recherches en cours de développement, et entre les deux, un certain domaine d’incertitudes. Le statut du diffuseur a aussi une incidence sur la réception de la connaissance.

Il faut évoquer, en premier lieu, les lieux fondamentaux de base que sont l’école et l’université. Toutefois tous ceux qui se sont impliqués dans l’enseignement savent les difficultés à communiquer clairement une connaissance scientifique. Tout dépend des méthodes et des moyens engagés, des techniques de pédagogie qui doivent évoluer en fonction du contexte culturel dans lequel se fait cette diffusion. Mais les résultats sont limités et inégaux. Avant même de diffuser les connaissances il faut sensibiliser à l’intérêt de cette diffusion et toucher un public qui vit une mutation culturelle fondamentale. Aujourd’hui, même si les milieux concernés ont conscience du problème, il faut essayer de comprendre les raisons du désintérêt pour les sciences dans une société qui vit dans l’instant (l’exemple des Twitt) et l’émotionnel. Comment intégrer un rapport à la connaissance dans ce type de contexte ?

On évoquera ici deux structures qui jouent un rôle stratégique et montrent leurs capacités et leur vitalité : la Fondation « la main à la pâte » a ouvert la voie de ces réflexions. Elle aide les professeurs à enseigner les sciences et les technologies à l’école primaire et au collège, en leur proposant des ressources pédagogiques et des actions de développement professionnel. L’association « les petits débrouillards » est un réseau national d‘éducation populaire « à la science et par la science ». Il se présente comme le premier réseau national d’éducation au développement durable.

La formation initiale et continue des enseignants reste un passage obligé mais ne suffit pas. Les expériences de dialogue entre les acteurs de la recherche et les jeunes ont toujours été fructueuses (carrefour des sciences, ateliers scientifiques etc.…). Ne faudrait-il pas leur accorder une place plus importante ?

L’application des connaissances issues de la recherche scientifique, c’est aussi la diffusion des connaissances et de leurs limites vers un large public. Cet objectif ne relevant pas seulement de l’humanisme idéal mais aussi de la nécessité d’être des citoyens éclairés. Là aussi les moyens classiques que sont la presse, la radio et la télévision peuvent être des vecteurs essentiels. Encore ne faut-il pas que les moments ou les contenus diffusés soient téléguidés par des impératifs d’audience ou de lectorat : toucher à un instant donné le public avec du sensationnel ou un sujet d’actualité. On mesure la difficulté d’avoir un suivi d’un sujet, une mise en contexte quand on voit le petit nombre d’émissions ou de dossiers dans la presse écrite non spécialisée qui vont un peu en profondeur tout en prenant garde d’être aussi pédagogique que possible.

Autres modes classiques de diffusion des connaissances, les Sociétés Savantes doivent rester des acteurs essentiels de cette diffusion. Leur statut leur permet de garder une grande indépendance par rapport aux jeux des lobbies qui peuvent avoir un intérêt à retarder ou à avancer la diffusion de certaines connaissances scientifiques. Elles ont aussi un rôle structurant à jouer pour permettre des débats approfondis et faire le point sur les controverses scientifiques. Pour remplir leur mission, dans le nouveau contexte de la Société de l’Information, il s’avère nécessaire qu’elles puissent faire évoluer les modes de diffusion et le cas échéant leurs missions au sein de la communauté scientifique et vers les publics potentiels. Faute de telles évolutions, les risques sont grands qu’elles deviennent très vite décalées et marginalisées.

Il faut ajouter à ce tableau les associations de malades qui se sont emparées de l’expertise pointue des soignants pour gérer une information accessible à tous, prendre des positions sur les traitements et infléchir certains thèmes de recherche fondamentale ou appliquée afin de mieux répondre aux demandes des malades.

Dans le même ordre d’idée, le partage des connaissances et l’implication des citoyens un peu spécialisés mais pas professionnels dans la recherche est devenue courante ; ainsi les chercheurs du Muséum d’Histoire naturelle s’appuient sur un réseau d’observateurs pour recenser les espèces qui ne sont pas dans leur catalogue

Enfin, aujourd’hui, les nouveaux médias issus de l’univers numérique (et en particulier internet) jouent un rôle essentiel dans la diffusion des connaissances quelques soient les destinataires ou même les diffuseurs.

Les chercheurs n’hésitent pas à utiliser les moteurs de recherche pour accéder à l’information. Ils utilisent aussi de nouveaux modes de communication comme les blogs pour défendre une idée où susciter le débat.

Toutefois, même si pour les scientifiques la toile est incontournable pour accéder à la connaissance (les validations par les pairs se font aujourd’hui par internet et les publications sont de plus en plus numériques) elle est le principal vecteur de diffusion de la connaissance (y compris la connaissance scientifique) pour les étudiants et le grand public.

Le recours aux moteurs de recherche fait partie du quotidien de chacun avec tous les risques inhérents à ce type de pratique : informations biaisées, limitées, non vérifiées…

On a aussi beaucoup critiqué WIKIPEDIA et le principe de l’encyclopédie collaborative. On lui reprochait l’absence de validation des connaissances et les risques de manipulation de l’information, l’incapacité de situer d’où s’exprime le rédacteur de la notice. Mais ces reproches, justifiés en partie, doivent être mis en balance avec toute la richesse qu’offre aujourd’hui ce site pour « entrer » dans un sujet.

Depuis plusieurs années des campagnes de numérisation systématique dans tous les champs de la connaissance ont permis de rendre accessibles des écrits nombreux qui restaient souvent confidentiels sous leur support papier (bibliothèques difficilement accessibles, etc…).

Toutefois on pourrait penser que ces bibliothèques numériques ouvertes à tous offrent un accès sans discrimination. Mais là encore, c’est oublier que pour accéder à la connaissance, il faut souvent des clés dont ne disposent que ceux qui ne savent pas poser des questions pertinentes.

Si l’on veut que les investissements importants pour réunir ce patrimoine numérique remplissent les objectifs d’ouverture de la culture et de la connaissance, il est indispensable d’investir dans des outils d’aide à l’interrogation et à la navigation sur les sites. Il faut développer une pédagogie de l’apprentissage, former au questionnement, pour que l’utilisateur puisse faire une sélection raisonnée parmi les masses d’informations à disposition.

Encore faut-il pour cela avoir à disposition les capacités techniques d’aller sur la toile (réseaux rapides, matériel ergonomique facile à utiliser) si l’on ne veut pas renforcer les inégalités entre ceux qui pourraient accéder et les autres.


C5 (76)

Quelques chiffres significatifs sur la diffusion contemporaine des connaissances

Pour compléter ces quelques réflexions sur la diffusion contemporaine des connaissances, on renverra à quelques chiffres significatifs concernant des sites susceptibles de fournir des connaissances et non pas uniquement une information. Ces chiffres, tout en devant être nuancés, permettent de mieux comprendre l’impact de ces nouveaux vecteurs contemporains par rapport aux anciens.

Tout d’abord, en 2012, WIKIPEDIA en français a reçu plus de vingt millions de visiteurs par mois soit 2, 4 millions par jour et 700 millions de pages vues[4](6).

En juin 2013, d’après Médiamétrie, ce site est le 6ème le plus visité en France après Google (38 millions de visiteurs par jour), Facebook (9, 8 millions par jour) et des sites de vidéos ou des opérateurs télécoms.

Autre exemple, le nombre de visites sur la bibliothèque numérique Gallica a été en 2012 de 10 856 907 en progression de 16% par rapport à 2011.

Plus significatif pour notre analyse, est la durée moyenne des visites sur le site (14 minutes) et le nombre moyen de pages consultées (25 pages).

Ces chiffres sont à comparer à l’évolution de la fréquentation des salles de lecture de la BNF qui en 2012 ont enregistrées 925000 entrées (salles d’étude et salles de recherche) soit dix fois moins que d’entrées numériques.

Les publications « papier » restent stables et même en légère augmentation. On relève en 2012, 644 000 titres disponibles. Malheureusement, si l’on dispose de quelques chiffres pour les bibliothèques numériques, les spécialistes eux-mêmes mettent en garde sur les statistiques de fréquentation des bibliothèques classiques[5](7).

De même, il est bien difficile de mesurer la capacité des récepteurs et l’usage qui est fait des connaissances accessibles : Tous les enseignants se sont heurtés au difficile problème de la mauvaise utilisation des informations collectées : copié-collé sans donner les sources, juxtaposition de données sans cohérence aucune.

Un apprentissage de l’utilisation des connaissances accessibles via le numérique est aujourd’hui un impératif absolu y compris dans les milieux universitaires. Un certain nombre de bibliothèques invitent leurs usagers à respecter un code de bonnes pratiques consistant à citer les auteurs des documents consultés et à indiquer les dates de parution ceux-ci. Ainsi les connaissances, quand elles sont reprises par les destinataires, sont remises dans le contexte de leur création ce qui permet de les comprendre et les interpréter sans risques de confusion ou d’erreurs.

Enfin on abordera à partir de quelques chiffres la question des « oubliés de la connaissance » au plan social comme au plan territorial, en France et dans le monde. En France, d’après l’observatoire des inégalités[6](7) en 2012, il semblait que les inégalités d’accès aux technologies de l’information se réduisaient nettement. Toutefois une grande partie des seniors et des catégories les moins favorisées demeureraient à l’écart. Si, dans ces mêmes statistiques, 54 % de ceux qui ont un diplôme inférieur au bac ont accès à internet (84 % de ceux qui ont un diplôme supérieur au bac), on manque d’informations sur la demande de connaissances (alors que l’on sait si ces accès à internet sont utilisés pour des démarches administratives, des téléchargements de films, la participation à des réseaux sociaux…).


C6 (76)


Quelques enjeux de la diffusion contemporaine de la connaissance

En France, la proportion de bacheliers sur une génération est passée de 3 % en 1945, à 25 % en 1975, pour atteindre 71,6 % en 2011. 120 000 étudiants sont titulaires du grade de par an (16 % de la classe d'âge), 187 000 licenciés (25 % de la classe d'âge). Ces chiffres à eux seuls montrent les enjeux que représentent aujourd’hui la connaissance tant sur le plan économique que politique. Ces bacheliers et étudiants ont bénéficié du transfert des connaissances et ils vont à leur tour utiliser et diffuser la connaissance acquise. Mais cette connaissance va, elle aussi, évoluer. Ils auront à réagir, à se former tout au long de leur vie. Ce seront eux les récepteurs privilégiés : comment répondre à cette demande ? Comment rendre possible une meilleure valorisation de l’argent investi alors qu’un grand nombre des étudiants diplômés sont au chômage où se tournent vers l’étranger pour transposer dans la vie active ce qu’ils ont appris ?

Parmi, ces étudiants, un tout petit nombre (par rapport au nombre d’une classe d’âge[7](9)) mais un grand nombre par rapport aux générations précédentes aura à produire de nouvelles connaissances. On renverra au rapport sur le doctorat du CSRT qui ouvre des pistes pour mieux valoriser ces docteurs et à travers eux leurs connaissances.

A partir de ce constat, on mesure aujourd’hui l’importance de ses nouvelles générations dans le partage et la diffusion de la connaissance. Ces nouvelles générations sont nées dans le contexte d’une société de l’information qui fonctionne avec de nouveaux modèles et de nouvelles possibilités : comment articuler ceux-ci avec les besoins vitaux de circulation et de valorisation des connaissances ? Quels risques peuvent présenter une valorisation et une circulation qui ne prendraient pas en compte ces nouveaux modèles ? Quelle part accorder dans ces modèles à certains « outils » qui ont joués leur rôle dans les systèmes antérieurs ? Tels sont, aujourd’hui, quelques-uns des enjeux et des risques que les politiques et les décideurs doivent prendre en compte dans le contexte de crise actuelle.

A partir de ce constat, on mesure aujourd’hui l’importance de ses nouvelles générations dans le partage et la diffusion de la connaissance. Ces nouvelles générations sont nées dans le contexte d’une société de l’information qui fonctionne avec de nouveaux modèles et de nouvelles possibilités : comment articuler ceux-ci avec les besoins vitaux de circulation et de valorisation des connaissances ? Quels risques peuvent présenter une valorisation et une circulation qui ne prendraient pas en compte ces nouveaux modèles ? Quelle part accorder dans ces modèles à certains « outils » qui ont joués leur rôle dans les systèmes antérieurs ? Tels sont, aujourd’hui, quelques-uns des enjeux et des risques que les politiques et les décideurs doivent prendre en compte dans le contexte de crise actuelle.

On développera ici, quelques-unes des facettes de la problématique du partage des connaissances en nous interrogeant en premier lieu sur la finalité du partage des connaissances. En second lieu, ce sont les possibles conditions – voir encadrements – de ce partage qui seront abordées.


C6a (78)

Pourquoi partager la connaissance ?

Pour plus de puissance économique ? Pour plus de participation collective et de démocratie ?

Par souci de justice de faire partager à l’humanité entière la connaissance ?

La question n’est pas ici de choisir l’une de ces finalités mais de voir leurs divergences et leurs complémentarités dans l’analyse de la problématique du partage de la connaissance.

Dans sa composante planétaire (partage Nord Sud)
Cette question n’est pas nouvelle et les organisations internationales ont, depuis longtemps, pris conscience de la nécessité de créer des conditions particulières pour faciliter l’accès à la connaissance (voir les textes de l’OMPI – Organisation mondiale de la propriété intellectuelle ; voir aussi les codes de bonnes pratiques de la recherche dans les pays en développement).
Mais ce serait trop simple de faire une distinction entre pays du nord et du pays du sud.
On a vu arriver une autre catégorie de pays dit émergents qui aujourd’hui sont en pointe dans la recherche internationale – entre autre grâce à leur capacité de valoriser le transfert des connaissances dont ils ont pu bénéficier.
Partager, c’est aussi diminuer les disparités avec les conséquences liées à l’immigration
De même il sera utile de présenter les risques issus de la domination de l’univers numérique par quelques groupes mondiaux et qui pourraient conduire à une « privatisation de la connaissance », à l’opposé exacte d’une utilisation collective d’un outil de progrès.
du point de vue économique (avec la « valeur » de la connaissance et sa rémunération) 
L’application des connaissances issues de la recherche et le développement d’innovations scientifiques doivent être favorisés par les politiques publiques. Dans ce cadre, de nombreuses actions ont été mises en oeuvre, leurs efficacités doivent être évaluées et optimisées, notamment par la simplification des processus de transfert de technologie. La création de valeur via des partenariats avec des entreprises (startup ou autre) est devenue une priorité de développement économique, et ces mesures doivent être amplifiées. (voir le rapport du CSRT sur le CIR)
du point de vue sociétal 
comment apprécier l’impact des mutations de la connaissance sur la société ? La science n’est-elle qu’une construction sociale ou la recherche de vérité objective ? les menaces du relativisme et de l’obscurantisme.
  • Comme dans le cas du médicament, c’est au niveau de l’utilisation des innovations par la société que doivent se placer les débats sur les bénéfices/risques et les enjeux sociétaux. Dans nos sociétés ou l’information est facilement accessible, ces débats ne doivent plus se faire uniquement avec des experts (parfois auto désignés) ou des groupes d’intérêt divers.
  • Idem pour tous les produits dangereux

C6b (79)


Les freins à la diffusion et la transmission de la connaissance

  • la médiatisation à la fois trop rapide, insuffisante et incertaine des découvertes scientifiques
  • les insuffisances de la culture scientifique à la fois dans le dispositif institutionnel et dans l’absence de l’épistémologie dans la recherche et surtout dans les programmes scolaires
  • les blocages résultent d’un double décalage : un décalage temporel entre le développement effectif de l’innovation et le débat, qui arrive trop tard, et un décalage politique entre un principe de démocratie participative bien intériorisé dans nos sociétés et des prises de décision qui semblent s’affranchir de concertation.
  • l’absence de véritable culture scientifique chez les décideurs économiques et politiques
  • quelle place pour les communicants ?

C6c (79)


Partage et crise de confiance dans la science

Le partage implique une capacité de celui qui reçoit à accepter cette mise en commun. On a pu dans le cadre des derniers débats publics voir émerger une véritable crise de confiance dans la science et la question de l’acceptabilité de la science est aujourd’hui cruciale : comment définir une nouvelle régulation fondatrice de cette confiance nécessaire à un partage et une diffusion constructifs ?

Si les scientifiques bénéficient d’un autre degré de confiance en tant que figure de société, se développe parallèlement une crise de confiance dans la science et la technologie, comme le montrent les enquêtes et la diminution des vocations scientifiques chez les jeunes. En effet, la confiance du corps social s’est fondée pendant une grande partie du 20e siècle sur l’idée que la science conduisait au Progrès, contribuant ainsi au bonheur. L’association étroite de ces concepts philosophiques, alors considérée comme indissolubles, est aujourd’hui en discussion. La relation de la science à la société et désormais à l’économie et à la guerre demande à être revisitée, d’autant que la conscience d’appartenir à une planète précieuse et fragile où la démographie progresse vite, s’est fait jour sans retour.

Dans les dernières décades, cela a conduit soit à construire un appareil de communication institutionnel, que ce soit Universciences[8](10), ou les institutions de recherche elles-mêmes. Cependant, on assiste de façon croissante à une radicalisation des positions dans le débat public sur les enjeux des sciences et des techniques, allant dans certains cas jusqu’au refus du débat (nanotechnologies, biologie de synthèse, …). Cette situation est préoccupante, car le blocage du débat ne favorise pas une politique scientifique et technique adaptée ni une société suffisamment humble devant les nombreux défis à relever. Est-il encore possible de débattre de manière démocratique sur les choix scientifiques et techniques ? Faut-il une manière de débattre spécifique à cet enjeu ? Y-a-t-il des façons efficaces de le faire ?


C7 (80)

Partage des connaissances et propriété intellectuelle

On ne transmet pas l’information ou la connaissance comme un bien matériel. Cette affirmation reste d’actualité ! Mais qui dit bien peut penser réservation privative ? Quelle est la fonction des mécanismes de réservation privative dans le partage des connaissances ? Ceux-ci ont-ils encore leur place ? La connaissance, pour beaucoup, ne fait-elle pas partie du patrimoine commun ?

Même si certains courants libéraux continuent à remettre en cause des principes comme la libre circulation des idées, notre époque est aussi marquée par une demande très forte de mise en commun et de libre partage de l’information y compris l’information sur la connaissance. Ces demandes s’expriment dans les milieux scientifiques mais aussi dans la société. Cela ne veut pas dire que cette mise en commun ne soit pas compatible avec quelques-uns des fondements de la propriété intellectuelle ?

La réservation privative est aussi un mécanisme d’encouragement pour valoriser et diffuser, même si elle a été souvent mal comprise et utilisée pour d’autres finalités ou encore détournée de la finalité première (le droit d’auteur était à l’origine le droit des éditeurs pour encourager les publications, il reste un droit des auteurs pour encourager la création et faire reconnaître la paternité et l’intégrité de l’œuvre ; le titulaire du brevet a des obligations d’exploiter et de faire connaître le contenu du brevet).

Rappelons que la connaissance n’est jamais spontanée ! Elle se « produit » en tenant compte des travaux antérieurs (voir supra).


Recommandations X du Conseil

Concernant la diffusion de la connaissance et du patrimoine numérique, le CSRT recommande :

  • Développer une pédagogie de l’apprentissage au questionnement et des outils d’aide à l’interrogation et à la navigation sur les sites
  • Encourager le développement de codes de bonnes pratiques reprenant les règles fondamentales (citer ses sources, les dater, être attentif au respect de la vie privée en cas de traitement de données personnelles….)


Voir aussi

Notes de bas de page

la numérotation est décalée de 2 par rapport à l'original

  1. (3) Voir l’histoire des prix Nobel
  2. (4) On citera comme exemple les prix Nobel et médailles d’or du CNRS qui récompensent à la fois un homme et une équipe.
  3. (5) Là encore, on pourra évoquer en contre-exemple quelques cas de découvertes qui n’ont pas été reconnues faute de diffusion, avec un retard dans la prise en compte réelle de ces découvertes. Il s’agit du thème des « savants méconnus »
  4. (6) Statistiques données sur le site WIKIPEDIA http://fr.wikipedia.org/wiki/
  5. (7) Bruno Maresca Les enquêtes de fréquentation des bibliothèques publiques : À quelle méthodologie s'en remettre ? BBF 2006 - t. 51, n° 6 </span>
  6. (8) http://www.inegalites.fr/
    Voir aussi l’étude du Crédoc « La diffusion des technologies de l’information et de la communication dans la société française (2011) » sur le site de l’Autorité de régulation des communications électroniques et des postes.
  7. (9) Le nombre de docteurs serait inférieur à 2% d’une classe d’âge.
  8. (10) Organisme né de la fusion de la Cité des sciences et de l’industrie et du Palais de la découverte </span>
  9. </ol>