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Les nouvelles frontières de la connaissance (2014) CSRT, partie 2, section A

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LES NOUVELLES FRONTIERES DE LA CONNAISSANCE
FACE A LA CRISE

Partie 2 : La production de connaissance
Le dispositif actuel de production de la connaissance
 

Cette page introduit la première section (A) de la deuxième partie du rapport « Les nouvelles frontières de la connaissance» rédigé en 2014 par le Conseil supérieur de la recherche et de la technologie (CSRT)

 
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Le dispositif actuel de production de la connaissance

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L'état global de la connaissance

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Une production massive sans précédent

C’est l’une des caractéristiques de notre époque. Elle est soulignée par de multiples articles et colloques. Elle est illustrée par quelques chiffres qui parlent d’eux-mêmes. Selon Victor MAYER-SCHÖNBERGER, professeur à l’Institut Internet de l’Université d’Oxford, « chacun de nous dispose de 320 fois plus d’informations que jadis la bibliothèque d’Alexandrie ». La quantité d’informations disponibles en Europe, qui avait doublé en 50 ans au XVI° siècle après Gutenberg, double maintenant tous les trois ans. Cette explosion du savoir peut être quantifiée par le nombre des articles contenus dans les encyclopédies. La Grande Encyclopédie de Diderot et D'Alembert en comptait 72 000, la Britannica 228 000, Wikipédia en français 1 400 000 et en anglais 4 300 000.

Cette explosion résulte pour une grande part, au cours des dernières décennies, de la révolution numérique qui bouleverse le paysage mondial et affecte 98% des informations accessibles, contre 25% seulement en 2000. Cette croissance vertigineuse résulte de la conjonction de plusieurs facteurs qui structurent l’univers numérique : la puissance de calcul qui double tous les 18 mois selon la « loi de Moore », l’efficacité des algorithmes qui a augmenté de 100 fois en 20 ans, et l’effondrement du prix de stockage de masse qui s’ajoutent à la création de centres de calcul de grande puissance, de réseaux supportant des transferts volumineux, de « fermes de données » gigantesques.

Les brevets ne constituent pas l’indicateur le plus fiable de la production de connaissance. Ils ne concernent qu’une partie de celle-ci. Ils donnent cependant une idée de l’évolution de cette production. On retiendra qu’en 20 ans, de 1985 à 2005, les demandes de brevets ont évolué de 900 000 à 1,6M, avec un taux moyen de croissance annuelle de 4,7%, comparable à la croissance économique mondiale. En 2005 le monde comptait 5,6M de brevets actifs. Même si le nombre de brevets délivrés est inférieur aux demandes (600 000 en 2005) la tendance générale est claire: la production de connaissance dans le monde est très forte.

Les publications scientifiques sont un second indicateur de l’activité de production de connaissance, il est vrai dans le cadre d’une approche statistique classique. Un inventaire des articles publiés en science ou ingénierie dans les revues scientifiques couvertes par le « Science Citation Index » et le «Social Science Citation Index » indique que dans le monde le nombre d’articles a connu une progression globale de 60% en 6 ans. Les chiffres, même anciens, confirment indirectement la progression massive de production de connaissance. Cette "élite des contributions" connaît une progression de 50% tous les 16 ans.

Le rapport mondial 2012 de l’éducation de l’Unesco résume et confirme la consolidation de la connaissance au travers de l’accès à l’enseignement supérieur : « le taux d’accès à l’enseignement supérieur progresse partout dans le monde ». Il atteint « 29% des jeunes en âge d’être scolarisés dans le monde en 2010, contre 18% en 1999. Ce taux progresse partout, dans les pays riches (de 56 à 73% entre 1999 et 2010) mais aussi dans les pays en voie de développement (de 11 à 22%) »

De 2000 à 2015 le nombre d’étudiants va passer de 100 à 180 Millions soit un rythme de progression bien supérieur à celui de la population globale.


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L'accélération du temps de production

Sans prétendre faire même un survol de l'histoire de la production des connaissances, la démarche de caractérisation du système actuel impose d'identifier cette accélération du temps comme l'une des caractéristiques de la connaissance contemporaine. Celle-ci doit être appréciée à l'aulne des grands repères de l'histoire de l'humanité avec l'invention de l'agriculture, de l'écriture, de la métallurgie etc. Le pas de temps nécessaire à chaque est passé de centaines de milliers d'années à quelques milliers, puis centaines, puis dizaines. Il est aujourd'hui, dans certains secteurs de la connaissance, de quelques années, voire quelques mois.

Cette accélération vaut pour l'ensemble des disciplines scientifiques. Nous l'illustrerons ici par la multiplication des découvertes récentes en astronomie, avec les exo-planètes dont l'existence n'a été reconnue qu'en 1996, dont le nombre est maintenant est estimé à 60 milliards pour la seule voie lactée. Dans le secteur de la recherche fondamentale sur la matière, en quelques décennies on est passé d'une approche considérée aujourd'hui comme basique à l'inventaire complet des particules élémentaires achevé par l'identification du boson de Higgs en Juillet 2012. Quant au secteur des sciences appliquées, le temps s'emballe littéralement, singulièrement en microélectronique, avec la vérification de la loi de Moore édictée en 1962 et qui prévoyait un doublement de la puissance de calcul des microprocesseurs tous les 18 mois.

La courbe d'évolution de production des connaissances est identique à celles qui peuvent caractériser l'Histoire : démographie, production, transports etc...Cette similitude marque l'interaction évidente de la connaissance et de la société, sur laquelle il n'est pas nécessaire d'insister. Elle souligne l'importance de la question des causes de l'emballement des connaissances. On peut y voir un effet cumulatif des avancées antérieures de la science, notamment dans les disciplines fondamentales. Ce qui a été construit depuis le XIX° siècle constitue les fondations d'une science contemporaine qui s'élève d'autant plus rapidement que ces fondations sont solides, même si, par nature, elles sont en permanence remises en cause et dépassées. Ce sont les ruptures fondamentales de la connaissance issues des travaux du passé qui expliquent la rapidité des découvertes actuelles. Plus concrètement, la production de connaissances s'appuie aujourd'hui sur des outils d'une redoutable efficacité, qu'ils soient conceptuels, avec les modèles mathématiques, ou matériels avec les technologies issues du décryptage génomique ou la puissance des calculateurs amplifiée par la capacité de transfert des informations par les réseaux. Observation, analyse, conceptualisation, vérification par la confrontation : les grandes étapes de la production de connaissance ont aujourd'hui des moyens sans précédents historiques qui expliquent l'accélération actuelle.


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Une nouvelle géographie de la connaissance

Depuis le XIX° siècle, la répartition géographique de la connaissance a été marquée par la domination occidentale. Les grandes découvertes scientifiques ont été principalement le fait de la Grande Bretagne, de la France, de l’Allemagne et de l’Italie. Puis le relais a été pris par les Etats Unis dès la fin du XIX° siècle, alors que le XX° siècle était marqué par l’hégémonie nord-américaine.

La répartition de cette production est illustrée au travers de l’attribution des prix Nobel.

On retiendra également l’indicateur des publications des articles dans les revues scientifiques pour apprécier la nouvelle géographie du savoir. Les Etats Unis ont consolidé leur hégémonie avec 839 articles en 1988 et 987 en 2002, soit une progression de 17% alors que l’Europe de l’Ouest plafonnait à un peu plus de 300 publications et que l’Asie de l’Est passait de 220 à 379, avec une progression de 50%.

Par ailleurs l’analyse de la nature des demandes de brevet montre une progression sensible des dépôts de non-résidents, traduisant une internationalisation croissante de la production.

Les statistiques sur l’évolution du taux d’accès à l’enseignement supérieur par aire géographique traduit des évolutions significatives de la géographie de la connaissance. Si toutes les régions du monde enregistrent une forte progression au cours des dernières décennies, des différences sensibles apparaissent. Ainsi, entre 1999 et 2010, le taux d’accès à l’enseignement supérieur qui a progressé de 18% à 29% au cours de la période, est passé de 56 à 73% dans les pays développés, de 11 à 22% dans les pays en développement et de 41 à 58% dans les pays en transition. Si l’Europe et l’Amérique du Nord consolident leur position dominante, les plus fortes dynamiques sont ailleurs, en Asie de l’Est et du Sud, qui ont doublé leur taux d’accès, de même que l’Amérique latine.

La répartition du nombre des chercheurs et leur évolution consolident le constat. Les pays riches de l’OCDE, avec 3 500 000 chercheurs en 2004 dominent le monde. La Chine, à cette date, en comptait moins de I million. Mais la dynamique est incontestablement orientale : le nombre de chercheurs pour 1000 emplois a progressé de 50% en Chine entre 1995 et 2004, 40% en Corée, 27% à Taïwan, contre 18% dans l’ensemble des pays de l’OCDE…

Ces chiffres sont à l’image des données économiques générales qui, depuis deux décennies, illustrent la mise en place d’un monde multipolaire. Si l’on accepte l’idée que la maîtrise de la connaissance est l’un des leviers de l’économie future, la dynamique de certaines régions préfigure ce que sera le monde demain.


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Les producteurs de la connaissance

Les producteurs modernes de connaissance sont donc de plus en plus nombreux. Ils sont aussi de plus en plus différenciés. A la différence des savants de l’antiquité et des temps modernes, ce sont moins des individus que des équipes. Le temps ou Cassini décrivait le savant comme une personne seule, isolée dans la chambre noire de son cabinet, est révolu. Ce modèle du chercheur individuel n’a sans doute jamais été le reflet de la réalité, même s’il a été relayé par l’historiographie des sciences. La recherche est par nature le produit de son temps, le fruit de l’Histoire même si celle-ci a retenu quelques personnalités phares pour jalonner la marche de l’humanité sur le chemin de la connaissance. Cependant il est vrai que jusqu’à l’époque contemporaine le savant seul face à ses champs d’investigation, ses dossiers et ses instruments, correspondait à une certaine pratique de la production de connaissance. L’époque contemporaine, avec l’approfondissement et la complexification des connaissances, avec la dépendance croissante de la recherche à la maîtrise d’instruments, avec la nécessité de consacrer des moyens croissants à la production de découvertes, a changé la donne. Le chercheur travaille au sein d’équipe, est intégré à des réseaux, est soutenu par des structures de plus en plus lourdes. La production de connaissance est maintenant le fait d’individus intégrés dans du collectif.

La caractéristique contemporaine des instruments de production de connaissance est leur diversité. On retrouve dans l’ensemble du monde quelques types caractéristiques : les universités, bien entendu, mais aussi les agences, les centres et instituts généralistes ou spécifiques, les laboratoires particuliers…Le tout intégré dans des dispositifs administratifs et financiers nationaux et transnationaux, chargés de définir, mettre en oeuvre et piloter les grandes politiques stratégiques de recherche, que ce soit dans un cadre privé, public ou mixte. S’ajoute à ce paysage institutionnel « classique » la participation à la production de connaissance d’individus et, de plus en plus de collectifs associatifs. De ce point de vue il serait intéressant de souligner la production conjointe de la connaissance par des scientifiques professionnels et des citoyens au sein de partenariats originaux comme ceux qui sont portés par le Muséum d’Histoire Naturelle de Paris dans l’observation de la biodiversité. On pourra aussi évoquer les plateformes ouvertes d’innovation suivies par le CNAM ou les productions « open » du secteur de l’informatique. La structuration du dispositif de connaissance se complexifie encore avec la prise en compte des diversités de chaque Etat, la nature de la recherche cognitive ou finalisée, les particularités disciplinaires, le pilotage public ou privé…

Il n’entre pas dans le champ du présent rapport de dresser un tableau exhaustif du système de production de connaissance. Nous retiendrons simplement que les différents types d’organisation se retrouvent, sous des formes comparables, dans la plupart des pays, avec des mix particuliers, que le système est complexe, peu transparent, résulte d’initiatives qui sont le fruit de l’histoire, et qu’il n’est pas forcément optimisé pour répondre aux enjeux de l’époque.


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Le moteur et les moyens de la connaissance

Cette connaissance massive, généralisée à la presque totalité de la planète, au renouvellement accéléré, a deux moteurs essentiels : la curiosité humaine et l'appétit des économies. Il s'agit là encore, à l'échelle de l'histoire humaine, d'une nouveauté. Pendant des millénaires la connaissance était étroitement liée aux préoccupations religieuses, voire asservie aux croyances. Aujourd'hui science et religion appartiennent à des domaines différents, théoriquement sans interférences ni antagonismes. Demeure la soif de connaître, au-delà des limites des besoins immédiats, qui semble être l'une des caractéristiques de l'espèce humaine. C'est le premier moteur. Le second vient de l'économie. La logique globale de l'économie de nos sociétés est le profit et la croissance. Ce n'est pas une référence éthique, c'est un constat. Il en découle que la machine économique, à la fois pour répondre aux besoins du marché pour générer de l’activité, de l’emploi et du profit, demande au système de recherche de nouveaux outils permettant aux entreprises de gagner en efficacité concurrentielle. Bien entendu, ce constat ne vaut pas approbation sans réserve. Il renvoie à la lourde question de l'asservissement de la connaissance aux impératifs financiers, dont l'horizon est par nature le court ou moyen terme, alors que la connaissance, singulièrement fondamentale, s'inscrit dans une perspective qui ne peut être limitée aux attentes sociétales et financières et tente d'approcher la vérité. On mesure ici que les moteurs de la recherche cognitive ne sont pas forcément les mêmes que ceux de la recherche appliquée. C'est là une démarcation fondamentale qui pourrait être un des marqueurs des politiques de recherche.


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Le pilotage de la connaissance

Progressivement, à partir du XVI° siècle, la production de connaissance a fait l'objet d'une prise en compte croissante par les pouvoirs publics, conscients qu'elle constituait un moyen de consolidation de leur puissance. On évoquera donc pour mémoire Henri le Navigateur, les Rois Catholiques, Elisabeth Ière et Louis XV dans leur soutien à la découverte de la planète par le financement de grandes expéditions. Le siècle des lumières avec la diffusion de la philosophie du progrès poursuivit ce mouvement de prise en compte par la société de la place de la connaissance. Le XIX° siècle consolida l'orientation nouvelle mais c'est surtout au XX° siècle que les grands états modernes intégrèrent la production de connaissance dans leur stratégie globale. De ce point de vue la crise des années trente et les décennies qui ont suivi la seconde guerre mondiale ont illustré la progression sensible du pilotage de la recherche par les politiques. La mise en place d'une économie dirigée dans le bloc soviétique, présentée comme exemplaire d'efficacité contribua aussi à la diffusion de l'idée des politiques collectives de recherche. La mobilisation de la communauté scientifique autour de la création de l'arme nucléaire par le gouvernement américain en est une bonne illustration. La création du CNRS et le Plan Langevin Wallon en France participèrent aussi de cette approche et se poursuivit au début de la V° République par le volontarisme revendiqué par le Général De Gaulle. Le basculement libéral des années soixante-dix ne remis pas en cause radicalement cette orientation comme en témoigne l'initiative Nano de Bill Clinton qui renoua avec l'esprit de nouvelle frontière de JF Kennedy ouvrant la porte des Etats-Unis à la conquête spatiale ou les engagements pris par François Mitterrand au début de son premier septennat. On ne peut ignorer le rôle du politique dans le développement des outils de la connaissance dans quelques pays de l'Asie du Sud-Est, et singulièrement la Chine, mais aussi le Japon, la Corée, Singapour ou Taïwan.

Si les Etats ont donc pris la mesure de l'enjeu de la connaissance et l'ont accompagné, les entreprises ont parfois su dépasser le cadre naturel de la concurrence et du profit immédiat par des actions collectives de cadrage de certaines filières. C'est en particulier le cas du secteur, essentiel dans l'économie contemporaine, de la microélectronique. L'ensemble de la filière, par des rendez-vous réguliers, a mis en place depuis une vingtaine d'années la procédure de la « road map » qui a permis d'atteindre les objectifs de croissance de la puissance des micro processeurs définis par Gordon Moore. Dans le domaine des sciences de la vie on peut considérer que des challenges collectifs comme le décryptage du génome humain, le cancer, le sida et, actuellement, des programmes sur le cerveau sont des accélérateurs de connaissance. Il en va de même des congrès scientifiques qui sont à la fois l'occasion de partager le savoir, de mobiliser les acteurs et de définir des objectifs, même de façon informelle ou implicite.

On retiendra de ce survol évidemment incomplet et lacunaire l'idée d'une implication collective croissante des acteurs de la production de connaissance, qu'ils soient publics et privés au travers d'outils de pilotage divers qu'il s'agisse d'orientations stratégiques globales, de programmes spécifiques, ou de congrès, permettant de renforcer l’efficacité globale du système de production de la connaissance. Il serait du plus grand intérêt que les sciences humaines et sociales, dans la diversité de leur approche, à la fois dans la dimension historique mais aussi dans la compréhension des mécanismes de production, s'impliquent dans la description raisonnée des dispositifs collectifs afin de donner aux responsables et aux citoyens les moyens d'éclairer leurs décisions.


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Les outils de la connaissance

La production de connaissance n'est pas déconnectée des moyens mis à sa disposition. On s'attachera à évoquer la réalité et l'évolution des moyens humains et des moyens financiers. Nous illustrerons ici l'évidence : si la connaissance progresse, c'est en grande partie en raison de l'augmentation des moyens dont elle dispose, encore une fois sans précédent historique.

Les moyens humains
S'agissant des moyens humains, déjà évoqués plus haut, il convient de garder à l'esprit cette référence majeure : l'humanité compte aujourd'hui plus de savants vivants qu'elle n'en a jamais dénombrés dans toute l'histoire. Plus précisément, et pour la période qui nous concerne, selon l'Unesco « En hausse au niveau mondial, le nombre de chercheurs a augmenté de 56% dans les pays en développement entre 2002 et 2007... En comparaison le nombre n'a progressé que de 8,6% dans les pays développés. » « En cinq ans le nombre de chercheurs a sensiblement augmenté : il est passé de 5,8 à 7,1 millions. » « Cette augmentation profite d'abord aux pays en voie de développement : on y comptait en effet 2,7M de chercheurs en 2007 contre 1,8M cinq ans auparavant...C'est en Asie que la hausse est la plus significative puisque la part de ce continent est désormais de 41,4% contre 35,7% en 2002. »
Les moyens financiers
Ces chiffres sont suffisamment significatifs. Ils relaient les informations données plus haut et convergent avec l'estimation des moyens financiers. L'Unesco fait une synthèse qui va à l'essentiel. « les investissements en Recherche et Développement progressent. Globalement, le pourcentage de PIB consacré à la R & D a augmenté significativement dans la plupart des pays. En 2007, 1,74% du PIB (mondial) étaient consacrés à ce poste (1,71% en 2002).Si la plupart des pays en développement investissent moins de 1% de leur PIB en R & D, il existe des exceptions telle que la Chine (1,5%) et la Tunisie (1%). » Derrière ces chiffres globaux la répartition des moyens financiers demeure fondamentalement inégale : « l'Union Européenne, les Etats-Unis et le Japon représentent en effet presque 70% de ces dépenses (de R & D) » Il est vrai que de nouvelles dynamiques s'installent dans certains pays. Ainsi la Chine , selon l'étude de Martin Schaaper de l'Unesco, a prévu de consacrer 2,5 % de son PIB à la recherche et au développement d'ici 2020 alors que l'Europe qui avait affiché un grand volontarisme dans sa stratégie de Lisbonne, avec 3% en 2010, n'atteindra pas son objectif puisque son taux est passé de 1,76% à 1,78% entre 2002 et 2007. La comparaison des objectifs et des résultats annonce bien un monde multipolaire de la connaissance, identifié déjà par d'autres paramètres. On laissera à l'auteur de l'étude de l'Unesco le soin de résumer la situation : « Ces résultats témoignent de l'importance croissante accordée à l'innovation par de très nombreux pays. Les responsables politiques semblent être de plus en plus conscients que l'innovation est un élément clé de la croissance économique ». On peut rejoindre cette analyse en soulignant que ce qui est vrai pour l'innovation l'est aussi pour l'ensemble de la connaissance.
L'origine des moyens financiers est variable selon les pays, leur structure économique et l'organisation de leurs pouvoirs publics. Dans l'ensemble des pays de l'OCDE le financement est largement assuré par des concours privés, à hauteur de près de 62% en 2006. Mais il monte à 63% aux Etats-Unis, et même 75% en Corée et au Japon alors qu'il est de 50% en France et même 43% en Italie et au Royaume Uni, avec une moyenne de 50% en Europe. Au-delà d'un soutien financier global important et croissant à la recherche, les modalités du financement sont donc variées mais l'engagement public reste toujours significatif, voire dominant, ce qui exprime la reconnaissance de l'intérêt général des efforts de recherche.

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Les instruments de la connaissance

La production de connaissance, en tout cas dans les temps modernes, a toujours été liée aux développements technologiques de l'instrumentation comme l'enseigne l'histoire des sciences. Cette dépendance semble augmenter considérablement dans la science contemporaine où la part du « bricolage » se réduit face à l'impact d'outils de recherche de plus en plus puissants mais aussi très divers.

Les équipements lourds ont joué ces dernières années un rôle déterminant dans des découvertes majeures, en particulier dans le domaine des sciences de l'univers et de la matière. On citera les télescopes spatiaux Hubble ou Planck, des télescopes terrestres isolés ou groupés en interféromètres géants, l’accélérateur du CERN… Ces grands équipements de recherche, portés financièrement par des coopérations transnationales, animés et exploités par l'ensemble de la communauté scientifique mondiale, ont permis à la recherche de progresser ces derniers temps à pas de géants.

La seconde caractéristique des outils actuels de la recherche c'est l'augmentation des performances des instruments de mesure, d'analyse et d'imagerie qui fournissent aux chercheurs des informations de plus en plus fines, de plus en plus précises de plus en plus rapides, avec des coûts de production de plus en plus faibles. Ce constat s'applique aux instruments des sciences de la matière comme à ceux des sciences de la vie.

Simultanément, le traitement et l'interprétation de données produites massivement ont été considérablement facilités par l'ensemble des technologies de l'univers de TIC, au travers des nouvelles offres de calcul massif, de stockage et de partage des informations. Ajoutons que les avancées les plus récentes de ces outils numériques, en particulier par les progrès des logiciels, permettent de les utiliser comme des assistants à la conceptualisation des découvertes.

Au total, des instruments plus puissants et performants qui explorent toujours plus loin les profondeurs de l'univers, de la matière et de la vie, avec des vitesses d'exécution de plus en plus rapides, à des coûts unitaires qui s'effondrent : les outils dont disposent aujourd'hui les chercheurs sont l'un des piliers de la connaissance contemporaine.