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Les nouvelles frontières de la connaissance (2014) CSRT, partie 1, section A

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LES NOUVELLES FRONTIERES DE LA CONNAISSANCE
FACE A LA CRISE

Partie 1 : Le contexte crise et connaissance
Le contexte : plus qu'une crise, une mutation
 

Cette page introduit la première section de la première partie du rapport « Les nouvelles frontières de la connaissance» rédigé en 2014 par le Conseil supérieur de la recherche et de la technologie (CSRT)

 
A (15)


Le contexte : plus qu'une crise, une mutation

Il ne peut être question de nier la réalité de ce que l'on appelle « la crise » et dont chaque citoyen, directement ou non, mesure les effets. Le CSRT, dans le cadre de sa mission, appelé à débattre en priorité sur les questions relatives au monde de la recherche et de l'enseignement supérieur, entend inscrire sa réflexion dans une vision radicalement revisitée du contexte.


A1 (15)

Une vision restrictive de la crise

Le monde, et singulièrement les vieux pays industriels, vit depuis deux décennies sur une analyse erronée de la période. Cette vision est issue de la pensée économique dominante. Elle limite -ou privilégie à l'excès- la lecture de la crise à sa dimension financière.

Cette approche, issue au départ d'une « simple » école économique, celle de Chicago, a conquis les dirigeants économiques et politiques de la plus grande partie du monde et est aujourd'hui la référence idéologique dominante, relayée par des médias eux-mêmes pénétrés par cette pensée unique. Il serait d’ailleurs intellectuellement intéressant et socialement utile que la communauté des sciences humaines travaille sur ce cas d’école qui illustre l’intervention de l’idéologie dans le cours de l’histoire dans le contexte contemporain en rapprochant les mécanismes de prise de pouvoir actuels d’exemples antérieurs.

On commence à mesurer aujourd'hui les effets calamiteux de cette vision restrictive de la crise dont l'approche est dominée par la logique et les impératifs de la finance. Cette approche, qui privilégie le court terme, génère des comportements individuels et collectifs inhibiteurs. Ceux-ci bloquent toute capacité d'invention ou d'adaptation, développent le sentiment paralysant de la peur du lendemain, et donc conduisent finalement la société à s'enfermer dans une attitude contraire à ses propres intérêts.

Cette vision de la crise, qui demeure encore la clef de lecture des décideurs, est cependant mise en question. Non seulement par une poignée de militants alternatifs isolés mais par des intellectuels qui n'hésitent pas à contester cette approche confinée et sclérosante. On citera par exemple Jean Claude GUILLEBAUD et Michel SERRES parmi les porteurs les plus connus de cette nouvelle approche. On doit se féliciter de l’explosion éditoriale d’ouvrages et d’articles qui s’inscrivent dans la contestation radicale d’une vision réductrice à la fois fausse et dangereuse de la réalité contemporaine et qui appellent au retour de la confiance dans l’avenir par l’action.


A2 (15)

La réalité des mutations

La crise n'est donc pas seulement financière. Plus exactement la crise n'est que la traduction de la difficulté voire de l'incapacité de notre époque à s'adapter à des mutations plus profondes que les simples fluctuations boursières. La crise n'est que le résultat de ces grandes mutations ignorées et mal utilisées. Celles-ci doivent donc être identifiées, analysées dans leur fonctionnement comme dans leurs conséquences. C'est à cette condition que notre société sortira du tunnel intellectuel et moral dans lequel elle s'est enfermée et qui débouche sur une impasse. Elle trouvera dans le passé de multiples exemples prouvant la pertinence de cette approche large de l'impact des grandes mutations qui constituent en effet l'un des principaux moteurs de l'histoire.

Les fondamentaux de cette nouvelle lecture de la crise étant posés, il n'est pas nécessaire d'entrer dans le détail de l'analyse des grandes mutations qui structurent l'époque actuelle et qui sont décrits depuis une quinzaine d'années. On se contentera de survoler chacune de ces mutations à grands traits dans un ordre qui n'est nullement hiérarchique.


A2a (16)

L’hégémonie financière

Même si l'on conteste l'imperium excessif accordé à la crise financière et ses conséquences économiques, on ne peut ignorer les mutations qui affectent l'économie mondiale, à partir des principes énoncés par l'école de Chicago dans les années soixante-dix. La mise en œuvre des principes de l'économie libérale au détriment des instruments de régulation installés au lendemain du second conflit mondial a façonné un nouveau type de capitalisme activé par le double moteur de la libéralisation des échanges internationaux et de la financiarisation de son fonctionnement. Si on complète ce tableau par la disparition de fait de tout modèle économique alternatif en raison de l'effondrement du monde communiste à partir de novembre 1989 on mesure bien la domination d'un nouveau système qui impose ses règles et sa logique.


A2b (16)

La mondialisation en marche

Dans le même temps le paysage mondial, dans le champ économique mais aussi dans celui de la culture, de la société et de la politique, s'est à la fois complexifié et pour une part uniformisé. Sans porter un jugement qui ne relèverait pas de la logique du présent rapport, la mondialisation et la globalisation sont les facteurs fondamentalement structurants de notre époque. Leurs origines, leur logique de développement et les outils de leur mise en place ont fait l'objet de publications et de débat multiples qui sont aujourd'hui bien connus. Il suffira donc de rappeler que la révolution des transports, notamment la massification du transport aérien qui atteint trois milliards de voyages chaque année, avec l'effondrement du prix du fret maritime lié à la révolution des containers, ont impulsé un développement sans précédent historique du commerce mondial. Si on ajoute l'internationalisation des activités financières facilitées par le développement massif des réseaux planétaires de télécommunication, on a les bases de construction de la mondialisation actuelle. On peut en mesurer les effets bénéfiques comme les conséquences délétères, on peut débattre sur ses finalités et ses modalités de fonctionnement, mais on voit mal aujourd'hui comment revenir sur ce mouvement historique d'interactions planétaire, sauf à envisager ce qui serait, pour le coup, une crise majeure et une rupture dans le cours de l'Histoire.

Cette conviction doit cependant être tempérée par un éclairage historique et géographique plus large. Quel que soit notre effort de lucidité, notre vision dans ce domaine comme dans bien d’autres s’inscrit dans la tradition culturelle occidentale et européenne qui n’est qu’une phase de la longue histoire de l’humanité. Il serait du plus grand intérêt de resituer la phase actuelle de la mondialisation, issue pour une part significative de la prise du pouvoir mondial par l’Europe, puis par l’Amérique du Nord, dans une perspective plus large. Les apports de l’histoire comparative mais aussi ceux de la paléontologie et de l’ethnologie seraient de la plus grande utilité pour apprécier avec justesse la réalité contemporaine, même au prix de la remise en cause des concepts les plus évidents.


A2c (16)

La mutation démographique

La nouvelle donne démographique constitue la troisième composante de ce survol des grandes mutations de notre époque. D'une façon générale on ne donne pas aux faits démographiques une place suffisante dans l'interprétation d'une situation donnée. Ils sont pourtant déterminants et structurent l'avenir de la planète. Au terme du prochain demi-siècle c'est pourtant une planète fort différente de l'actuelle que l'on pourra observer. Une Terre globalement plus peuplée, passant de 6 milliards à 9 milliards d'habitants. Cette population plus nombreuse sera aussi plus vieille, avec une répartition nouvelle des grandes masses, localisées massivement dans des mégapoles, dans les zones littorales, avec une Asie démographiquement dominatrice mais stabilisée, une Afrique en pleine croissance et une Europe à la fois vieille, globalement moins peuplée, et foyer massif d'immigration. Il n'est pas nécessaire d'argumenter longuement pour mesurer les conséquences sociales, économiques et géopolitiques de ce nouvel état des lieux démographique.


A2d (16)

Les bouleversements politiques et sociaux

Le champ politique et social est lui aussi affecté par des nouveautés profondes qui modifient le contexte dans lequel s’exerce la connaissance. Dans les deux cas, on peut parler de fin du modèle ancien, d’émergence de ruptures, de développement de fractures qui impactent évidemment l’univers de la Connaissance et qui structurent l’organisation de l’avenir. On s’attachera donc ici à évoquer les grandes caractéristiques de la crise démocratique et de la fracturation sociale.


La démocratie représentative en crise

Notre époque est caractérisée, de ce point de vue, par une situation paradoxale. L’occident a imposé au cours des deux siècles passés, y compris par la force durant les dernières décennies, son modèle d’organisation politique sous la forme de la démocratie représentative. Il n’est évidemment nullement question de remettre en cause les fondements de la démocratie dont les principes constituent l’un des volets du projet humaniste de la société. Le partage de ce modèle, dans son universalité, est un des socles de notre vision de la civilisation, et le jugement de Churchill sur la « moins mauvaise des solutions » demeure pertinent. Cette adhésion aux principes démocratiques n’interdit nullement le regard critique sur son fonctionnement. Il convient de relativiser la mise en oeuvre concrète de la démocratie dans de nombreux pays pourtant reconnus dans la communauté internationale. Mais surtout, pour ce qui nous concerne directement, c’est-à-dire les « vieux pays de tradition démocratique », l’évidence s’impose : la démocratie représentative est en crise. Née du siècle des lumières, des révolutions anglaise, américaine et française, diffusée au reste de l’Europe au XIXe siècle avant de s’imposer au monde entier au XXe, elle connaît aujourd’hui une crise qui en mine les fondements. Celle-ci se manifeste en France mais aussi dans un grand nombre de pays de forte tradition démocratique par la dégradation de l’image de la politique et des élus, par l’affaiblissement de l’engagement citoyen, par l’abstention électorale, par la montée de l’irrationnel dans le débat public, par l’irruption des extrémismes politiques et religieux, par des blocages des institutions face aux réformes et aux initiatives pourtant indispensables, par l’absence de débat de fond sur les grands enjeux de l’heure…La liste des marqueurs de cette crise de la démocratie représentative pourrait s’allonger. On doit souligner ici la place centrale, dans cette crise, de la Connaissance, qui, au travers des institutions culturelles et éducatives portées par une volonté politique, peut jouer un rôle décisif dans la consolidation démocratique.

Le pacte de confiance unissant les élus aux citoyens, fondement de la démocratie représentative, est aujourd’hui altéré. La rupture entre le peuple et les élites constitue à la fois une grande interrogation pour les intellectuels mais aussi une donnée structurante de l’environnement dans lequel s’exercent les activités de la Connaissance. Ce qui ouvre de nouveaux champs d’études aux chercheurs mais aussi la production de nouvelles propositions d’outils ou de méthodes au service d’une refondation de la démocratie basée sur l’affirmation du rôle de la Connaissance dans une société démocratique.

Mais il conviendra d’avancer sur ce terrain avec prudence et humilité. Notre pensée, nos références les plus profondes sont issues de notre histoire et de notre culture occidentales. Il faudra les confronter, par l’apport critique des Sciences Humaines et Sociales, à d’autres réalités issues de civilisations différentes. Non pour entrer dans le cycle redoutable d’un relativisme généralisé mais pour refonder radicalement les valeurs issues de l’histoire occidentale. Ce travail de refondation démocratique, appuyé sur une connaissance solide des réalités extérieures à la sphère occidentale, enrichie par les apports des technologies de l’information et de la communication, devra aussi pleinement intégrer la question centrale de la place de la science dans la société.


La fracture sociale

La réflexion sur la Connaissance doit aussi prendre en compte la réalité de la société actuelle dont on retiendra prioritairement qu’elle est marquée par la rupture. Il ne s’agit pas d’un recul global des richesses dont disposent les différentes composantes de la société. Pour reprendre un concept ancien on n’observe pas un phénomène de paupérisation absolue, sauf cas spécifiques, mais de paupérisation relative, avec un accroissement massif des écarts entre les catégories sociales. L’ouvrage récent de Thomas Piketty consacré au capitalisme tend à prouver l’émergence d’un capitalisme patrimonial qui se traduit par une croissance des revenus du patrimoine plus rapide que ceux du travail. Le bilan récent des grandes places boursières du monde, qui ont connu un taux de croissance supérieur à 20% en 2013, le confirme. Ce phénomène se vérifie dans l’ensemble des sociétés, dans les pays en voie de développement comme dans les vieux pays riches. La différence est pourtant notable entre ces deux catégories dans la mesure où les sociétés des pays en développement connaissent une amélioration globale de leurs conditions de vie, et que toutes les composantes de ces sociétés en bénéficient, il est vrai à des rythmes très différents, alors que dans les vieilles sociétés « riches » de larges secteurs connaissent une stagnation, voire un recul de leur situation alors que les mieux nantis voient leur situation continuer à progresser rapidement. Elles concernent non seulement les deux extrêmes de l’éventail social, les plus riches et les plus pauvres, mais maintenant, massivement, les couches moyennes, même celles qui disposent d’un emploi à temps plein. Des études récentes sur l’évolution des revenus et du patrimoine en France illustrent et consolident ce constat global de fracture.

Les causes de cette évolution sont multiples. Elles reposent en grande partie sur ce que l’on appelle communément la crise, avec le ralentissement de la croissance, voire la décroissance de fait. Elles s’expliquent largement par la financiarisation de l’économie qui favorise le patrimoine au détriment du travail, met à mal les instruments de régulation sociale installés au lendemain de la seconde guerre mondiale et au cours des trente glorieuses. Ajoutons la faiblesse des pouvoirs politiques nationaux face à la montée en puissance des groupes financiers transnationaux qui imposent leur logique de rentabilité au détriment de l’intérêt des populations, considérées comme de simples variables d’ajustement.

Les effets globaux de cette crise sociale sont multiples, dans le champ économique comme dans le domaine politique. On retiendra qu’ils génèrent des tensions au sein même de la société, qu’ils accentuent les oppositions d’intérêts, et qu’ils participent fortement à la création d’un état d’esprit collectif de crainte et de blocage par rapport à toutes les évolutions que la situation générale appelle. La construction d’un sursaut collectif est, de fait, paralysée dans nos vieilles sociétés, malgré les atouts objectifs dont elles disposent encore pour s’adapter. A l’évidence, cette fracturation/blocage de la société est aussi l’un des éléments majeurs du contexte dans lequel s’exerce aujourd’hui la Connaissance.


A2e (20)

La problématique environnementale

La quatrième donne structurante de l'avenir est la nouvelle relation que l'humanité doit, par nécessité, définir avec la planète. Il ne s'agit nullement d'entrer dans une problématique aux confins de la théologie ni de réactiver l'éternel débat humanité-nature. On rappellera simplement ici quelques évidences établies globalement par la communauté scientifique et acquises par l'opinion publique depuis une dizaine d'années même si la déclinaison politique de la prise en considération de ces données nouvelles tarde encore et que les changements de comportement commencent à peine à se réaliser. Nous citerons donc ici les principaux thèmes qui marquent un nouveau rapport entre l'humanité et la planète, identifié par un nombre croissant de scientifiques sous le concept de nouvelle ère de l'histoire de la planète qualifiée d' « anthropocène ». Un grand nombre de scientifiques considèrent en effet que l'humanité, par ses besoins spécifiques, ses moyens techniques et son mode de développement, constitue un acteur majeur de l'évolution de la planète. Ces thèmes sont bien identifiés et s'organisent autour de deux notions, celle des ressources de la Terre et celle des grands équilibres de la planète.


Les limites des ressources de la Terre

S'agissant des ressources de la Terre, qu'il s'agisse de l'eau, de la terre arable, des gisements minéraux, des énergies fossiles ou de la biosphère, on comprend facilement que le rythme actuel de consommation conduit à une impasse. Il ne s'agit pas de sombrer dans un malthusianisme rétrograde mais d'apprécier rationnellement la durée d'exploitation potentielle de ces ressources et de prendre en compte leur finitude, qu'elle se situe à quelques décennies, années ou siècles. La question de la durabilité de notre type de développement n'est donc pas théorique. Elle est réelle, pratique. Elle constitue une dimension incontournable du questionnement de notre société sur son avenir et doit donc entrer pleinement dans le champ des préoccupations de la connaissance.


La rupture des équilibres

Il en va de même pour les modifications des grandes régulations planétaires, qu'il s'agisse du climat ou de la biodiversité, et dont on commence à percevoir aujourd'hui que des ruptures peuvent conduire à des situations irréversibles débouchant sur un monde nouveau dans lequel l'humanité devra trouver sa place.

Dans l'un et l'autre cas, il est clair que les réponses qui seront apportées à ces grandes interrogations sur le futur de notre environnement auront des effets considérables sur l'organisation de la société, voire même impacteront les bases de la civilisation.


A2f (21)

La révolution numérique.

Les fondements technologiques et conceptuels

Le terme de révolution, parfois galvaudé, est ici pleinement justifié. Le fait numérique est incontestablement l'une des données majeures de notre époque. Il a bousculé l'ordre ancien et continue à imposer ses règles au monde actuel.

Nous survolerons ici les éléments constitutifs de cette grande mutation contemporaine.

Au départ, bien entendu, il y a eu des découvertes théoriques dans la physique des matériaux et de l’électricité. Le début de l'aventure numérique peut être arbitrairement situé en 1947 avec l'invention du transistor par les Laboratoires BELL, avec un enchaînement régulier d'avancées technologiques comme les circuits imprimés, la lithographie sur silicium. Cette dernière technologie, fondamentale, a permis une croissance hors du commun des puissances de calcul, illustrant pendant 40 ans, jusqu'à nos jours, la pertinence de la « loi de Moore » prophétisant un doublement tous les 18 mois de la capacité de calcul des micro processeurs.

Cette avancée de la technologie « dure » n'aurait été qu'une curiosité de laboratoire si elle n'avait pas été accompagnée d'une nouvelle approche de l'information posant le principe que toute information, quelle que soit sa nature, pouvait se réduire à deux signaux primaires, le 0 et le 1, pouvant de ce fait d'être traité par les machines électroniques.

Les bases technologiques et logicielles de la future révolution ont été complétées par deux avancées complémentaires : l'individualisation de la puissance de calcul par la création de machines personnelles, et la mise en réseau potentielle de l'ensemble de ces nouveaux outils par l'usage d'un protocole d'échanges, à l'origine d'internet dans les années quatre-vingt-dix.


L’impact économique, social et culturel

On peut aujourd'hui mesurer l'impact de cette révolution numérique au travers de chiffres qui utilisent les milliards comme unité de compte, qu'il s'agisse du nombre d'ordinateurs personnels ou, depuis quelques mois, de tablettes, du nombre d'utilisateurs d'internet, de la capacité vertigineuse de transfert de données sur les câbles ou du volume de mémoire des centres de données au coeur des réseaux. Déjà se profile une nouvelle étape de cette révolution numérique avec la troisième génération d’internet et ses dizaines de milliards d’objets connectés.

On peut aussi, très concrètement, apprécier l'impact de cette révolution dans la pénétration du numérique dans le monde de la production des biens et des services, dans le commerce et les transactions financières, dans l'administration, dans l'accès à la culture et à l'information, voire dans la vie sociale comme en témoigne l'explosion de l'usage des réseaux sociaux. Déjà le numérique structure le monde industriel avec le pilotage des machines, l’utilisation massive des robots, la conception assistée et la modélisation. Demain s’annonce une nouvelle révolution de la production, avec les imprimantes 3 D, dont les effets économiques et sociaux seront considérables.

Bien entendu, le monde de la connaissance, qui constitue ici le centre de nos réflexions, a lui aussi été impacté par le choc numérique, aussi bien au niveau de la production de la connaissance que de sa diffusion au moins autant que l'invention de l'imprimerie a constitué l'un des grands chocs fondateurs des temps modernes. Toute approche de la connaissance dans le monde actuel et pour les prochaines décennies doit donc reposer sur les effets de la révolution numérique y compris dans la reconfiguration des modèles sociaux relationnels voire dans le repositionnement de l’intelligence humaine dans un environnement massivement numérique. On devra donc intégrer pleinement à cette approche technique les composantes économiques, sociales et éthiques nécessaires à une réflexion plus solide sans ignorer le fossé générationnel issu des évolutions démographiques. Cette évocation rapide des éléments-pivots de notre époque nous conduit naturellement à nous rapprocher du centre de notre sujet.