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Le Palais ducal de Nancy (1852) Lepage, 3 c

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Le
Palais ducal
de Nancy
1544 - 1608
(pages 78 à 88)

Cette page introduit la fin du troisième chapitre d'un livre écrit par Henri Lepage en 1852 : Le Palais ducal de Nancy.

On y trouve notamment une description détaillée de la Pompe funèbre de Charles III.

 
Le Palais ducal de Nancy
Vers le texte original

Texte original

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Jacques Bellange et Jacques Danglus furent appelés, en 1602, à enrichir le cabinet de la duchesse de Bar de divers ornements de peinture, et, entr'autres, de douze tableaux, dont six devaient représenter des sujets de l'histoire romaine, et les six autres des « devises » au choix de la princesse (1) ; on mit, dans ce cabinet, une tapisserie de cuir doré, faite par Jean Ragache, « tapissier de cuir doré », demeurant à St.-Nicolas, et « un lit de repos de noyer, façon d'Italie, avec quatre pieds tournés, quatre colonnes et deux layettes (tiroirs) qui se tirent l'une par devant et l'autre par le pied, fermé tout à l'entour de panneaux ». C'était l'ouvrage de Jacques Lallemand, menuisier à Nancy.

Pendant que Bellange et Danglus décoraient les appartements de la duchesse de Bar, Jean de Wayembourg, « peintre du duc », dorait les bordures de cinq portraits de grandeur naturelle, qui se trouvaient dans la galerie des Peintures du Palais, et représentaient le Roi et la Reine de Navarre, Mlle Catherine de Rohan, les rois François Ier et François II. Cette galerie renfermait encore des portraits du duc de Ferrare, du connétable de France et de la princesse de Condé, et « un grand tableau que Son Altesse avait envoyé


  (1) On trouve, dans les pièces justificatives des comptes du Trésorier général pour l'annnée 1602, le marché fait par le contrôleur de l'hôtel, moyennant la somme de 1,080 francs, avec Jacques Bellange et Jacques Danglus, « pour peindre et dorer le cabinet qui regarde sur le jardin proche la chambre de Madame, comme s'ensuyt, sçavoir : y feront et poseront douze tableaux, six desquels seront d'histoires romaines, les six autres de devises au bon plaisir de Madame, plus trente six placcars en oval qu'ilz feront faire à leurs fraiz avec des chiffres dorez ; doreront d'or de ducatz le lambris et planché dudit cabinet, les chassis et ventillons des fenestres dehors et dedans, ensemble les portes avec devises, selon que Madame ordonnera, et le tout enrichir de feuillages de mirthe. »


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de Paris, représentant la réception et bienvenue de la Royne mere en France » ; enfin, des portraits du pape, du cardinal de Florence, du Roi, de la Reine et de l'Infante, lesquels avaient été achetés à Antoine de Lenoncourt, abbé de Beaupré, moyennant la somme de 491 francs 8 gros (1). En même temps, « trois grands tapis velus, façon de Turquie » étaient placés dans le garde-meuble du Rond, d'où on les tirait, dans les occasions solennelles, pour décorer les appartements du Palais.

Tous les travaux que Charles III avait fait exécuter au Palais Ducal, tous les chefs-d'œuvre des arts et de l'industrie qu'il s'était plu à y rassembler, devaient en avoir fait, autant à l'intérieur qu'à l'extérieur, une magnifique résidence ; aussi, lorsque le Roi et la Reine de France y vinrent en 1603, durent-ils se figurer, comme plus tard Louis XIV,


  (1) Pièces justificatives des comptes du Trésorier général pour 1602. On voit, par quelques notes jointes à celles que je viens de reproduire , que Jean de Wayembourg avait fait un « portrait de S. A., de grandeur naturelle » qui fut délivré à M. Raynbault ; « cinq petits portraits du roy Henry, de M. de Guise, du cardinal de Guise, du duc de Mayne et de feue Madame », lesquels furent envoyés à la duchesse de Bavière; deux portraits de Mme la princesse et un grand portrait de Son Altesse ; il fit, enfin, pour les ambassadeurs de Bavière, à l'occasion du mariage de leur maître avec la fille de Charles III, deux portraits de S. A., ceux de Mgr le Marquis (du Pont), du cardinal, de Mgr de Vaudémont, de la princesse, de la duchesse de Bavière et de Mme Catherine, fille de Charles III (abbesse de Remiremont et fondatrice des dames du St.-Sacrement de Nancy).

Jean de Wayembourg, dont le nom est à peine connu parmi ceux des artistes lorrains, mourut en 1603, et vers la fin de cette année, on paya à sa veuve, Arrambourg de Bar, le prix de plusieurs portraits qu'avait précédemment faits son mari, savoir : « cinq peintures, une de la grandeur du naturel, de S. A., une semblable de Mme la duchesse de Clèves, une à moitié de ladite dame, une grande et une à moitié de Mme la princesse ».


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qu'ils n'avaient pas cessé d'habiter le Louvre. Le séjour que firent ces augustes hôtes à la cour de Lorraine, fut marqué par les réjouissances ordinaires, c'est-à-dire qu'il y eut courses de bagues à la Rue Neuve, ballets et combats à la barrière dans la Neuve salle du Palais.

Au mois de février 1605, des comédiens espagnols représentèrent devant le duc, en la salle St.-Georges, une pièce, imitée sans doute des anciens mystères, et intitulée « la Pénitance de la Magdalaine ». C'est dans cette salle que furent aussi faites, vers le même temps, les cérémonies du baptême des enfants du comte de Vaudémont. On posa, cette année, un pavé « devant la salle des Suisses, pour y tenir les assises à l'advenir. »

Rien n'indique la situation de cette dernière pièce. Quant à la salle St.-Georges, elle était bien certainement, ainsi que le désigne son nom, dans le voisinage de la Collégiale, et dans le même corps-de-logis que la chambre des Comptes. Son emplacement est, du reste, parfaitement figuré dans un plan dressé vers 1710, et qui se trouve à la bibliothèque publique de Nancy. En comparant ce plan avec celui de 1698, on peut présumer que la salle St.-Georges, qui touchait au Rond et aux appartements du duc, régnait au-dessus d'un corps-de-garde et de la chambre des Comptes, située alors au rez-de-chaussée.

En 1606 , Jacques Bellange fut chargé par M. de Bourbonne, grand maître de l'hôtel, de repeindre en huile la Galerie des Cerfs. Les peintures faites par cet artiste, que plusieurs biographes ont improprement appelé Thiéry Bellange, représentaient, le long des murailles et au-dessus des portes, les divers épisodes d'une chasse au cerf, tandis que, de chaque côté de la cheminée , étaient les « figures de trois


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personnages (1) ». Cette note est la plus explicite de celles qui concernent la Galerie des Cerfs, et ne laisse aucun doute sur la nature des ornements qui décoraient cette salle. Outre ces ornements, on y voyait deux tables très-précieuses, l'une de marbre, admirable par sa longueur et sa largeur (marmoream, longitudine et latiludine admirabilem), l'autre d'argent doré, très-artistement ornée de figures et d'emblèmes (plurimis arlificiosissimè insculptis figuris ornatissimam), chefs-d'œuvre d'art, avec des vers latins sous chacun (2).

La duchesse de Bar étant venue à Nancy dans le courant de cette année (1606), il y eut des carrousels et un ballet


  (1) Le marché fait avec Bellange, le 7 mai 1606, porte que cet artiste s'engage, moyennant la somme de 1,200 francs , à « repeindre à l'huille » la Galerie des Cerfs, « consistante ladite besongne a repeindre vingtz quarreaux de la chasse du cerf, qui sont peintz contre les murailles de ladite gallerie, un grand quarreau aussy de ladite chasse au bout de ladite gallerie en entrant, un demy quarreau pareillement de ladite chasse, qui est sur les deux portes de ladite gallerie, et trois figures de personnages estans, l'un du costé de la cheminée d'icelle et les deux autres de l'autre costé. (Comptes du Receveur du domaine de Nancy).

  (2) Jodoci Sinceri Itinerarium Galliœ. — On trouve, au sujet des deux tables dont parle avec tant d'admiration le voyageur Jodocus Sincerus, les mentions suivantes: « Payé 280 fr. à Jean Lallemand pour une fermeture d'assemblage qui se brise en deux pour la table d'argent doré de S. A. (Receveur du domaine , 1606). — « Payé 56 fr. 1 g. 8 d. à Nicolas Michauld , marchand à Nancy , pour dix aulnes et demy de fustaine d'Angleterre pour faire une enveloppe aultour de la table de marbre et agathe qu'est à la gallerie des cerfz. » (Comptes du Cellerier pour 1620). En 1617 , le duc Henri II fit encore venir de Paris deux nouvelles tables de marbre pour meubler le Palais : « Payé à Jean Bourbonnais, maitre des carosses de Nancy à Paris , 132 fr. 3 gros pour payement de la voiture de deux tables de marbre adressées de Paris en ce lieu pour nostre service. (Comptes du Trésorier général pour 1617).


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pour l'entrée duquel on fit un « chariot triumphal », que peignirent et dorèrent Jacques Bellange et Paul Hannequin.

On peut voir, par la gravure de Deruet et la vue du Parterre, de Callot, qu'il dépendait du Palais deux jardins ; l'un était contigu aux bâtiments de la première cour ; l'autre, plus élevé que celui-ci, en était séparé par une rampe ou galerie en pierre ; il était placé sur la partie des remparts qu'on appelait le bastion des Dames. S'il faut en juger par une note des comptes du Trésorier général pour 1607, ce dernier jardin aurait été construit par Charles III, dans les dernières années de son règne (1). Je dois ajouter que ce prince faisait entretenir ses jardins avec beaucoup de soin, et qu'en 1604, il avait envoyé à Paris et à Fontainebleau, l'un de ses jardiniers « quérir et prendre des modèles et instruments propres à son art. »

Jacques Danglus fut chargé, en 1607, de faire « deux peintures à l'effigie de Son Altesse », et Bellange peignit de nouveau le cabinet attenant à la galerie des Peintures (2). L'année suivante , le même artiste fit, pour la nouvelle duchesse de Lorraine, plusieurs tableaux qui furent envoyés à Mantoue, et Charles Desrué, horloger à Nancy, « rabilla » l'horloge du Château.

Ici s'arrête la plus longue à la fois et la plus brillante période de l'histoire du Palais Ducal. Charles III avait dignement


  (1) Payé 300 fr. à Hector Harent, jardinier au chasteau, pour l'aider aux frais qu'il a supportés pendant l'année 1605 à l'avancement du jardin que Son Altesse a fait dresser sur le bastion des Dames, derrière le chasteau.

  (2) A Jacques Bellange , 400 fr. pour avoir racommodé et painct de nouveau en huille le cabinet joindant la galerie des painctures de Son Altesse, avec une grande aumaire qu'est en iceluy et le semer de meuffles dorez. (Comptes du Receveur du domaine de Nancy.)


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continué l'œuvre d'Antoine : non seulement, ainsi qu'on vient de le voir, il avait augmenté sa Court de plusieurs constructions importantes, mais il l'avait embellie de nombreux ouvrages d'art de toute espèce ; il l'avait doté de la magnifique salle d'Honneur et de cette galerie des Peintures, où il se plaisait à rassembler les œuvres des artistes lorrains ou étrangers qu'il appelait près de lui et qu'il comblait de ses bienfaits. Aussi vit-on, dans le cours de son règne, les peintres, les sculpteurs, les graveurs, les architectes, les fondeurs, se multiplier comme par enchantement et venir, par l'éclat de leur renommée, rendre plus brillante encore l'auréole de gloire du prince qui travailla si puissamment à développer la civilisation lorraine, et mérita le surnom de Grand, que la postérité lui a conservé.

Et comme si ce n'était pas assez pour lui d'avoir fait éclore, pendant sa vie, tant de chefs-d'œuvre, la plupart malheureusement perdus pour nous, il devait encore, après sa mort, contribuer à l'érection du monument artistique le plus précieux pour notre histoire, et principalement pour celle du Palais Ducal. Je veux parler de la Pompe funèbre, de La Ruelle, que j'ai déjà plus d'une fois citée, et dont certaines planches représentent l'intérieur de diverses salles et la splendide façade de l'ancienne résidence des ducs de Lorraine.

La Ruelle n'a pas borné son travail à ces planches, si utiles à consulter, il les a fait suivre d'une relation, aussi complète qu'intéressante, des cérémonies toutes royales qui avaient lieu lors des funérailles de nos ducs. Je n'ai pas l'intention de reproduire , même en partie, le récit de cet historien ; j'en extrairai seulement les détails qui se rattachent plus intimement au sujet que je traite.

Le corps, après avoir été embaumé, fut placé dans la


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chambre de Trépas, ainsi appelée parce que c'était là que le duc était mort. Cette salle était tendue d'une riche tapisserie de haute lisse, rehaussée d'or, d'argent et de soie, représentant l'histoire de saint Paul. Le plancher était couvert d'un grand tapis de Turquie, et le cercueil, revêtu de trois draps mortuaires, dont le premier d'or frisé d'or, bordé d'hermine mouchetée, reposait sur des tréteaux dressés à la place du lit. Il était surmonté d'un dais, aussi d'étoffe d'or et de soie. Le corps resta dans cette chambre depuis le 14 mai jusqu'au 8 juin suivant, qu'il fut transporté dans la salle d'Honneur (la salle Neuve). Cette immense pièce, la plus vaste du Palais après la Galerie des Cerfs, et où, suivant Lionnois, Louis XIII rendit ses audiences pendant son séjour à Nancy (1), était tendue tout à l'entour de deux « très-riches et très-excellentes tapisseries, rehaussées d'or, d'argent et de soie, l'une figurée de l'histoire de Moyse, et l'autre de celle de saint Paul. Au haut de cette salle (du côte des Cordeliers), fut dressée une large estrade, sur laquelle on plaça le lit d'honneur avec l'effigie du prince, couverte de magnifiques habillements. Contre l'estrade, à droite, du côté de la rue, fut également dressé un grand autel, et, auprès, la chapelle du prince. En face de son lit d'honneur, également sous un dais, étaient sa table et son fauteuil pour le couvert, qu'on servait chaque jour, à dîner et à souper, comme de son vivant.

La salle d'Honneur resta ouverte depuis le 9 juin jusqu'au 14 juillet, puis l'effigie fut transportée dans la salle Funèbre ou de Deuil, préparée en la Galerie des Cerfs, dont on retrancha


  (1) C'est sans doute dans une des audiences solennelles données par Louis XIII dans la salle Neuve, qu'eut lieu , entre ce prince et Callot, la scène que rapportent tous les biographes du grand artiste, et qui fait tant d'honneur à son patriotisme.


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cinquante pieds environ, près de la cheminée, par une tendue de drap noir ; depuis ce retranchement « furent ôtées toutes les têtes des cerfs, et les deux côtés, ensemble toutes les fenêtres avec le bout vers la porte », couverts d'un drap noir, sur lequel étaient placés, à distance, de grands et de moyens écussons d'argent.

Le grand autel fut dressé près du retranchement, du côté de la cour, et, vis-à-vis, du côté de la rue, fut placée la chapelle de feue Son Altesse. En travers de la Galerie était une barrière gardée par des archers, pour contenir la foule.

L'office divin fut célébré dans la salle Funèbre, les 15 et 16 juillet, matin et soir, comme il l'avait été dans la salle d'Honneur. Le premier convoi de l'enterrement à l'église St.Georges, eut lieu le 17, à deux heures de l'après-midi.

On avait, dès la veille, réglé le rang que devaient occuper les différents corps, ecclésiastiques et séculiers. « L'édit funèbre du premier convoi » s'était fait, dans la cour du Palas, par le Roi d'armes, accompagné des hérauts et poursuivants, suivis des vingt crieurs et sonneurs de clochettes, qui sonnaient à trois reprises avant la publication du héraut Lorraine.

Le convoi se fit le lendemain. La porte principale de l'Hôtel avait été, de même que celles des Cordeliers et de St.Georges, tendue de drap noir.

Les bourgeois et les pauvres habillés de deuil, ainsi que les archers de la ville, entrèrent dans le jardin du Palais par la porte du côté de la Rue Neuve, pendant que le chef des cérémonies temporelles, suivi du Roi d'armes, des hérauts et poursuivants, se transportait dans la salle d'Honneur, où s'étaient rendus les gentilshommes désignés pour porter les pièces d'honneur.

En même temps, les écuyers des grande et petite écuries,


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conducteurs des chevaux d'honneur, bardés pour bataille, secours et service, les faisaient barder et caparaçonner dans la salle des Suisses.

Vers deux heures, les cinq princes du grand deuil, « adextrés de Messeigneurs leurs adextrans » et accompagnés des princes et des ambassadeurs, se rendirent dans la salle d'Honneur et jetèrent de l'eau bénite sur le corps. Puis vinrent l'évèque de Toul et tout le clergé, qui récitèrent les prières et oraisons et jetèrent de l'eau bénite.

Alors, les chambellans enlevèrent le corps de dessous le lit d'honneur et l'apportèrent dans la cour, devant le grand escalier de l'Horloge ; là, il fut placé, avec le lit d'honneur et l'effigie, sous un ciel de drap d'or frisé d'or, que portaient les baillis de St.-Mihiel, d'Allemagne, du Bassigny, du comté de Vaudémont, de Ghâtel-sur-Moselle et de Hattonchâtel.

Le Roi d'armes appela ensuite l'un après l'autre, leur désignant l'ordre qu'ils avaient à suivre, tous ceux qui devaient faire partie du convoi.

Le cortége, composé de plus de trois mille personnes, sortit par la Porterie, fut conduit « à mont la Grande-Rue, » jusqu'à celle du Four Sacré, tira droit à la place St.-Epvre, passa par celle du Vieux-Change, descendit celle des Comptes, rentra dans la Grande-Rue et gagna l'église St.-Georges.

En sortant de cette église, « les rangs marchèrent par le milieu des haies des torches droit à l'Hôtel, où étant les premiers desdits rangs entrés, iceux et tous les autres venant après jusqu'à messieurs de la noblesse, tournèrent à gauche sous la Galerie des Cerfs, auquel endroit l'on avait fait fendre la haie de torches, rangée de ce côté-là, derrière laquelle ils se mirent tous dans la cour ; mais les sieurs de la noblesse continuèrent de passer par le milieu des deux haies des torches, disposées dans ladite cour, pour reconduire en la salle


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de Deuil, préparée en celle de St.-Georges, messeigneurs les princes du grand deuil. »

Lorsque les cérémonies funèbres furent terminées aux Cordeliers, et après qu'on eût enlevé de dessus la fosse où était inhumé le prince, les pièces de souveraineté, et fait la proclamation solennelle du nouveau duc, celui-ci se rendit dans la sallette joignant la salle St.-Georges, où était préparée une table couverte d'un riche tapis et surmontée d'un dais ; on y déposa les pièces de souveraineté, savoir : la couronne, le sceptre, la main de justice et l'épée. Le même jour, les principaux officiers de la maison du duc se réunirent dans la salle St.-Georges, et le grand maître d'hôtel, montant sur l'estrade qui y était dressée, annonça aux assistants que leur maître étant mort, ils n'avaient plus d'état, et, posant sur sa tête nue, le bâton, signe de sa dignité, il le rompit, en baisa les deux bouts rompus et le jeta au milieu de l'appartement.

Le Roi d'armes monta à son tour sur l'estrade et cria : Silence, silence, silence ! Le très-haut, très-puissant et sérénissime prince, Monseigneur Charles troisième du nom, soixante-troisième duc de Lorraine et trentième marchis, duc de Calabre, Bar, Gueldres, marquis du Pont-à-Mousson, comte de Provence , Vaudémont, Blâmont, Zutphen, etc., notre débonnaire et souverain prince, est mort, le Duc est mort, le Duc est mort, sa maison est rompue, chacun se pourvoie!

Ces extraits sommaires de l'ouvrage de La Ruelle, ne peuvent donner qu'une faible idée de la pompe qui présidait aux funérailles de nos ducs, et en faisait une des plus magnifiques cérémonies que l'on pût voir autrefois en Europe ; ils suffisent, néanmoins, pour faire connaître quelles étaient les salles du Palais qui avaient une destination particulière dans ces occasions solennelles. La décoration intérieure de ces appartements,


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qui est minutieusement décrite dans l'ouvrage que je viens de citer, témoigne du luxe qui régnait à la cour de Charles III; à cette cour qui, suivant un écrivain contemporain (1), était « autant grosse et accomplie qu'aucun prince chrétien (pour grand qu'il soit) puisse souhaiter ».


  (1) Georges Aulbery, secrétaire de.Charles III (Vie de St. Sigisbert).


Notes complémentaires

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