Mémoires d'outre-tombe d'un peuplier (1850) Méthivier/Chapitre XV

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Merveilleux développement du plan de guerre.

Et travaux exécutés avec précision par d'habiles tacticiens pour établir une chose qui n'a pas tenu, et en détruire une autre qui tient toujours.
 
 
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    Mémoires d'outre-tombe d'un peuplier mort au service de la République (2e édition) / par l'abbé J.-S. Méthivier.
Chapitre XV

 

<= Comment le LIBÉRALISME, vainqueur de la légitimité, fut très-embarrassé vis-à-vis de l’Église catholique <=

 

=> Dix minutes de réflexion sur l'œuvre et les ouvriers du LIBÉRALISME pendant son règne de dix-sept ans. =>
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Avant-propos numérique

Pour une meilleure lisibilité, les notes de l'article ont été regroupées.

Leur numérotation ne correspond donc pas à celle de l'article original.

Le texte original


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Merveilleux développement du plan de guerre
Et travaux exécutés avec précision par d'habiles tacticiens pour établir une chose qui n'a pas tenu, et en détruire une autre qui tient toujours.

In vanum laboraverunt!
Ils ont donc travaillé en vain!

Cet invisible génie du mal avait revêtu, en cette circonstance décisive, une forme sensible pour se montrer aux siens, soutenir leur ardeur, diriger leurs conseils et distribuer à chacun ses ordres suprêmes; à sa vue un horrible frisson de stupeur et de crainte agita rassemblée, et des impressions surhumaines dominèrent tous les cœurs. Lui, prenant la parole en maître, s'exprima ainsi :

« Glorieux héros de Juillet, vous avez été puissants contre la monarchie ; mais que vous me paraissez faibles contre l'Église ! Votre haine est sans inspiration, et vous ne proposez contre elle que des moyens usés. Eh bien ! sachez que depuis vingt siècles le glaive, le raisonnement, la science, la moquerie et dernièrement la guillotine, l'ont frappée tour à tour sans pouvoir la détruire. Laissons là ces armes sans valeur, et désormais n'engageons

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plus contre le catholicisme de bataille rangée, car c'est toujours lui qui reste vainqueur.
« Mais traçons autour de son camp une ligne de circonvallation allant toujours en se rétrécissant ; enserrons-le dans les réseaux inévitables d'une savante stratégie ; enveloppons le géant dans les plis et replis de nos lois, de nos décrets, de nos ordonnances, pour lui ôter sa puissance et sa liberté d'action sur la société ; enlevons-lui surtout le gouvernement des âmes, et ne souffrons pas même qu'il intervienne dans l'éducation de la jeunesse ; enfin, que tous nos efforts, habilement combinés, prudemment dirigés, se réunissent pour rendre esclave celui qui a affranchi le monde de ma servitude. »
«Vous, Barrot, dirigez l'aile gauche, et posez pour base de vos opérations que la loi doit être athée. Les légistes et les avocats vos confrères développeront ce thème, et avant dix ans les notions éternelles du juste et de l'injuste seront tellement bouleversées en France qu'on y proposera chaque matin, sans étonner personne, le vol, la confiscation de toutes les propriétés et l'égorgement en masse de ceux qui ne voudraient pas y souscrire ; et' un jour, par pure ironie, je vous ferai ministre de la justice dans ce pays; gardez-vous alors de renier cette doctrine d'athéisme, car vous tomberez à l'instant même de votre trône ministériel, et ce sera le commencement de votre long-châtiment.

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«Vous, Guizot, je vous nomme général en chef, et vous commanderez l'aile droite. Masquez habilement votre marche jusqu'à ce que vous ayez, par une bonne loi sur l'enseignement primaire, monté et ajusté contre l'ordre social, moral et religieux, sur tous les points de la France la plus effroyable, la plus destructive machine de guerre, vos quarante-cinq mille instituteurs indifférents, déistes, incrédules, socialistes, tous bien préparés pour le combat dans les écoles normales, et dirigés dans l'action par vos inspecteurs et sous-inspecteurs. Je vous recommande expressément de laisser parmi eux quelques chrétiens honnêtes placés de distance en distance pour mieux voiler cette prodigieuse conception[1].

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«Un jour, vous, votre maître et sa dynastie, vous serez peut-être atteints par les projectiles de cette machine dressée par vos bras; mais alors vous vous sauverez tout mutilé en Angleterre, et de cet hôpital général des blessés politiques, vous pourrez contempler à loisir les résultats de votre savoir-faire et vous consoler en relisant vos sublimes harangues qui ravissaient les conservateurs et affermissaient le trône de juillet.
« Vous, Thiers, brillant général de division, vous parlerez toujours de liberté (le peuple aime ce mot), et vous bâtirez, autour de ce peuple qui aime la liberté, des redoutes, des forts détachés, des murailles d'enceinte; bâtissez-en pour un milliard, et ruinez le trésor public ; ruinez aussi la raison bourgeoise en la saturant de préjugés irréligieux, réhabilitez dans vos histoires les doctrines des encyclopédistes et les énormités de notre ancienne révolution, glorifiez aussi les forcenés de 93; ruinez encore par votre éloquence le bon sens des chambras législatives et obtenez d'elles la proscription de 60 ou 80 pauvres religieux, menaçant, selon vous, l'indépendance de 36 millions de

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Français [2].
Mais, cher Thiers, observez bien ceci, car il faut tout prévoir, si, à force de célébrer les doctrines et les gens de 93, de nouveaux montagnards

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allaient menacer les emplois, les châteaux et les têtes de messieurs les libéraux ; si, en excitant le peuple à crier à bas les jésuites, il allait crier à bas les riches, à bas les bourgeois ; si, en jetant contre le sanctuaire des charbons ardents pour y mettre le feu, la flamme s'étendait jusqu'aux maisons de campagne des censitaires et jusqu'aux palais des philosophes, alors vous vous hâteriez de réclamer poliment et modestement le concours du clergé pour arrêter l'incendie allumé par vos mains, et vous feriez des brochures pour défendre la propriété. Ainsi, général Thiers, vous vous tiendrez toujours en selle à la tête des chevau-légers les journalistes pour vous porter tantôt à droite, tantôt à gauche, selon les besoins de la lutte. Il est possible qu'après avoir usé la jeunesse et la virilité de votre talent à précipiter le char dans les abîmes, vous soyez condamné plus tard à vous atteler par derrière pour l'en retirer ; mais alors vous serez vieux et sans force; moi je vous retirerai mon appui, et votre gloire diminuera visiblement.
« Vous, Dupin, facétieux légiste et infatigable aide-de-camp de l'ordre légal, dites-moi, ne pourrait-on pas faire condamner, soit par les esprits forts du Conseil d'État, soit par les esprits faibles du jury bourgeois, quelque évêque, quelque prêtre ; par exemple, l'Archevêque de Lyon[3], ou l'abbé

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Combalot[4], ces intrépides défenseurs de la liberté évangélique et des droits de l'Église? Ces condamnations plairaient infiniment aux juifs, aux protestants, aux universitaires, aux incrédules de toute espèce, et concilieraient à la dynastie de Juillet un puissant appui parmi les libres penseurs.
Toutefois, et je ne voudrais pas en répondre, si ces iniquités judiciaires attiraient quelque malheur au roi votre ami, à sa famille ou même à la monarchie; vous, cher Dupin, ne craignez rien, je vous promets, pour vos bons services, de vous constituer procureur général éternel, de vous maintenir sous tous les régimes et même sous la République (le cas échéant d'une république), dans vos honneurs, vos places et vos traitements[5].

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« Je viens de donner mes ordres à des hommes actifs et bien disposés à servir mes desseins; mais, je le déclare en leur présence , c'est de votre dévouement, illustre Cousin, que dépend le succès de notre gigantesque entreprise. Oui, c'est par vous que le christianisme sera effacé (s'il peut l'être) de la conscience des Français. Depuis quinze siècles, vous le savez, l'esprit de cette nation est profondément chrétien; eh bien! c'est cet esprit chrétien qu'il faut altérer, mélanger, décomposer, détruire et remplacer. Puissant génie, courez vite aux universités de l'Allemagne luthérienne, calviniste, déiste; empruntez-leur les doctrines panthéistes et les formules rationalistes de leurs nuageux philosophes, et revenez les imposer aux jeunes professeurs destinés à l'enseignement dans les collèges et les cours publics : eux, à leur tour, verseront goutte à goutte le poison corrosif de votre éclectisme dans les âmes des étudiants, forcés par la loi de se nourrir de leurs leçons[6].
« C'est ainsi, cher Cousin, que par vos soins l'Université de France lancera chaque année dans

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toutes les directions vingt mille jeunes hommes qu'elle aura reçus religieux et purs des mains de leurs mères, et qu'elle leur rendra incrédules, libertins et bien disposés à désoler la piété de leur famille et à renier la foi de leurs pères. Puis chaque année, à ces vingt mille jeunes hommes saturés d'orgueil et d'irréligion par l'éducation universitaire (et à eux seuls), le gouvernement ouvrira toutes les carrières qui donnent la considération, l'influence, le pouvoir et les honneurs. A eux seuls il confiera les hauts emplois de la magistrature, de l'enseignement, des travaux publics, de la diplomatie, etc., etc. Eux seuls seront admis, comme fonctionnaires de l'État, à s'abriter sous le feuillage argenté, à cueillir les fruits dorés de l'arbre immense qui couvre le sol de la France de ses branches dévorantes et le dessèche par ses racines

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insatiables, je veux dire l'administration du pays. O Cousin, faites cela pendant quinze ans, et calculez la portée immense de votre œuvre. Quelle gloire pour vous, illustre démolisseur! et quelle révolution dans vos entrailles, royaume très chrétien!!!
« Toutefois, dans ce grand mouvement irréligieux, c'est vous, ô roi Philippe, qui réglerez les oscillations du balancier destiné à tout remuer : vous activerez, vous ralentirez ce puissant ressort en suprême modérateur, selon les temps et les circonstances : sous votre règne il faut qu'on saccage Saint-Germain-l'Auxerrois et qu'on répare magnifiquement les églises ; il faut qu'on pille l'archevêché de Paris [7] et qu'on donne des croix d'honneur aux évêques. Vous serez chrétien et non chrétien; vous mettrez à votre droite un rabbin ennemi du Christ, et à votre gauche un prêtre

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serviteur du Christ, et vous direz à l'un et à l'autre:
« J'ai foi en votre culte, priez pour ma dynastie. »

Cet hommage royal rendu publiquement, officiellement, légalement au ministre de la synagogue déicide, et cette monstrueuse association, ou plutôt cette confusion sacrilège de la religion du Sauveur crucifié avec le culte de ses bourreaux, descendront du haut du trône, comme une vapeur épaisse et assoupissante, qui engourdira la foi du peuple en l'empêchant de distinguer la vérité de l'erreur, et l'asphyxiera dans une profonde indifférence.

« Votre dynastie et son établissement seront la pensée unique de votre politique, de votre religion, appuyez-la, non sur le peuple, mais sur la classe électorale à 200 francs, classe puissante qui veut jouir de la vie et ne s'accommode guère des austères prescriptions de l’Église catholique. Ne pourriez-vous pas, ô roi, faire glisser doucement votre dynastie vers un protestantisme mitigé, en donnant vos filles à des princes protestants, ou mieux encore, et avec plus de hardiesse, en mariant sans façon l'héritier du trône à quelque luthérienne ou calviniste , et préparer ainsi à la France catholique et au trône de saint Louis, une reine et peut-être une régente hérétique ; cela sera nouveau sous le soleil [8]; et la classe bourgeoise et incrédule vous

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verra, vous devinera et sera touchée du soin que vous prenez de décatholiciser votre dynastie pour la faire à son image et à sa ressemblance : alors il y aura une étroite alliance entre votre famille et la

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portion la plus riche, la plus puissante de la nation : et l'une et l'autre, se prêtant un mutuel appui, règneront ensemble et pour des siècles sur la France libérale. à moins que Celui qui règne dans les cieux et de qui relèvent les empires, ne brise, à une heure fixée par les arrêts de sa justice, et la dynastie protestante et la bourgeoisie incrédule; ce qui pourrait peut-être arriver.
Mais détournons nos regards de cette funeste prévision , et que chacun de vous entre avec ardeur dans la mission que je lui ai confiée ; surtout, et ne l'oubliez pas, faites votre œuvre sans bruit, sans éclat, dissimulez votre but, n'ayez pas l'air de le connaître vous-même, marchez en effaçant la trace de vos pas ; et le peuple français, qui ne soupçonnera pas quelles calamités vous lui préparez, célébrera votre esprit, votre éloquence, votre finesse, vos ruses, jusqu'au jour où il vous verra tous sauter en l'air, victimes de la machine infernale de l'irréligion que vous aurez posée dans le fondement même de la société. Mais votre nom sera inscrit

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dans l'histoire, et on aura beaucoup parlé de vous dans les gazettes ! N'est-ce pas tout ce que vous aurez désiré?»

A ces mots la forme humaine s'affaissa sur elle-même , et parut s'enfoncer dans la terre, ne laissant à sa place qu'une vapeur légère imprégnée d'une forte odeur de soufre.

Notes de l'article

  1. M. Guizot, par la loi de 1833, sur l'instruction primaire, a constitué, en regard de toutes les autorités, une autorité indépendante, inamovible, chargé d'enseigner le peuple d'une façon souveraine, c'est-à-dire de lui apprendre à se passer de la religion et de suppléer à l'enseignement des devoirs sacrés de la vie par un certain calcul de bien-être : voilà en deux mots la loi de M. Guizot.

    Muni de son brevet , l'instituteur arrive dans une bourgade; il est inamovible, le maire ne l'est pas; le voilà donc d'emblée le premier du pays; le peuple et les enfants du peuple sont sa chose. Quant à sa besogne, nul n'en a souci, si ce n'est un inspecteur du département, venant une fois par an visiter son école, s'enquérir s'il n'est pas trop scandaleux, et compter par tête ses écoliers, à jour fixe.
    Nous le répétons, si on avait voulu, en 1833, faire un acte de destruction radicale contre la société, on n'avait rien de mieux à faire que cette loi ; et nous défions une nation quelconque d'échapper à la barbarie, si deux générations seulement sont élevées par un tel système d'éducation,
  2. M. Thiers, avocat et journaliste, plume et langue, est la personnification élevée du libéralisme. Depuis vingt ans il s'est servi de son talent incontesté, comme un maçon vigoureux se sert de son pic, pour détruire dans l'édifice social le ciment divin qui l'affermit, la religion.

    Sous la Restauration il écrivait l'histoire de la révolution, sans se douter qu'il la ressuscitait. Il sculptait donc avec un amour d'artiste la grande figure politique de Robespierre, et la grande figure religieuse de Voltaire, pour offrir aux libéraux de l'époque l'idéal du vrai patriote et du vrai chrétien. Ces deux idoles posées sur leurs piédestaux, M. Thiers s'agenouilla devant elles, et fit signe à la bourgeoisie de s'agenouiller comme lui, afin de narguer les autels du Christ, et c'est dans cette niaise adoration que la révolution ressuscitée les surprit le 24 février 1848.

    Liberté! c'est le cri des lèvres de M. Thiers; despotisme est le besoin de son cœur. C'est par lui que Louis-Philippe, pour mettre sa dynastie à l'abri de l'inconstance révolutionnaire des Parisiens, fit embastiller la capitale en 1841.

    Tolérance est aussi le cri de ses lèvres ; mais persécution va très-bien à son âme : c'est lui qui, le 2 mai 1845, demanda et obtint la dispersion d'une centaine de religieux jésuites.
    M. Thiers a glorifié le vol et la confiscation des biens du clergé ; mais, depuis que le socialisme veut appliquer ce principe glorifié de la confiscation aux petits propriétaires comme M. Thiers, M. Thiers a trouvé fort vilaine, en 1848, la confiscation qu'il trouvait si juste en 93 (voyez son livre de la Propriété, paru le 28 octobre 1848).
  3. Mgr de Bonald, archevêque de Lyon, publia, le 21 novembre 1844, un mandement où il appréciait et condamnait les doctrines erronées et dangereuses contenues dans un livre de jurisprudence ecclésiastique fait par M. Dupin. Or, il arriva, et cela est très-naturel, qu'aux yeux de M. Dupin et de MM. du Conseil d'État, ce fut le mandement de l'archevêque qui renfermait des erreurs dangereuses; l'archevêque a donc été condamné, et son mandement supprimé par arrêt du Conseil d'État, rendu le 29 mars 1845.
  4. L'abbé Combalot avait signalé les doctrines antichrétiennes de l'Université et les dangers que rencontre la foi des jeunes gens dans les collèges de l'Etat; et pour avoir mis en garde les pères de famille contre un enseignement qui pervertit leurs enfants, il fut condamné, le 6 mars 1844, à un mois de prison.
  5. M. Dupin, nommé procureur général par Louis-Philippe, est resté dans ses fonctions avant, pendant et après la révolution de février, et il y est encore
  6. C'est dans les premiers temps du règne de Louis-Philippe que M. Cousin fut envoyé au delà du Rhin pour étudier, puis importer en France l'enseignement protestant et rationaliste des UNIVERSITÉS de l'Allemagne. A sen retour, le cours de philosophie, qui termine les études classiques, lui fut livré et abandonné comme sa propriété, sa chose : il en choisit les matières, il en dressa le programme, il prescrivit les méthodes, forma les professeurs et distribua les chaires.
    Du reste, pour arriver aux emplois du gouvernement, c'était un principe reçu qu'il fallait être bachelier ; c'était aussi un principe que, pour être bachelier, il fallait avoir étudié la philosophie dans un collège de l'Université. De sorte que par une chaîne composée seulement de trois anneaux, M. Cousin tenait et tient encore dans la plus abjecte servitude toutes les intelligences.

    Ajoutez que pour couvrir ce monstrueux esclavage d'un peu d'hypocrisie, l'Université a fait graver sur les anneaux de cette chaîne le grand mensonge de la charte des libéraux : l'enseignement est libre !

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  7. Le 13 février 1831, le roi retint à dîner M. Baude, préfet de police, et se fit adresser directement tous les rapports de la soirée. Parmi ces rapports, les uns annonçaient que, le lendemain, l'archevêché serait envahi; les autres, qu'une attaque serait tentée sur le Palais-Royal, d'après les instructions parties du sein des sociétés secrètes. « Il « faut faire la part du feu, dit le roi à M. Baude, ne songez « qu'au Palais-Royal. » Les ordres de Louis-Philippe furent ponctuellement exécutés. Les émeutiers purent tranquillement accomplir le sac de l'archevêché ; les églises furent profanées et leurs croix abattues: mais le Palais-Royal fut mis à l'abri de toute atteinte.
  8. Le 9 août 1832, Louis-Philippe marie la princesse Louise d'Orléans, sa fille, au protestant Léopold, de la maison de Saxe-Cobourg.
    Le 20 avril 1843, Louis-Philippe donne en mariage sa fille, la princesse Marie, à un protestant de la famille de Saxe-Gotha.
    Le 30 mai 1837, Louis-Philippe avait porté le plus audacieux déti à la foi religieuse de la nation : ce jour-là il mariait le duc d'Orléans, son fils ainé, l'héritier de la couronne, à une protestante de la famille de Mecklembourg. Par cette alliance le trône des Clotilde, des Radegonde et des Bathilde était assuré à une reine luthérienne, et les enfants sortis de ses entrailles, nourris de son lait, éduqués par sa parole et ses exemples hérétiques, seront désormais les rois de la France catholique : Louis-Philippe le veut, la bourgeoisie l'approuve, et le peuple se tait. Dieu ne se tait pas. Le 13 juillet 1842, le prince royal est trouvé mort sur le chemin de la Révolte. A l'instant fatal où le pied du duc d'Orléans glissait du marchepied de sa voiture, le protestantisme glissait des degrés du trône de France, et la dynastie, mariée au protestantisme, glissait avec lui. Ceux qui ne voient rien ont appelé cela un accident ; mais les hommes éclairés ont adoré un jugement et une condamnation tombée d'en haut.
    Les politiques ne veulent jamais reconnaître ces jugements d'en haut; et le 24 février 1848, jour des indicibles angoisses de la nouvelle dynastie, Louis Philippe, tombant de son trône, ne lâchait pas encore prise, et nommait la princesse protestante régente du royaume. Cette veuve infortunée, revêtue de la régence, accourt à la Chambre des députés pour recevoir les hommages de ses fidèles bourgeois; elle entre au palais Bourbon. et ce n'est que pour entendre proclamer la déchéance irrévocable de sa dynastie et les noms des membres du gouvernement provisoire. La voilà seule, |délaissée, heurtée dans le tumulte, pas un des courtisans du château ne se lève pour la protéger ; elle perd un de ses enfants, qu'elle tenait par la main, et se sauve par une porte dérobée qui ouvrait pour elle le chemin de l'exil.

Voir aussi

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