J. agric. tradit. bot. appl. (1923) Dufrénoy

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La lutte contre les maladies des plantes par la sélection des races immunes.
 
 
Titre
La lutte contre les maladies des plantes par la sélection des races immunes.
Auteurs
Jean Dufrénoy
In
Journal d'agriculture traditionnelle et de botanique appliquée, 3ᵉ année, bulletin n°20, 30 avril 1923. pp. 241-246..
Source numérique
Persée

Avant-propos numérique

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L'article

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La lutte contre les maladies des plantes par la sélection des races immunes.

Par J. DUFRÉNOY,
Chef de travaux à la Station de Phytopathologie de Paris,
Directeur du Laboratoire d’Études des maladies du Châtaignier à Brive.

Les différents individus d'une espèce végétale sont en général, vis-à-vis d'une maladie, inégalement susceptibles.

Rechercher les individus les plus résistants, propager leur descendance en améliorant, par hybridation ou sélection, leurs qualités commerciales tout en conservant leur résistance, est une des méthodes les plus fécondes de la lutte contre les parasites.

La méthode

1. — Cette méthode permet seule de poursuivre une culture dans un sol infecté par des organismes capables de vie latente ou saprophytque prolongée, comme les Fusarium, l'Ustilago zeæ, du charbon du Maïs (Melchers) ou le Synchytrium (Chrysophlyctis) endobioticum cause de « wart » ou gale noire de la Pomme de terre.

En Angleterre, d'ailleurs, le «Wart disease Order» interdit la plantation de variétés non immunes dans les terrains reconnus infectés et des cultivateurs se spécialisent dans la production de variétés immunes ; leurs semences obtiennent un certificat du Ministère de l'Agriculture. L'immunité propre à certaines variétés paraît un caractère fixe transmissible héréditairement (Appel 1918) et probablement dominant ; des croisements de variétés immunes et de variétés sensibles peuvent donner des hybrides immunes, d'autres hybrides témoignent d'une certaine résistance par le faible pourcentage des individus galeux ainsi que par le faible développement des gales de ces sujets [1].

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Puisque aucune maladie ne supprime une espèce végétale de la surface du globe, c'est que toute espèce compte des individus résistants, mais ce sont le plus souvent les plus grossiers, ceux dont les produits ont la moins grande valeur commerciale ; par exemple, les Orges à barbes lisses, justement recherchées des cultivateurs du Minnesota, souffrent beaucoup des attaques de l‘Helminthosporium sativum qui respecte les Orges à barbes denticulées ; le croisement d'Orges à barbes lisses et d'Orges à barbes denticulées adonné quelques hybrides résistants à barbes lisses dans chaque groupe d'Hordeum (vulgare, pallidum, nigrum, horsfordianum, cœleste, trifurcatum, distichon). Cette possibilité doit d'abord encourager nos producteurs à sélectionner des Orges résistants aux Helminthosporium qui sévissent dans certains de nos départements (Seine-et-Marne).

Cet exemple est enfin une preuve ajoutée à celles fournies par Jones pour la Fusariose du Chou, par Stakman, Melchers, Schribaux, pour les Rouilles du Blé, qu'il est possible d'obtenir des lignées combinant le caractère résistance aux caractères botaniques et agronomiques désirables.

Nous faisons appel à des espèces résistantes pour remplacer les plantes mourant des maladies dites physiologiques ; des châtaigneraies détruites par la maladie de l'Encre ont pu être reconstituées en Castanea crenata, variété Tamba, originaires d'Extrême-Orient, tandis qu'aux Hawaï s'impose la plantation exclusive de variétés de Canne à sucre résistant au Sereh, à la Mosaïque et à la maladie de Fiji, variétés telles que Badila, originaire de la nouvelle Guinée où cette dernière maladie semble endémique.

Cherchant à déterminer les facteurs de la résistance du Châtaignier japonais à la maladie de l'Encre, qu'il attribue à l'infection de notre Châtaignier par le Blepharospora cambivora, Pétri écarte l'hypothèse d'une différence chimique de composition des sucs cellulaires des Châtaigniers japonais et français.

Si l'analyse macrochimique du parenchyme cortical du Castanea crenala révèle une teneur en tanin de 7, 10 % très légèrement inférieure «à celle de notre Châtaignier, la cause en est dans la plus grande richesse en fibres libériennes de l'écorce du Castanea crenata, fibres ne contenant pas de tanin et occupant la place d'un certain nombre de cellules parenchymateuses tanifères.

L'analyse microchimique en effet, ne montre pas de différence appréciable dans la teneur des cellules corticales de l'un ou l'autre Châtaignier en acide quercitanique ou en acide gallique.

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Cependant l'oxygène atmosphérique brunit plus rapidement et plus profondément l'extrait tanique de Castanea crenata.

Le Blepharospora se développe également sur l'extrait du bois de l'un ou l'autre Châtaignier ; la présence de tanin ralentit d'ailleurs son accroissement, qui est inhibé dès que la concentration dépasse 0,5 %.

Le Blepharospora se cultive également sur des fragments stérilisés de bois de Castanea crenata ou de Castanea vesca.

Enfin, Pétri, inoculant des fragments de cultures myceliennes du Blepharospora dans des racines de Châtaigniers français ou japonais âgés de 4 ans, a observé chez ces deux hôtes une pénétration du champignon à travers l'écorce.

Mais, à cette infection, le Châtaignier japonais réagit par une cicatrisation rapide limitant par des assises de phellogène la zone nécrosée.

La cause de la résistance du Châtaignier japonais serait donc la formation rapide de phellogène.

En Amérique, les ^résultats les plus encourageants de la Mission d'Etudes du « Chestnut blight » consistent en la découverte des châtaigniers (Castanea dantata) résistants à l'Endothia parasitica et que l'on cherche à propager (Report of the Chief of the Bureau of Plant Industry, p. 3i, 1922).

La Mosaïque de la Canne à Sucre sévit également sur le Sorgho, le Maïs et diverses graminées sauvages, et se transmet de l'une à l'autre de ces espèces par l'intermédiaire de pucerons. La cause (conta- gium\ ne persiste pas dans le sol, et toute plante atteinte est condamnée. Par conséquent, on peut éliminer la Mosaïque des cultures en arrachant à mesure de leur découverte toutes les plantes mosaïquées. C'est ce qui s'est fait à Porto-Rico et dans la Péninsule de la Floride.

D'ailleurs, la variété de Canne, immune, Kavangire, importée de l'Argentine en 1919 par le Bureau of Plant Industry est généralement cultivée maintenant dans les régions mosaïquées.

Les facteurs de l'immunité

2. — Les facteurs de l'immunité sont le plus souvent inconnus.

Les théories proposées pour expliquer l'immunité sont nombreuses.

Pour Comes, c'est l'acidité de leur suc cellulaire qui rend certaines plantes immunes.

Pour Cobb, ce sont des caractères morphologiques qui interviennent : stomates petits," épiderme épais, endoderme cireux : les Rutacées les plus résistantes au Pseudomonas citri possèdent en général, des feuilles épaisses et coriaces [2]

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Cependant Ward montre par plusieurs exemples que la résistance est souvent indépendante des caractères morphologiques et en tout cas, il faut avec Freeman considérer le cas des plantes qu'il appelle « disease-escaping », c'est-à-dire des plantes, qui, sans jouir d'immunité échappent à la maladie grâce à des caractères morphologiques heureux :

Dans les fleurs cléistogames, les ovaires sont fécondés à l'intérieur de la fleur fermée, et par conséquent à l'abri des spores de charbon. Si cependant on ouvre la fleur, on supprime la barrière protectrice et on rend possible l'infection.

D'autres plantes sont qualifiées par Freeman de « disease enduring ». Ce sont des plantes qui peuvent sêtre infectées par des parasites, mais qui limitent l'infection, la localisent, la tiennent en respect, réalisent, entre l'hôte et le parasite, un équilibre quasi-symbiotique.

Quelle différence sépare ces plantes de celles qui sont qualifiées de parfaitement résistantes, c'est-à-dire d'immunes, il est assez difficile de le préciser, l'immunité se caractérisant par une mortification précoce du parasite qui tente d'infecter l'hôte.

C'est vis-à-vis des Rouilles surtout que résistance ou susceptibilité se montrent des caractères propres à certaines espèces ou variétés, parfois à certains individus qu'on peut sélectionner ; des caféiers résistent à l'Hemileia vastatrix ; des Blés résistant aux Rouilles de certaines régions seront sans doute bientôt offerts à nos cultivateurs.

On connaît déjà quelques Avoines résistantes au Puccinia graminis Avenæ {White Tartar, Ruakura Rustproof) et un plus grand nombre résistant au P. lolii avenae [3].

Une sélection de la variété Green Russian, isolée en 1911, et baptisée Iogreen, s'est montrée résistante à la rouille qui sévit de façon épidémique en 1922, et a rendue 50 hl. à l'hectare tandis que la variété originelle en produisait 40.

Aux États-Unis, Kota, Blé de printemps dur et barbu, découvert en 1918, montre depuis trois ans une résistance aux Rouilles, égale à celle des Blés durs les plus résistants.

Red Bobs, Blé de printemps, dur, précoce, du Canada, a donné en certaines régions de très bons rendements, et a été envahi ailleurs, par Puccinia Graminis tritici.

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Karmont est une lignée à fort rendement, de la variété de Blé dur d'hiver Kharkof.

Kubanka, Blé dur très résistant, est de plus en plus cultivé dans les régions des États-Unis où se cultivent les Triticum durum.

Spécialisation et immunité des parasites

3. — La spécialisation d'un parasite, c'est-à-dire le fait d'être lié à des hôtes appartenant tous à un genre, à une espèce, voire même à une variété déterminée, implique nécessairement l'immunité à ce parasite de toutes les autres variétés de l'espèce, ou de toutes les autres espèces du genre, ou du moins des plantes appartenant aux autres genres : Valivov en déduit cette loi biologique : « La spécialisation d'un parasite entraîne l'immunité de certaines variétés d'une espèce, ou de certaines espèces d'un genre. »

Le Meria laricis, qui cause en été la défoliation des Mélèzes d'Europe (Larix europea) et des Mélèzes d'Amérique semble respecter le Mélèze du Japon (Larix leptolepis). Hiley considère ce dernier comme probablement immune [4] (cependant Pardé s'inquiète d'épidémies qui lui furent signalées en Angleterre et en Écosse).

Le Mélèze hybride de Dunkeld {Larix eurolepis Henry) dont M. J. de Vilmorin a fait connaître ici les mérites [5] n'est pas attaqué à l'Arboretum de Tubney, mais comme le Mélèze d'Europe n'y est pas gravement parasité ou n'en peut déduire, l'immunité du Mélèze du Japon.

Les différentes variétés de Pois sont inégalement susceptibles à la rouille {Uromyces appendiculatus), ainsi qu'en témoignent la réduction du nombre des infections, la réduction de la taille des urédospores, la production immédiate des téleulospores sans phase urédospore sur les variétés résistantes. Mais, en général, les divers individus d'une même variété montrent tous sensiblement la même susceptibilité [6].

Aucune variété de Phaseolus vulgaris ne paraît absolument réfractaire à l'Ànthracnose, mais, en inoculant un grand nombre de plantules avec le Colletotrichum Lindemuthianum, on peut isoler un certain nombre d'individus résistants dont les graines peuvent fournir des races résistantes.

D'ailleurs beaucoup de variétés de Haricots se montrent résistantes

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à l'une des formes biologiques du C. Lindemuthianum et sont susceptibles aux autres formes biologiques de ce champignon [7].

L‘Erisyphe graminis Hordei et l‘Helminthosporum gramineum, liés à l‘Hordeum vulgare, laissent immunes de nombreuses variétés d'0rges.

Le Melampsora lini, étroitement lié à l'espèce Linum usitatissi- mum, et laissant par conséquent indemnes toutes les autres espèces, ne rouille pas toutes les variétés de Lin cultivé, dont on peut sélectionner des races immunes.

Au contraire aucune variété de Céréales n'est immune aux charbons tels que l‘Ustilago nuda si peu spécialisé qu'il infecte le Triticum vulgare et l‘Hordeum vulgare ou à l‘U. Tritici qui infecte tous les Blés cultivés et le Secale céréale ; car on ne peut pas espérer d'un champignon qui ne sait pas distinguer les différences génériques ou spécifiques, qu'il distingue les différences beaucoup moins marquées qui séparent les variétés d'une même espèce.

Il n'y a aucun Trèfle immune au Sclerotinia trifolorium puisque ce parasite peut infecter les diverses Papilionacées, il n'y a pas davantage de Chou résistant au Plasmodiophora brassicæ puisque" les diverses Crucifères lui sont susceptibles.

La différence de réaction des variétés à un parasite résulte de leur différenciation génétique.

Les espèces fertiles entre elles sont, en général, toutes susceptibles ou toutes résistantes à un même parasite.

Une variété résistante à un parasite hautement spécialisé, résiste en général aux autres parasites également spécialisés.

Par exemple les espèces d'Avoines : A. strigosa et A. brevis qui résistent à la Rouille, résistent en même temps au Charbon et au Blanc.

Bibliographie

Mangin L. — Congrès Association Française Avanc. Se, Montpellier, 1922.
Vavilov. — Ann. Inst. Agro. Petrevskew, Moscou, 1922.

Notes de l'article

  1. Potato varieties immune from black scab or wart disease. — J. Depl. Agr. and Techn. Instruct. Ireland. V. XX, 1921, I. p. 108 ; — Curtis, Philos. Trans Roy. Soc. London 1923 ; Blackman, The nature of immunity from wart disease. Rept. Intern. Potato. Ctmf. Roy. Horlic. Soc. London p. 92 ; Brierley, ibid. p. 93-100 ; Salaman and Leslay, ibid. p. 105-110 ; Orton and Weiss, Phytopatology, v. XI, août 1921. p. 303. Zeitschr. Kartoffelbau, 1921.
  2. R. A. Lee. — Susceptibility of Rutaceous plants to Ps. citri J. Agric. Res. XV, 1. 23 dec. 1918.
  3. Parker. — Greenhouse expt. on the rusts of Oats varieties. U. S. A. Dept. Agric. Bull. 629, II. fév. 1918.
  4. Hiley. — The Larch-Needle Cast fungus Meria laricis Vuill. Quaterly Joum. Forestry, jan. 1921.
  5. Voir R.B. A., Vol. II, n° 14, p. 596.
  6. Fromme et Wingard. — Varietal Susceptibility of beans to rust. Joum. Agr. Res., v. 21, p. 385-404, 1921.
  7. Barbus. — Bean Anthracnose, Cornell Agr. Expt. Stat. Memoir. 4SI, july 1921.

Voir aussi

Information de gestion
  • Date de mise en lecture : 28 octobre 2020